Just be wow – EVRAS #71 (1/2)

Just be wow - Sophie Mentior & Olivier Mageren

EVRAS, Just be wow – Sophie Mentior & Olivier Mageren

Dans ce premier épisode, nous vous invitons à entrer dans l’univers de « Just be WOW », un projet né du cœur et du corps, porté par Olivier et Sophie, et dédié aux adolescents d’aujourd’hui.

Pendant une vingtaine de minutes, nous partageons qui nous sommes, ce qui nous anime, et surtout pourquoi nous avons eu envie de créer des espaces pour les jeunes où l’on peut parler autrement de sujets essentiels : le consentement, la violence, le rapport au corps, la relation à soi et aux autres.

Ici, le corps n’est pas un concept abstrait : il devient un point d’appui, un langage, un outil pour mieux se comprendre, se respecter et dialoguer.
On y parle d’émotions, d’enrichir son vocabulaire intérieur, d’élargir sa palette de ressentis, pour pouvoir dire, poser des limites, écouter, entrer en relation.

Nous présenterons dans le prochain épisode ce que nous proposons aux jeunes.
L’esprit des activités est vivant et profond à la fois, le tout dans un climat de sécurité, de respect, d’accueil et de non-jugement.

Au fil du podcast, nous partageons également des histoires vécues, nos observations de terrain, et notre regard sur la place du corps dans notre société et l’éducation:
souvent mis à distance, parfois instrumentalisé, et pourtant si central et incontournable.

Un épisode sincère, incarné, accessible, qui s’adresse autant aux ados, qu’aux parents, grands-parents, professionnels en lien avec la jeunesse, ou à toute personne curieuse de repenser le lien au corps, à l’émotion et à la relation.

Si ces thèmes vous parlent, si vous avez envie d’un regard sensible, humain et vivant sur l’adolescence…ce premier podcast est une très belle porte d’entrée dans l’aventure Just be WOW ?
RDV dans le prochain épisode pour la suite.

Envie de nous contacter : les coordonnées seront dans le descriptif du prochain podcast

Le podcast avec la première intervention de Sophie Mentior

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L’épisode via notre chaîne Youtube :

Séquençage du podcast EVRAS, Just be wow :

  • [00:00:20] Contexte de l’épisode Just be wow
  • [00:00:54] Présentation de Sophie
  • [00:01:44] Présentation d’Olivier
  • [00:02:34] Intention de l’épisode Just be wow
  • [00:03:17] Intention de Sophie et vision du projet
  • [00:03:55] Une rencontre, un projet Just be wow
  • [00:04:14] Qu’est-ce que « Just be Wow »
  • [00:05:39] Besoins observés
  • [00:07:17] Le corps comme tabou dans l’enseignement
  • [00:08:24] Intention, toucher et conscience relationnelle
  • [00:09:45] Verbaliser ses limites sans casser le lien
  • [00:11:10] Respect de soi et respect des autres
  • [00:11:23] Zones géographiques et langues d’intervention
  • [00:12:16] Spécificités de l’approche pédagogique Just be wow
  • [00:13:35] Observation du vécu corporel chez les élèves
  • [00:14:07] Déclencher la parole
  • [00:14:36] Sécurité, cadre et parole des jeunes
  • [00:16:34] Posture adulte et horizontalité
  • [00:18:46] Casquettes professionnelles et EVRAS
  • [00:19:46] Adultes externes et confiance des jeunes
  • [00:21:37] Approche slow, introspection et non-verbal
  • [00:23:21] Les trois piliers du projet Just be wow
  • [00:23:41] Défis et interprétations des adultes
  • [00:25:14] Pacifier le lien au corps
  • [00:27:29] Invitation à écouter la suite de l’épisode

La transcription du podcast EVRAS, Just be wow :

Si tu apprécies notre démarche de transcrire les podcasts : parle de ce podcast à ton entourage. Nous pouvons allouer des ressources aux transcription grâce aux donations reçues vers notre association

  • [00:00:00] Jingle Intro: « Entr’Nous ». « Entr’Nous », le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.

Contexte de l’épisode Just be wow

  • [00:00:20] Olivier Mageren: Bienvenue dans le 71? épisode du podcast « Entr’Nous », le podcast du « Love Health Center », un centre basé à Bruxelles, donc en Belgique, dédié au bien-être, à la relation et à la sexualité. Donc on est très actif en Belgique, évidemment, mais si vous nous appelez à l’étranger, on vient avec plaisir. Et on fait des podcasts pour aider les gens à travers la planète. Alors aujourd’hui, c’est un podcast un peu particulier puisque ça sera Michel, notre producteur de podcast, qui va nous interviewer.
  • [00:00:48] Michel Godart: Bonjour Olivier.
  • [00:00:49] Olivier Mageren: Et je suis avec Sophie
  • [00:00:50] Sophie Mentior: Bonjour tout le monde!
  • [00:00:52] Michel Godart: Et donc je vais prendre le relais pour l’interview.
  • [00:00:53] Olivier Mageren: Exactement.

Présentation de Sophie

  • [00:00:54] Michel Godart: Alors Olivier, tu as un rituel sacré dans les épisodes d' »Entr’Nous », ceux qui nous suivent le savent très bien, c’est le rituel de l’intention. Donc je ne vais pas changer à ce rituel sacré qui, à mon sens est intelligent et important. Mais avant de parler d’intentions, on va quand même présenter Sophie. Si on est fidèle de l’émission, on a reconnu ta voix, mais tu es notre invitée clé aujourd’hui. Qui tu es? Qu’est-ce que tu fais Sophie? Tu peux te présenter brièvement?
  • [00:01:18] Sophie Mentior: Je suis Sophie. Et pour l’instant je suis professeur de mathématiques dans un collège à Court-Saint-Étienne et je suis également massothérapeute et thérapeute corporelle. Et j’ai un projet « Just be Wow » que l’on développe avec Olivier, qui est en lien avec les adolescents, et l’idée c’est de créer un espace d’accueil des ados, de leurs questions dans lequel ils peuvent se déposer, se rencontrer eux-mêmes et créer du lien et des relations respectueuses avec les autres.

Présentation d’Olivier

  • [00:01:44] Michel Godart: Alors Olivier, est-ce qu’on doit te présenter? Sexologue, diplômée de l’Université de Bruxelles, passionnée d’amour, passionnée du bien-être, et passionnée des humains. Est-ce que je t’ai présenté correctement?
  • [00:01:55] Olivier Mageren: Oui merci. Je dirais que ce qui est particulier par rapport à ce podcast, c’est que Sophie et moi, on s’est rencontrées il y a juste un an sur un podcast, ici présent, ouais. Le podcast sur l’intelligence artificielle, et entre temps ben voilà, on a continué à travailler chaque semaine ensemble pour aboutir à des offres qu’on va présenter aujourd’hui pour les jeunes. Pour me présenter, pour ceux qui ne le savent pas, c’est que je travaille avec la jeunesse en milieu scolaire depuis sept ans. Et donc c’est déjà une passion d’être en contact avec eux chaque semaine, j’ai encore eu deux journées de travail à l’école cette semaine, j’adore ça, c’est vraiment fabuleux. Et en étant en contact avec eux, ça permet de voir où on va, comment, ce qu’ils vivent, et ce qu’on peut leur apporter.

Intention de l’épisode Just be wow

  • [00:02:34] Michel Godart: Alors c’est un double anniversaire aujourd’hui, c’est un anniversaire d’une belle rencontre qui s’est faite ici il y a un an, et je vois les sourires banane de chacun, les auditeurs ne le voit pas mais on les entendra dans les voix qui vont suivre. Et le deuxième anniversaire, c’est que je l’ai entendu off micro, c’est aussi l’année où vous recevez un subside pour votre projet, on en parlera aussi tout à l’heure. D’abord, merci pour cette présentation. Alors, on va venir à cette fameuse question de l’intention. Olivier, Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par toi. Quelle est ton intention dans cet épisode?
  • [00:03:02] Olivier Mageren: Alors mon intention, c’est justement de parler de cet accompagnement pour les jeunes qu’on a cocréé avec Sophie. Donc vraiment, c’est de présenter nos services, de permettre aux gens d’en parler, de diffuser le podcast, voilà de le relayer, de s’y intéresser, de nous contacter aussi.

Intention de Sophie et vision du projet Just be wow

  • [00:03:17] Michel Godart: Derrière le « Love Health Center » se cachent multiples activités, chers auditeurs et auditrices, et je vous invite à être curieux, et aller sur le site du Love Health Center point org, parce que vraiment, vous sous estimez très certainement, même en nous écoutant et même en étant fidèle, l’ampleur de tout ce que Olivier nous propose dans le bien-être et l’accompagnement des personnes. Sophie, je vais te demander la même chose, quelle est ton intention à toi dans cet épisode?
  • [00:03:39] Sophie Mentior: Eh bien mon intention, c’est effectivement de pouvoir expliquer peut-être en profondeur tout ce qui nous anime, Olivier et moi, et tout ce qu’on souhaite développer avec les jeunes, tout ce qu’on a perçu comme besoins et à quoi on souhaite répondre, et les outils qu’on met en place.

Une rencontre, un projet Just be wow

  • [00:03:55] Michel Godart: Alors J’ai entendu des mots clés importants Sophie & Olivier. D’ailleurs, si ça matche entre vous, ce n’est pas pour rien (Sophie Mentior: C’est toi!). Une collaboration réussie.
  • [00:04:02] Sophie Mentior: Je t’avais appelé pour le podcast sur Iridia et tu m’avais dit « Viens 1h plus tôt, j’ai quelqu’un que tu dois absolument rencontrer ». Et effectivement, un match incroyable, on avait tellement de choses en commun qu’on ne pouvait pas ne pas travailler ensemble.

Qu’est-ce que « Just be Wow »

  • [00:04:14] Michel Godart: J’appelle ça le radar de l’âme (Sophie Mentior: Ouais). C’est Sophie qui veut expliquer?
  • [00:04:17] Sophie Mentior: Alors pour notre projet « Just Be wow », avec les adolescents: ç’est en lien avec notamment le corporel, le fait de pouvoir toucher son corps. Parce qu’on se rend compte qu’aujourd’hui notre société est parfois déconnectée du corps, on peut d’ailleurs voir le nombre de burn-out qui sont liés à ça en fait, où on a beaucoup d’injonctions dans le mental à faire des choses, à réaliser, à être, et où en fait on n’est pas suffisamment connectés à notre corps. Et donc, c’est effectivement de revenir au corps, aussi au cœur, à savoir comment se connecter par notre cœur aux autres et pas par les injonctions mentales. Comment est-ce qu’on peut apprendre à s’écouter, à intérioriser, à comprendre qui on est, vers quoi on va, en s’autorisant de s’écouter, nos émotions. Et donc c’est le souhait qu’on a, c’est d’aider les jeunes à pouvoir revenir à qui ils sont à l’intérieur. Quels sont les messages qu’ils reçoivent corporellement, comment les écouter, et de sentir que tout est ok, que, voilà, on peut ressentir de la colère. Comment est-ce qu’on peut accueillir la colère qu’on sent en nous? Comment est-ce qu’on peut accepter d’être traversé par des vagues de tristesse? Comment est-ce qu’on ressent aussi la joie? Voilà, le but est vraiment d’ouvrir des espaces sécurisés dans lesquels les jeunes peuvent s’écouter, et qu’ils peuvent partager aussi ce qu’ils vivent avec les autres. Le but c’est: qu’ils puissent s’enrichir les uns les autres de tout ce qu’ils vivent, et donc mieux comprendre qui sont les autres, avoir plus de tolérance. Donc ça, c’est vraiment la base du projet.

Besoins observés

  • [00:05:39] Michel Godart: Tu touches beaucoup de choses qui m’interpellent en t’écoutant. La première, ben je vais revenir dessus après, c’est le public visé, on parle des jeunes. Mais quand tu dis la relation au corps et que tu parles de la relation au corps, j’ai envie d’aller plus loin, l’exemple c’est nous, l’exemple c’est les adultes. Donc première remarque, je me dis « C’est bien qu’une fois des adultes viennent vers des jeunes avec un message différent », déjà, donc félicitations pour ça. La deuxième chose, c’est que je me dis quand on est dans la détresse scolaire, elle se fait surtout dans le rejet des autres et du fait de vouloir être accepté par un groupe. Et c’est vrai que la relation au corps, elle est souvent pointée, l’amour de soi et de son corps est souvent pointé c’est ce qui mène parfois des adolescents vers la boulimie, l’anorexie ou du harcèlement scolaire. Donc tout ça est interpellant, ça réveille plein de choses ce que tu es en train de me dire, et ça va mener à la question la plus importante: qu’est-ce que vous avez constaté comme besoin qui vous a conduit à ce projet?
  • [00:06:24] Olivier Mageren: Ben une chose que j’ai constaté chez les jeunes, mais aussi chez les adultes, mais particulièrement chez les jeunes, c’est pendant la période du confinement. Les distanciations sociales, ça a eu des impacts énormes sur le bien-être des jeunes. Enfin certains jeunes étaient vraiment en détresse, c’était presque une torture sociale, de devoir être en distanciation, de ne plus pouvoir avoir une vie sociale. Et je me dis que: le contact fait partie du développement sain d’un humain. Et je rajouterais même le contact sain, être sain dans la manière d’être en contact corporellement avec quelqu’un, crée en fait quelqu’un qui peut se développer psychologiquement et relationnellement de manière saine. Et donc ça, c’est vraiment quelque chose que je trouve fondamental, c’est de comprendre que le corps, il est omniprésent. On s’adresse d’abord à un humain qui a un cœur, qui a une âme, dont la première chose qu’on voit en général, c’est le corps en fait. Avant même de savoir comment quelqu’un s’appelle, ses idées, ses pensées, ses croyances, ses limites qu’on peut parfois découvrir ou ses peurs qu’on peut parfois découvrir après 20 ans de vie commune, on voit d’abord un corps quoi.

Le corps comme tabou dans l’enseignement

  • [00:07:17] Michel Godart: Et c’est même ça parfois qui est problématique, puisque le corps c’est aussi le sujet du préjugé parfois.
  • [00:07:22] Olivier Mageren: Oui. Et donc par rapport à ce que je vois chez les jeunes, c’est que, même dans l’enseignement en milieu scolaire, on voit que le corps est encore un tabou, c’est presque un interdit parfois. Alors que les jeunes se touchent tout le temps quoi, on dirait comme des chiens, ou des chiots, ou des chatons, ils se touchent tout le temps en fait. Mais le corps reste comme quelque chose qu’on ne peut pas aborder, on se sent déconnecté, et il y a encore une gêne. D’autre chose que j’ai vu dans les besoins pour les jeunes, cette semaine j’ai travaillé justement en EVRAS, dans une école où on travaille avec des élèves de quinze-seize ans. Et on leur demandait de faire des saynète, en petit groupe, où il y a un défaut de consentement. Et il y a deux groupes de filles sur cinq qui ont présenté une saynète, où en fait entre-elles, donc c’est un groupe de filles, où elles se touchent mais sans consentement. Et elles ont dit… Et puis après tout le monde questionne un peu « Mais ok, vous avez présenté ça, mais qu’est-ce que vous avez voulu transmettre? ». Mais en fait, on s’est rendu compte que nous, entre nous, on se touche parfois les cheveux, le corps et si et là, mais on n’est pas ok nécessairement. En fait, on est entre filles et on sent que, déjà là, ça arrive régulièrement que, en fait l’effet de groupe fait que on s’oublie en fait, et après coup on se dit « Mais c’est pas ok, je ne me sens pas. Il y a des jours où j’ai pas envie d’être touché ».

Intention, toucher et conscience relationnelle

  • [00:08:24] Michel Godart: Il y a, peut-être ici, on va revenir à ta première question de l’intention, aussi une question d’intention ou pas? C’est-à-dire que tu sais, quand on se touche inconsciemment et quand tu es dans un groupe de filles, ça paraît naturel, c’est instinctif, il n’y a pas de réflexion sur quelle intention j’ai de te toucher, c’est plus l’acte naturel. Par contre, c’est différent quand tu vas te dire « Ben on va se toucher pour gagner une confiance, pour montrer à l’autre je suis là, c’est un soutien ». Tu vois, il y a l’intention peut changer complètement l’approche du toucher. C’est des réflexions que tu t’es faites aussi sur les besoins des jeunes?
  • [00:08:50] Olivier Mageren: Bien, évidemment dès qu’on ouvre une boîte, il y a 1000 questions en fait (Michel Godart: Ben oui). Et je suis sûre que les auditeurs et les auditrices ont encore plein de questions derrière quoi.
  • [00:08:57] Michel Godart: Tu viens de la faire exploser dans ma tête la boîte à questions.
  • [00:08:59] Olivier Mageren: Oui. Et donc c’est ça qui est chouette. On ouvre enfin un point essentiel, c’est « Ok, on accepte le corps, il existe, il est beau, il est… ». De toute façon un bébé, la première chose qu’il fait c’est: il est touché, il touche les objets, il ramène tout au corps, et en fait on grandit comme ça. Et que peu importe le milieu dans lequel on grandit, on ne peut pas faire l’économie d’aller voir ou mettre ça de côté quoi. Ça a trop longtemps été mis de côté je trouve. On s’adresse à un cerveau, mais pas à des jeunes qui sont développés, qui se développent. Et je trouve que c’est un peu étonnant de se dire que dans la loi, un jeune est majeur à seize ans, en Belgique c’est une majorité sexuelle mais ça veut dire majorité relationnelle et corporelle. Et en fait il n’y a rien qui est transmis, et ça reste encore un tabou, alors que dans certains pays c’est quinze ans en France, c’est quatorze ans au Portugal ou en Italie, on voit bien qu’en fait on est censé intégrer le corps et lui parler, et le conscientiser.

Verbaliser ses limites sans casser le lien

  • [00:09:45] Sophie Mentior: D’après moi en fait, ce qu’on ne souhaite pas c’est enlever la spontanéité du toucher des jeunes entre eux. C’est quelque chose de tout à fait sain qu’ils aient envie, besoin d’entrer en relation par du corporel. Et à aucun moment on ne veut stopper cet élan naturel que les jeunes ont entre eux. Par contre, ce qu’on souhaite, c’est que si à un moment donné, un jeune sent que ce n’est pas juste pour lui, qu’il puisse s’autoriser déjà à le ressentir, et qu’ensuite il puisse oser l’exprimer, et qu’il ait des outils pour l’exprimer de façon respectueuse, sans agresser l’autre dans le fait que lui s’est peut-être senti agressé par le toucher qu’il a eu, mais qu’il puisse le verbaliser d’une façon respectueuse sans créer, justement, voilà, de pouvoir juste dialoguer en disant « Écoute, là tu me touches et en fait ça ne me convient pas ». Enfin voilà, qu’ils puissent le verbaliser, qu’ils puissent s’écouter, s’autoriser à le dire. C’est tout ce travail là qu’on veut faire avec les jeunes. Parce que les relations, on est tous des humains, avec de l’inné, avec de l’instinctif. Et donc à aucun moment on va enlever cette spontanéité qui est une des beautés de l’humain. Mais par contre, on veut créer pour les jeunes une sécurité corporelle suffisante pour qu’ils se sentent capables d’écouter ce qui se passe à l’intérieur d’eux. Et on veut qu’ils aient des outils de verbalisation et de lexique, créer du vocabulaire, et une manière d’exprimer les choses, de façon à ce qu’ils puissent se sentir légitime de le dire d’une belle manière. Pour rester en lien, pour pas que le fait d’avoir été touché d’une manière qui ne leur correspond pas casse quelque chose avec l’autre.

Respect de soi et respect des autres

  • [00:11:10] Michel Godart: Si je t’écoute bien, j’ai le sentiment que tu m’expliques que vous avez amené la magie des mots et de la prise de conscience pour positionner correctement un curseur dans un équilibre de je me respecte et je respecte les autres.
  • [00:11:21] Sophie Mentior: Absolument.
  • [00:11:21] Michel Godart: C’est une belle façon de résumer?
  • [00:11:22] Sophie Mentior: Absolument.

Zones géographiques et langues d’intervention

  • [00:11:23] Michel Godart: On a parlé de qui est le public, mais on est dans un pays compliqué, on est dans un pays trilingue avec des régions. Une petite parenthèse quand même importante, dans le qui, on va parler de géographie parce que: on va aller dans des endroits, peut-être pas d’autres, parce que peut-être il y a une barrière de la langue et que les nuances des mots, ici sont, extrêmement importantes. Tu peux nous en parler?
  • [00:11:41] Olivier Mageren: L’offre qu’on propose est effectivement en français. A priori, on est localisé dans la province du Brabant wallon, donc c’est à dire au sud-ouest de Bruxelles. Mais on est actif, on va dire en Belgique, en Wallonie, nos services qu’on propose touchent toute la Wallonie, Bruxelles. Et on est aussi ouvert évidemment, à être appelé à l’étranger, si on peut couvrir les frais. Évidemment (Miche Godart: Mais en francophonie), on a le cœur à voyager, oui, en francophonie. Et donc voilà, on ne se met pas de limite ou de frontières par rapport à ça, même si notre cœur d’activité est en Belgique quoi!
  • [00:12:08] Sophie Mentior: On peut aussi dire, on serait capable aussi d’animer en anglais, si nécessaire. Voilà, donc on est tous les deux aptes à pouvoir animer en anglais.

Spécificités de l’approche pédagogique Just be wow

  • [00:12:16] Michel Godart: Si on revient au sujet, avant de parler des services que vous allez proposer, moi ce qui m’intéresse ici encore un petit peu, c’est de développer les spécificités de votre approche.
  • [00:12:25] Sophie Mentior: Moi, je peux peut-être commencer. D’abord en te donnant peut-être un petit exemple de ce que je peux vivre parfois en classe. Cette semaine, j’avais un petit atelier de méthodo avec des élèves de cinquième et de rhéto. Des élèves qui provenaient de classes différentes et qui, pendant la période de décembre, ben par rapport à leurs bulletins il y avait plusieurs difficultés donc, voilà. Enfin, j’avais un petit groupe d’une quinzaine d’élèves. Et ce que j’ai fait, je leur ai proposé quatre ateliers de méthodologie, dans lequel je les ai mis face à une tâche et ils devaient en fait réaliser, ils devaient commencer la tâche. Mais surtout, ce que je leur demandais, c’est de sentir à l’intérieur d’eux qu’est-ce qui se passait? Est-ce que c’était le fait de planifier, par exemple un travail, est-ce que ça diminuait la pression ou est-ce que ça augmentait leur stress? Est-ce qu’ils sentaient leur corps s’ouvrir, se fermer? Et c’était très intéressant de voir que les élèves, à la fois ils étaient preneurs, et à la fois je les sentais un peu ‘décontenancés’, parce qu’ils n’avaient pas pris l’habitude de sentir à l’intérieur d’eux qu’est-ce qui se sent? Et je leur expliquais qu’en méthodologie, il n’y a pas une bonne méthodologie, il y a eux, et la manière dont ils fonctionnent et qu’est ce qui est bon pour eux. Et que l’idée de ce que je proposais, c’était quatre ateliers différents pour qu’ils puissent sentir qu’est ce qui leur correspond, qu’est ce qui leur correspond moins et qu’ils puissent apprendre de ça.

Observation du vécu corporel chez les élèves

  • [00:13:35] Michel Godart: Quand t’es à l’école, tu es dans un autre cadre, tu ne vas pas dire à un prof ce que tu vas raconter à tes parents par exemple (Sophie Mentior: Tout à fait), parce qu’il y a des sujets qui ne sont pas appropriés peut-être pour toi en tant qu’ado. Est-ce que le positionnement de l’adulte, dans l’école, fait une différence par rapport à vous? Toi aussi tu es maman (Sophie Mentior: Oui), toi aussi des ados? (Sophie Mentior: Mm Mm), donc je me dis « Tiens, tu dois certainement remarquer une différence dans l’approche ». Est-ce que le positionnement va être important? La question va se porter pour toi mais aussi pour Olivier, parce qu’en plus lui il a la casquette, qu’il le veuille ou non: « sexologue ». Ou alors tu n’en parles pas?
  • [00:14:01] Sophie Mentior: C’est les mots qu’on va utiliser avec les jeunes. C’est ça qui pose en fait le cadre de sécurité. Et c’est aussi…

Déclencher la parole

  • [00:14:07] Michel Godart: Ils ont une difficulté pour déclencher la parole? (Sophie Mentior: En fait…) Tu sens une difficulté, un frein, une pudeur?
  • [00:14:11] Sophie Mentior: Oui. Notamment, donc, moi ce que j’avais fait, c’est souvent et c’est parfois la beauté, je trouve, du travail qu’on fait avec Olivier, c’est la manière dont on va créer l’atelier, c’est tout le déroulé de l’atelier, dans lequel, de façon sous-jacente, les ados ne le savent pas, mais nous on construit quelque chose qui les sécurise de plus en plus (michel Godart: D’accord). Et notamment ce qu’on utilise énormément, c’est: d’abord le retour à soi, donc d’abord d’introspecter pour savoir qu’est-ce qu’ils sentent, les questions qu’ils se posent.

Sécurité, cadre et parole des jeunes

  • [00:14:36] Michel Godart: Mettre les bons mots sur les bons sentiments.
  • [00:14:38] Sophie Mentior: Voilà. Et pour ça on a créé un outil, un carnet notamment dans lequel on leur propose: soit d’écrire, soit de dessiner, d’utiliser l’artistique, etc pour essayer de voir ce qui se passe à l’intérieur d’eux et de pouvoir le sortir concrètement avec des mots, avec des dessins dans un carnet. Et ensuite, une fois qu’ils se sont enrichis de leur perception d’eux-mêmes, de pouvoir le partager avec le collectif. Alors ici, moi j’avais un atelier d’une heure et demie avec tous des élèves qui ne se connaissaient pas, et c’est vrai que quand on est arrivé à la phase de partage collectif, j’ai vu que le travail que j’avais fait n’avait pas été suffisant pour créer la cohérence du groupe et faire en sorte que les élèves se sentent sécurisés. Et donc notamment, j’ai pu constater que les élèves ont eu des difficultés à échanger entre eux ce qui s’est passé. Et donc je me suis dit mais pas de souci, tout est toujours accueilli comme ça, je leur ai proposé de travailler en autonomie, et moi alors je suis passée chez chacun pour prendre les différents renseignements, voir comment ils avaient vécu les choses, qu’est-ce que je pouvais apporter à l’atelier suivant, etc.
  • [00:15:32] Michel Godart: C’est une preuve de respect pour eux (Sophie Mentior: Oui). Ça veut dire que tu les écoutes aussi
  • [00:15:35] Sophie Mentior: Je les écoutes, je vois qu’il y a un malaise, et j’accepte le fait qu’il y ait un malaise et qu’ils ne se sentent pas en sécurité de partager avec le groupe. Et donc pour moi c’est factuel, c’est ainsi, et je vois comment est-ce que là-dedans je peux écouter ce signal-là, et remettre de la confiance. Et donc me diriger moi vers chaque élève, prendre soin d’eux en particulier, pour qu’ils sentent le lien et qu’ensuite ils se sentent suffisamment sécurisés pour pouvoir repartager dans le groupe. Et donc c’est vraiment le cœur de ce qu’on fait, c’est vraiment sécuriser les élèves dans le dialogue qu’on peut avoir avec eux, les choses aussi qu’on va leur partager de notre expérience, qu’ils puissent sentir la profondeur de ce que nous, on partage, que ça les incite à eux, pouvoir aussi délivrer la profondeur de ce qu’eux ressentent à l’intérieur. Et créer aussi des contextes dans lesquels on les questionne, on crée une émulation pour faire naître des sujets, des contextes qui font parler de choses, qui leur permettent de dire qui ils sont, de partager et de s’auto enrichir les uns les autres des expériences qu’ils vivent et de ce qu’ils ressentent.

Posture adulte et horizontalité

  • [00:16:34] Michel Godart: Par rapport à ton positionnement, puisque, que tu le veuilles ou non, quand tu rentres dans la classe, tu es prof, pour eux tu es prof, tu vois (Sophie Mentior: Oui). Donc dernier point à clarifier, comment tu enlèves cette barrière? Puis je vais faire le passage vers Olivier pour la même question, parce que c’est là où l’enjeu se joue aussi.
  • [00:16:46] Sophie Mentior: Ok. J’entends en fait que quand tu dis ça, tu prends le prof avec une posture pyramidale, où tu mets le prof supérieur qui va avoir un ascendant entre guillemets, une sorte de pouvoir ou d’autorité sur les élèves?
  • [00:16:57] Michel Godart: On va dire que je me rappelle de mon adolescence, et que je crois que quand j’écoute les adolescents actuellement, c’est qu’on a tous une figure d’autorité du monde adulte (Sophie Mentior: Mm). Et parfois même dans une école d’une institution et d’un État et d’un gouvernement, d’une autorité presque judiciaire dans une école (Sophie Mentior: Mm), parce qu’il y a une autorité. Et donc, que tu le veuilles ou non, quand tu es ado, tu as ce sentiment au fond de toi, quelque part qui est caché, qui vit, que tu en sois conscient ou pas, tu as tendance à symboliser la posture de l’intervenant en face comme étant « Oui, mais ça c’est l’autorité ». C’est cette question-là qui m’interpelle parce qu’ici on va dans l’intime. Et c’est peut être aussi la question du sexologue par rapport à l’ERAS aussi, ou si on va dans l’intime de l’ado. Et donc c’est pas du tout la posture de l’autorité, là il y a un côté humain qui s’installe qui est plus proche, un côté de liens. Et c’est magique, c’est fantastique de pouvoir mettre ça dans une école quoi.
  • [00:17:39] Sophie Mentior: Tout à fait. Et je pense que ça, les ado le sentent dans la façon dont on s’exprime. Ça veut dire qu’ils sentent qu’on est des accompagnants et qu’on est des coachs, et qu’on se met au même plan qu’eux. Que on ne se porte (Michel Godart: Voilà) pas supérieur à eux, et que c’est peut-être la beauté de la posture qu’on peut prendre, où justement il y a une horizontalité qui fait que on se met à leur niveau. Et, aussi dans ce qu’on fait avec Olivier, c’est: toujours de partir d’eux. Ça veut dire que, souvent ce qu’on commence par faire c’est les questionner, pour faire émerger certaines choses, et ça c’est aussi la magie de tous les groupes différents qu’on va pouvoir aborder. Olivier a énormément d’histoires là-dessus, mais on peut interroger un groupe et voir émerger, comme il dit, des filles qui réalisent qu’entre elles, elles se touchent parfois sans consentement et qu’elles se sentent dérangée mais qu’elles osent pas spécialement en parler. Et en même temps, il peut travailler la même journée avec un autre groupe où là, il va voir émerger des scènes extrêmement violentes, voire d’agression, alors que c’est la même question qui est posée. Le fait de partir en les questionnant, en leur proposant des choses créatives qui émergent d’eux-mêmes, ça permet vraiment d’être proche de ce dont ils ont besoin qu’on parle aujourd’hui, de ce qui est vivant à l’intérieur d’eux, et de ce qu’on a besoin d’aborder avec eux aujourd’hui.

Casquettes professionnelles et EVRAS

  • [00:18:46] Michel Godart: Toi, tu as deux aspects, tu as le côté humain de ce que tu fais, en tant que sexologue, tu as ton aspect au « Love Health Center ». Je dirais même que tu as une troisième casquette, c’est l’EVRAS encore?
  • [00:18:53] Olivier Mageren: Oui. Et donc on parlera des services, on peut intervenir dans différents milieux. On parle du scolaire ou en tant que parent mais c’est vrai que, peu importe où on se situe dans la société, que ça soit dans un club de sport ou peu importe. Oui, on a une figure d’adultes, et c’est d’ailleurs, dans nos ateliers on parle du consentement, on peut le décliner et en parler longuement. Un des biais, qui est peu conscientisé, c’est l’âge et l’autorité (Michel Godart: Et voilà). Et donc on sait que c’est délicat, mais on en est conscient. Ce que je voudrais rajouter c’est que, comme dit Sophie, ben on part d’eux, donc en fait ça change tout.
  • [00:19:23] Michel Godart: Exactement.
  • [00:19:24] Olivier Mageren: On ne dit pas « On sait », on dit « Ça vous interpelle comment par exemple, les défauts de consentement, c’est quoi? », et on part d’où ils sont en fait, de ce qu’ils ont vu, compris ou commence à conscientiser. Et on rajoute des nuances, mais surtout aussi, on a la chance qu’on est des externes, qu’on n’est pas professeurs (Michel Godart: Ahhh) pour les juger. On ne va pas noter, ils savent bien que notre intention, nos besoins, c’est pas d’avoir huit sur dix à la fin du cours, il n’y a pas de point.

Adultes externes et confiance des jeunes

  • [00:19:46] Michel Godart: Très juste.
  • [00:19:47] Olivier Mageren: On n’est pas les parents, ça aide énormément. On a beau être le meilleur parent du monde, on fera un super boulot certes, mais notre enfant il est de toute façon différent dans chacun des milieux dans lequel il se trouve. Et avoir des adultes, voilà, qui ne connaissent pas toute l’histoire et qu’ils peuvent se poser, il n’y a pas d’antériorité quelconque. On a, aussi, la chance, mais il faut avoir la délicatesse aussi, de conscientiser tout ça et de laisser déposer ce qui peut se poser. Donc moi je suis aussi de l’esprit, comme vous le savez, au Love Health Center « slow sex », mais c’est-à-dire une approche slow. Slow comme le slow food, penser plutôt au slow food, c’est plus facile pour les gens de le comprendre. C’est de conscientiser, faire moins, c’est plus. On vise la qualité et ralentir. Et c’est souvent quand on ralentit qu’on se pose et qu’on voit les choses. Si on roule à 200 à l’heure sur l’autoroute, on n’a peut-être pas vu, je ne sais pas moi, un hérisson au bord de la route. Par contre, si on roule doucement, on voit plein de choses, limite on voit les moustiques, et on voit les oiseaux, on entend les oiseaux. Donc c’est ça le slow, c’est de dire on va ralentir et c’est à ce moment-là que les choses se déposent. Donc on n’est pas en train de forcer, on ne vient pas avec un savoir froid, d’autant plus que dans nos spécificités, tu demandes quelles sont nos spécificités, on sait que quasiment 80-90 % du langage est non verbal (Michel Godart: Oui). On s’adresse toujours aux connaissances, au cerveau, aux savoirs. 90% du langage est non verbal, déjà juste ralentir et décoder, parce que qu’on le veuille ou non, inconsciemment on le fait. Et donc bypasser le corps ou ne pas le considérer, c’est presque absurde parce que si on veut vraiment qu’un humain se développe de manière équilibrée, saine et épanouissante, qu’il soit heureux dans sa vie, autonome et souverain, et bien il faut s’adresser au corps, il faut développer le rapport au corps et la conscience du corps pour pouvoir s’adresser davantage, parce qu’on va atteindre un plafond de verre en fait, si on ne parle pas et si on n’ose pas aller vers le toucher. Aujourd’hui, il y a comme un tabou, on ne peut pas toucher les jeunes, c’est quand même… Enfin, mais nous on ne va pas les toucher, on va parler de la manière dont on touche et que eux se touchent, et ainsi de suite. Et c’est comment eux ils sont en relation, c’est de considérer intégrer le corps, donc ça c’est une innovation en soi. On va parler aussi des émotions, des aptitudes relationnelles.

Approche slow, introspection et non-verbal

  • [00:21:37] Michel Godart: Dans le slow, ce que moi je retiens surtout, c’est qu’on va enlever la partie injonction. Dans le slow, la partie des injonctions s’efface. Parce qu’on est plutôt dans l’observation, l’attente, le lentement, s’écouter. Du coup, ça enlève toutes les injonctions verbales, l’injonction de principes, de contexte s’enlève, non?
  • [00:21:54] Olivier Mageren: Il y a une notion de ralentir pour être authentique (Michel Godart: Oui). Si on ralentit, on se voit dans le miroir, tel qu’on est. Et limite beaucoup de croyances, ou de préjugés, ou d’aprioris s’écroulent. Parce qu’en fait, si on s’arrête sur l’image, ben voilà comment je suis quoi, qui je suis à l’intérieur de moi quoi, finalement qui suis-je? Et donc si on ne va pas toucher qui suis-je? Comment je peux interagir avec l’autre? Parce que c’est la base du consentement aussi. Une des caractéristiques, tu demandais les spécificités de ce qu’on crée avec Sophie, c’est d’avoir des moments liés au corps, des jeux, de l’amusement, de la conscience, des outils de communication, mais surtout l’introspection (Michel Godart: Oui). Ça, c’est un des trois piliers de notre spécificité, c’est d’aller vers. Donc il y a le corps, mais l’introspection, on s’arrête après un exercice et on a un carnet de notes et on va écrire dedans des apprentissages. Et pourquoi c’est important? C’est parce qu’en fait, comment on peut même penser à une relation saine où le consentement, si on ne s’arrête pas pour savoir qui on est, qu’est-ce que j’offre à l’autre, comment je me présente à l’autre ou qu’est-ce que l’autre me dit de lui? Qu’est-ce que l’autre reçoit ou comment je veux recevoir moi des autres? C’est pas possible, Il faut ralentir, faire une introspection et dire ça, ça vous concerne. De vous à vous, il n’y a pas de posture. Comme disait Sophie, on sait. Non, on est à l’horizontale. Tout adulte sur terre peut se poser la question. Je ralentis, je prends mon carnet et je me pose la question qui je suis? Comment je ressens? Qu’est-ce que j’apprends? Qu’est-ce que je découvre? Qu’est-ce que je veux faire évoluer? Qu’est ce qui me fait du bien? Et ensuite on est plus apte à être authentique pour aller vers l’autre. Donc les relations sont d’autant plus belles et nourrissantes.

Les trois piliers du projet Just be wow

  • [00:23:21] Michel Godart: Est-ce que Sophie, on a fait le tour des spécificités déjà au premier abord?
  • [00:23:25] Sophie Mentior: Donc si je résume nos spécificités c’est : de travailler avec le corps, d’avoir un carnet d’introspection, et le lien entre le corps, le cœur, le mental. En fait de créer une cohérence et de faciliter l’expression, et la relation à l’autre.

Défis et interprétations des adultes

  • [00:23:41] Michel Godart: C’est quoi les challenges déjà observé dès le départ? C’est quoi les enjeux?
  • [00:23:44] Olivier Mageren: Moi, le premier enjeu que je vois dans cette innovation, et qui pour moi est incontournable hein, c’est l’interprétation des adultes par rapport à l’offre qu’on propose (Michel Godart: Ah oui). Parce que nous on sait qu’on peut offrir énormément et qu’on s’amuse, et que les jeunes ils apprennent, et que les jeunes ils vont sortir avec un sourire, une banane et vont dire « Waouh, je me sens plus apte dans mes relations, je me sens plus adulte. On me considère comme un adulte ». Parce qu’aussi, ça je ne l’ai pas dit tout à l’heure, mais quand on les considère comme des adultes compétents, autonomes, souverains, et on sait pas où ils sont dans leur vie et leur talent, ça change tout hein? On n’a pas une posture top-down, mais c’est surtout de se dire « Tiens, entre adultes, il y a ce que je sais… Mais tiens, si j’étais une petite souris, à voir comment ça se passe, qu’est-ce que je souhaiterais pour les jeunes en fait? ». Parce que, mon premier obstacle avant tout, je le vois, c’est l’interprétation des adultes qui vont dire « Oui, je veux ça dans mon institution ou pas, oui je veux ça pour mon enfant », parce qu’en fait il y a des blocages et des non, et des non, et des non, et des non, régulièrement. Qui sont presque, « Ok, je comprends les peurs », mais en fait au final, la plupart sont infondées en fait. Donc c’est un peu l’inertie, ce qu’on a toujours fait, on a toujours fait comme si ça sécurise alors que, moi j’ai l’impression que ça m’insécurise plus de dire « Mais on voit tous les travers, on ouvre les yeux, on ne voit que des violences, des difficultés, des difficultés relationnelles ». Donc on se dit « Mais non, en fait, on sait d’où vient la plupart des problèmes, il faut agir de manière responsable ». Et donc c’est ça pour moi, c’est soyons vrai par rapport à la réalité du monde, soyons innovants et donc l’acceptation qu’on peut apporter du changement dans la relation aux jeunes. L’éducation, elle n’est pas figée, peu importe où on se trouve dans la société, elle est en constante évolution.

Pacifier le lien au corps

  • [00:25:14] Michel Godart: Il y a deux phrases ici sur les murs de transforma bxl qui sont vraiment intéressantes, c’est « Without deviation from the norm, progress is not possible ». « Sans déviation de la norme, le progrès n’est pas possible ». Il y a une autre phrase sur le mur d’entrée quand on arrive c’est : il ne s’agit pas d’être le plus intelligent, le plus fort pour évoluer pour qu’une espèce survive, il faut qu’elle puisse s’adapter. Sophie, quels sont tes challenges?
  • [00:25:32] Sophie Mentior: Clairement, notre challenge c’est : pacifier le lien au corps. Et donc, notamment, la première difficulté qu’on a c’est dans la vision, la projection que font les adultes, qui eux-mêmes n’ont pas pacifié leur lien au corps, et qui le voient encore comme un tabou parce qu’en tout cas ils n’ont pas appris. Et effectivement, ça n’est pas appris nulle part donc… On a quand même la religion catholique qui a un rapport parfois très tabou avec le corps, et c’est plutôt ces vestiges-là qu’on a hérité. Et donc notre lien au corps n’est pas pacifié, il faut vraiment avoir fait tout un travail, aujourd’hui, pour pacifier ce lien-là, pour se rendre compte à quel point c’est quelque chose de pacifiant pour soi-même, dans sa relation à soi et dans sa relation aux autres. Et donc c’est ça qu’on essaye d’apporter. Mais donc, on a la difficulté que les adultes n’ont pas pacifié leur lien au corps et donc ils ne perçoivent pas l’enjeu à cet endroit-là. Et les enfants, les ados, ont eux aussi la peur de ce corps. Quand on propose des ateliers, moi par exemple j’ai eu la chance d’organiser un atelier de massage avec des ados. Clairement, j’avais convaincu les parents de l’utilité, ils m’avaient fait confiance. Les enfants, on les avait invités à venir, certains n’étaient pas spécialement enchantés d’être là, mais l’atelier a été extraordinaire, à la hauteur du défi pour les ados. Un garçon de quatorze ans qui peut masser une jeune fille de treize ans sans que ce soit sexuel, c’est extraordinaire. De se dire qu’on peut toucher l’autre, sur le dos, avec de l’huile… (Michel Godart: Sans arrière-pensée, sans rien de mal) sans arrière-pensée, sans qu’il y ait de connotation sexuelle, simplement parce que se toucher ça nous fait du bien, parce que c’est quelque chose de ressourçant pour l’être. Et donc on est dans un vrai défi d’apporter à la société. On n’ira pas jusque-là évidemment dans nos ateliers, ce n’est pas le propos de faire du massage avec les ados, mais on a conscience, c’est pour dire qu’on a conscience de où en est la société dans le rapport au corps, et de où on pourrait aller. Le jour où notre société accepte que des ados se massent sans que ce soit sexuel, et qu’on a un rapport au corps qui est extrêmement sain, mais je pense que la société est transformée.

Invitation à écouter la suite de l’épisode Just be wow

  • [00:27:29] Michel Godart: Le mot de la clôture, c’est le mot sain (Sophie Mentior: Mm), être sain d’esprit, en tout cas. Ici, on a parlé des défis, je vous invite à écouter la seconde partie de cet épisode, on verra en détail les services que vous allez proposer et comment ça se met en pratique. Alors, auditeurs, auditrices, s’il vous plaît, écoutez la seconde partie de l’épisode, il est important. Parlez-en autour de vous, tous ces projets-là peuvent prendre vie, évidemment ça ne fonctionne pas sur la gratuité : c’est du temps, c’est de l’argent, c’est de l’investissement, c’est de la passion aussi, et du cœur on l’entend, mais l’argent est la clé et le moteur. Donc on comptera aussi sur votre solidarité. À très bientôt.
  • [00:28:01] Jingle Outro: « Entr’Nous ». « Entr’Nous », le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.

Le podcast EVRAS, Just be wow :

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