Procrastination & vie intime – Johan Schuiten
Entr’Nous · Épisode #080 · Johan Schuiten
Quel lien entre procrastination et vie intime ?
C’est la question que nous avons creusée avec Johan Schuiten.
Nous l’avons rencontré lors du PodBXL 2026. Nous avons parlé
de patrescence avant de découvrir qu’il s’était spécialisé, en tant que coach,
dans la gestion de la procrastination.
Comme nous ne remettons jamais l’amour à demain, nous l’avons sollicité
tout de suite. Johan a accepté notre invitation à venir au micro pour créer
un nouvel épisode du podcast Entr’Nous du Love Health Center.
Et si mieux comprendre la procrastination nous aidait à prendre soin
de notre vie intime et amoureuse ?
Des questions qui touchent à notre quotidien
Que connaissons-nous de la procrastination ? Quels liens existe-t-il avec
la sexualité ? Pour quelles raisons la vie intime pourrait-elle constituer
un terrain propice à la procrastination ?
La sexualité et la procrastination sont souvent étudiées séparément.
Mais que pourrions-nous découvrir en les explorant ensemble ?
- Que pouvons-nous faire pour mieux gérer la procrastination dans notre
vie intime et sexuelle ? - Pourrions-nous gagner en qualité de vie en comprenant mieux notre
tendance à remettre au lendemain des sujets qui nous tiennent à cœur ? - Comment cette compréhension peut-elle nous aider à mieux comprendre
notre partenaire ou nos partenaires ?
Plutôt que de sous-estimer la procrastination, autant nous y intéresser
pour éviter qu’elle se joue de notre vie intime et amoureuse.
Un espace de réflexion et de découverte
Nous vous proposons d’ouvrir un espace de réflexion et de découverte
autour de la procrastination. Merci à Johan d’avoir accepté de répondre
à nos questions. Nous nous demandions ce qu’un passionné du sujet aurait
envie de partager : riche de son expertise, qu’a-t-il envie de vous dire ?
Notre vie intime, dans notre rapport à nous-mêmes et aux autres, nos
rencontres, nos curiosités, nos désirs qui varient et évoluent, nos besoins,
nos rêves, notre élan de vie, notre vitalité et nos émotions nous parlent.
Tout cela crée un fameux terreau propice à la procrastination.
Mais pourquoi, au fond ? Quels conseils pourrions-nous vous offrir ?
Comprendre ce qui nous empêche d’avancer
Nous vous invitons à porter un autre regard sur la procrastination :
et si, plutôt que de nous culpabiliser ou de nous forcer,
nous cherchions à comprendre ce qui nous empêche d’avancer ?
Quelles pistes concrètes permettent d’arrêter de procrastiner
par habitude sans devoir constamment se forcer ?
Si ce sujet vous parle, nous espérons qu’il vous éclairera et vous donnera envie d’agir.
Si ce sujet vous intrigue, rejoins-nous dans ce podcast.
Johan avait envie d’en parler beaucoup plus, mais le temps d’un podcast passe si vite.
Si vous avez envie de faire appel à Johan pour vous aider, quelle que soit le sujet : sexualité, relations intimes, travail, famille, rêves, santé, sport, passions…
Pour contacter notre invité Johan Schuiten : coach en développement intégral, entrepreneur et conférencier, Johan accompagne les personnes qui souhaitent dépasser leurs blocages, retrouver leur autonomie et avancer d’une manière qui leur correspond.
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RDV dans le prochain épisode 🙂 ou un précédent. Vous avez plus de 80 podcasts à présent pour avancer vers votre mieux-être et épanouissement. Poursuivez vos découvertes et plaisirs.
Belle écoute.
Passionnément.
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L’épisode « Procrastination & vie intime – Johan Schuiten » via la chaîne Youtube :
Séquençage du podcast Procrastination & vie intime – Johan Schuiten :
[00:00:20]
Introduction, présentation et intentions
[00:02:59]
Où procrastinons-nous dans notre vie ?
[00:08:31]
Comprendre la procrastination et la distinguer du report conscient
[00:10:14]
Voix intérieures, repos et culpabilité
[00:15:16]
Le parcours de Johan et son approche de l’accompagnement
[00:18:33]
Pourquoi la vie intime est-elle propice à la procrastination ?
[00:20:52]
Comprendre les facteurs qui freinent le passage à l’action
[00:25:57]
Sexualité, parentalité et conséquences du temps qui passe
[00:28:12]
Pression, coûts et bénéfices cachés de la procrastination
[00:33:47]
Quelle place accordons-nous réellement à notre sexualité ?
[00:39:42]
L’inverse de la procrastination : élans, spontanéité et anti-to-do list
[00:43:58]
Comment aborder une conversation intime pas à pas ?
[00:49:30]
En consultation : faire une place à la connexion sans obligation sexuelle
[00:54:13]
Prendre soin de soi et avancer sans se forcer
[00:56:29]
Gratitudes et conclusion
Questions clés de cet épisode
Qu’est-ce qui distingue la procrastination d’un report conscient ?
Johan Schuiten décrit la procrastination comme un décalage entre une décision de faire quelque chose et ce qui nous détourne ensuite de cette action, souvent accompagné de regret ou de culpabilité. Il la distingue d’un report décidé consciemment, par exemple pour se reposer, tout en invitant à examiner les reports qui se répètent.
Écouter / lire ce passage : [00:08:31]
Réponse à partir de [00:08:51].
Quel lien Johan Schuiten fait-il entre procrastination et voix intérieures ?
Johan Schuiten distingue les élans personnels des injonctions, des reproches et du regard des autres que l’on anticipe. Selon lui, ces voix peuvent entrer en conflit et contribuer à une lutte intérieure qui empêche d’avancer.
Écouter / lire ce passage : [00:10:14]
Réponse à partir de [00:10:31].
La vie intime peut-elle être un terrain propice à la procrastination ?
Johan Schuiten ne donne pas de réponse absolue. Il souligne cependant que parler de sa vie intime implique de s’exposer personnellement. Les peurs, la pression et le manque de sécurité ressenti peuvent alors donner des raisons de ne pas engager la discussion.
Écouter / lire ce passage : [00:18:33]
Réponse à partir de [00:19:33].
Quels autres facteurs Johan Schuiten propose-t-il d’examiner pour comprendre la procrastination ?
Dans sa méthode personnelle, Johan Schuiten propose d’examiner si l’action est claire, attrayante, supportable et sécurisante. Il distingue notamment la difficulté de la tâche de la peur de ses conséquences : une conversation peut sembler facile à engager, alors que ses effets possibles inquiètent.
Écouter / lire ce passage : [00:20:52]
Réponse à partir de [00:22:24]
Quels exemples de procrastination rencontre-t-on en consultation autour de la vie intime ?
Fanny Galodé cite le report d’un rendez-vous thérapeutique et la difficulté à réserver du temps à la relation malgré l’envie de partager des moments ensemble. Elle précise ensuite que prévoir un moment à deux ne crée aucune obligation sexuelle : ce temps peut aussi être consacré à une promenade ou à une autre activité partagée.
Écouter / lire ce passage : [00:49:30]
Réponse à partir de [00:49:45], avec une précision essentielle à [00:51:07].
La transcription du podcast Procrastination & vie intime – Johan Schuiten :
[00:00:00] Jingle Intro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.
Introduction, présentation et intentions
[00:00:20] Olivier Mageren: Bonjour, bienvenue dans le 80? épisode du podcast « Entr’Nous », une association dédiée à la relation bien être à la sexualité, localisée à Bruxelles mais aussi dans le Brabant wallon à Wavre à présent, on a vraiment plaisir de produire ce podcast bientôt depuis sept ans, d’aborder des sujets très variés au fil des rencontres. On vient de terminer un podcast sur le masculinisme, je vous le recommande vraiment chaudement, quel que soit votre situation je pense que ça peut vraiment apporter un éclairage intéressant. Et aujourd’hui, je suis super curieux, parce qu’en fait c’est vraiment un podcast très improvisé pour ma part, on va parler de procrastination et donc « Procrastination et vie intime, sexualité », et au micro j’ai la chance d’accueillir Johan, bonjour Johan
[00:01:00] Johan Schuiten: Bonjour Olivier.
[00:01:01] Olivier Mageren: Et Fanny, à nouveau. Bonjour Fanny
[00:01:02] Fanny Galodé: Bonjour Olivier, bonjour Johan.
[00:01:04] Olivier Mageren: Alors (Johan Schuiten: Bonjour Fanny) est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots, ce que tu as envie de dire? Et le reste, on le mettra dans l’article.
[00:01:09] Johan Schuiten: Je suis entrepreneur et coach pour le jeu de la vie. Alors le jeu de la vie c’est quoi? En fait pour moi c’est : « La vie est un jeu ». Et je trouve ça ramène un peu de la légèreté de voir ça comme ça, c’est un peu ma vision du monde. Et c’est un jeu que j’applique autant pour la procrastination, la parentalité ou l’entrepreneuriat, et voilà. Pour juste donner peut-être, pour la procrastination, j’ai l’impression que le matin quand je me lève et que je travaille, ben si je vais procrastiner, si je vais être distrait et que je ne vais pas travailler sur ce que je veux faire, et bien en fait j’ai l’impression de perdre des parties. A l’inverse, si j’arrive à faire ce que j’ai envie et que j’atteins mes objectifs, ben d’une certaine manière je gagne mes objectifs. Et après on peut rentrer dans des débats de : c’est quoi gagner au jeu?
[00:01:47] Olivier Mageren: Merci et j’adore ce côté ludique. On commence systématiquement les podcasts avec l’intention, pour moi c’est hyper important de se dire « Tiens, finalement pourquoi je suis ici? », c’est-à-dire ça demande un peu d’introspection et aussi d’authenticité de dire aux gens pourquoi on parle, on vient au micro comme ça, on comprend d’autant mieux le contenu et le contexte, et l’ambiance. Tu pourrais nous partager ton intention?
[00:02:06] Johan Schuiten: Oui, ben je crois qu’elle est double. Pourquoi je parle de procrastination? Moi c’est un phénomène que je connais très bien parce que ça m’a beaucoup affecté, et ça continue de m’accompagner au quotidien. Donc mon intention c’est de pouvoir aider les gens à mettre de la conscience là-dessus, donner ma vision par rapport à ça. La proposition de ce podcast avec cette association originale avec la vie intime, ben moi aussi je suis rempli de curiosité, et je suis assez, les deux peuvent être potentiellement des tabous et donc parler de tabous et les mettre un peu au goût du jour, je trouve ça pas mal. Ça apporte aussi de la légèreté.
[00:02:38] Olivier Mageren: Merci. Bonjour Fanny, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots?
[00:02:42] Fanny Galodé: Bonjour Olivier, bonjour à tous.tes. Je suis psycho-sexologue et thérapeute de pleine conscience.
[00:02:47] Olivier Mageren: Et pour toi Fanny, tu pourrais nous partager ton intention?
[00:02:50] Fanny Galodé: Moi mon intention c’est de, qu’on se pose aujourd’hui et qu’on réfléchisse au lien entre procrastination et sexualité. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de tout ça? Qu’est-ce que ça traduit?
Où procrastinons-nous dans notre vie ?
[00:02:59] Olivier Mageren: Et pour ma part, mon intention c’est juste d’ouvrir un espace de parole, curieux, je crois qu’on est tous curieux, on sait pas trop où on va, on a quelques idées, on a évidemment un peu travaillé le sujet mais en se disant « On va laisser de la place à la spontanéité », c’est d’autant plus gai pour s’écouter. Avant de commencer sur : te demander ce que c’est, et ce que ce n’est pas la procrastination, je vous propose de commencer par un petit jeu, puisque tu parlais de jeu, de donner des exemples, nous ici présents, Fanny, Johan et moi, et peut-être vous pouvez faire le même exercice chez vous. Où est-ce que je procrastine ou j’ai procrastiné dans ma vie, et penser effectivement que la sexualité c’est la vie intime, c’est vaste, ça parle de de soi, de vie intime de soi à soi, avec la rencontre à l’autre, l’éducation, nos espoirs, nos désirs, notre vision de la vie, curiosité, les rencontres, l’amour, c’est tellement vaste. Mais surtout, j’ai envie de revenir à un essentiel, c’est que la sexualité, pour moi c’est lié à notre vitalité, notre énergie de vie. Et que tout ce qui nous approche de notre énergie de vie nous rend plein de vitalité et de joie et de dynamisme, et d’action, et que quand on s’en éloigne, on sent qu’on loupe quelque chose. Et donc je vous propose de faire un petit tour, plusieurs tours de parole, assez brefs, sur des exemples de procrastination qu’on a vécu soi-même.
[00:04:13] Fanny Galodé: Moi je crois que je suis dans un âge, ou dans une période de vie, où il y a trop de choses à découvrir donc je veux tout tirer en même temps, tout ce qui se propose à moi. Et je procrastine le moment de me reposer – Rires. C’est important, on n’en parle pas non plus.
[00:04:31] Olivier Mageren: Merci.
[00:04:32] Johan Schuiten: Moi j’ai l’impression que je procrastine tous les jours le fait de terminer ma journée de travail – Rires. J’ai un rappel qui me dit que je dois m’arrêter et j’appuie sur snooze, snooze, snooze.
[00:04:43] Olivier Mageren: Moi je procrastine, entre autres, pour acheter des nouveaux vêtements – Rires. C’est vraiment, encore hier j’ai déchiré une chemise par usure tellement je l’aime, elle est belle, c’est mon épouse qui me l’a offert et j’ai dit « Ok », mais je sais que je procrastine, je dois le faire c’est nécessaire mais, voilà, c’est toujours plus tard. Pour quelle raison j’en sais rien mais « Allez Olivier, faut que tu prennes soin de tes vêtements ».
[00:05:08] Fanny Galodé: Ouais, j’ai un autre exemple de procrastination qui me touche beaucoup, qui m’angoisse même, c’est les messages, répondre aux messages. Je peux mettre des semaines, des mois même à répondre à un message parce que je me dis « Non, c’est pas le bon moment, j’ai envie de bien répondre à ce message ». Et en fait je procrastine tellement à répondre que je m’en veux, je me dis « Mince, la personne est dans l’attente ». Ouais ça c’est une grosse procrastination chez moi.
[00:05:31] Johan Schuiten: J’ai la même. Rires – Beaucoup de messages sont, restent en drafts, en brouillon, dans mon whatsapp. Moi j’ai l’impression que je procrastine assez souvent des rendez-vous médicaux.
[00:05:41] Olivier Mageren: Merci. Moi ces dernières années j’ai procrastiné depuis quatre ans à un projet qui me tient pourtant très à cœur, mais toujours pour plus tard. Et je me dis « Non », j’ai construit une pièce en forme d’œuf, un œuf horizontal, bon trois mètres 50 de long, on peut se mettre debout donc c’est vraiment un nid. Ça me tient à cœur, vraiment je me dis « Waouh, mais j’adore! ». Mais je sais pas pour quelle raison, je procrastine à terminer. Et Waouh, initier des trucs je suis hyper fort, faire des choses j’adore, organiser, et là, pour terminer, je procrastine depuis quatre ans, je dis « Ah, là j’ai décidé, je le fais ». Bon, je vous dirai dans le prochain épisode s’il est terminé – Rires. En même temps, on peut déjà l’utiliser, on peut dormir dedans ou faire une consultation, ou une love room, ou ce qu’on veut. Mais ce n’est pas terminé et je sais que il faut que je me botte le cul pour dire « Allez, termine le Olivier ».
[00:06:25] Fanny Galodé: Oui il est déjà super, on se sent déjà si bien.
[00:06:28] Olivier Mageren: On peut faire un troisième tour, si vous voulez?
[00:06:30] Fanny Galodé: Ouais un exemple tout bête, parce que j’ai envie de faire tellement de choses que j’ai l’impression de manquer de temps mais j’ai encore beaucoup d’années j’espère devant moi pour tout découvrir mais j’aimerais apprendre à tatouer. C’est vraiment un truc que je me mets, ouais je me dis « C’est pas le bon moment » oui, je pense que je procrastine cette envie.
[00:06:47] Olivier Mageren: Merci.
[00:06:48] Johan Schuiten: Moi j’ai procrastiné pendant, plusieurs semaines je dirais, le fait d’oser dire à ma mère que je l’aimais. Voilà, à un moment j’ai décidé que c’était quelque chose qui était important pour moi, que j’avais envie de le faire. Et j’ai beau la voir tous les mardis, parfois avec les enfants, trouver le bon moment et c’est pas toujours simple, je crois qu’il y avait un peu de perfectionnisme de ma part pour trouver le bon moment et vouloir essayer d’amener la conversation, et souvent ça repartait sur d’autres choses, et du coup j’ai abandonné le navire. Et j’ai fini par réussir à le faire et j’étais très content, et soulagé finalement de le faire.
[00:07:21] Olivier Mageren: Merci. Et dire aux gens qu’on aime, qu’on les aime… Et pas trop tard non plus, de le faire (Fanny Galodé: Ouais c’est très beau) régulièrement. Faire des compliments, dire à quel point les gens on les apprécie.
[00:07:33] Fanny Galodé: C’est un petit rappel pour qu’on dise aux proches, à nos proches, qu’on les aime.
[00:07:37] Olivier Mageren: Et le troisième exemple que j’avais en tête c’est : le livre sur le pénis. En fait ça fait huit ans que j’ai commencé l’écriture d’un livre, évidemment j’étais patient parce que j’ai quatre hommes qui ont participé, et qui ont pris aussi plusieurs années pour l’écrire, mais je sais que j’ai un peu procrastiné. Mon intuition me disait où aller, tout ça mais en même temps j’essayais de combiner trop de choses. Et j’ai aussi procrastiné, parce que c’est un livre qui peut être, qui est assez confrontant aussi je trouve, et qui m’expose énormément. Et donc merci à Fanny, j’en profite pour te dire merci, parce que tu as fait pendant ton stage cinq semaines de mise en page pour environ 130 pages magnifiques, mais voilà c’est un fameux exemple de procrastination, huit ans c’est pas rien. Une gestation super longue, et je me le promettais souvent « Allez, cette année il sort ». Et cette année ça sera le cas donc, merci pour ton, ta présence qui a permis au projet de réellement accoucher. Donc merci Fanny.
[00:08:25] Fanny Galodé: Merci à toi pour l’invitation. Tu attendais juste la dernière pièce pour que tout s’aligne.
Comprendre la procrastination et la distinguer du report conscient
[00:08:31] Olivier Mageren: Et donc rentrons dans ce sujet très personnel de la procrastination. Qu’est-ce que tu as envie d’en dire Johan? De ce que c’est et ce que c’est pas, pour un peu mieux comprendre le sujet quoi? Qu’on aient un peu, une interprétation peut-être similaire. En même temps, même s’il n’y a pas de consensus sur la définition pour tout le monde, tu t’y passionnes, tu consacres ton temps, tu aides des gens. Donc je pense que, en effet ton avis nous intéresse énormément.
[00:08:51] Johan Schuiten: Ouais. Merci pour la question c’est, c’est pas une question simple. Effectivement, il y a beaucoup de gens qui disent qu’ils procrastinent et je me rends compte que je n’ai pas la même définition peut-être qu’eux, et peu importe en soit. Moi je vais essayer d’amener mon regard, et d’ailleurs je vais essayer d’avoir un regard assez simple, et je le nuancerai par après. Qui est une réflexion derrière la procrastination presque, une philosophie. Mais donc, pour moi la procrastination j’ai l’impression que c’est un peu un phénomène qui fait qu’il y a entre une partie de nous, qui a envie, qui décide de faire quelque chose. Et puis il y a une autre partie de nous qui finalement, on a l’impression, freine des quatre fers ou trouve un moyen un peu parfois astucieux pour finalement nous dévier de cette trajectoire. Et je dirais que la conséquence, généralement c’est du regret, de la culpabilité et un sentiment désagréable. Et j’ai l’impression que si on a un peu ça, on est généralement dans la procrastination. Et donc si je donne un contre-exemple de la procrastination c’est quelqu’un qui va dire « Ben voilà, là je m’étais dit, j’avais décidé de faire un shooting photo demain, mais en fait je suis crevé, je vais le reporter ». Pour moi c’est une décision consciente, mature, peut-être qui est désagréable au final d’avoir, on est déçu, mais en fait on a fait ce choix en avant et en toute conscience donc, j’ai l’impression qu’il y a moins cette procrastination. Maintenant, si ça revient chaque mois, que ça commence à être régulier, et qu’à chaque fois on a une bonne raison, là on peut commencer à se dire « Tiens, est-ce que finalement je ne suis pas en train de procrastiner? ». Donc, il y a une notion aussi de, un peu de continuité, de perpétuité, de répétition, dans la procrastination (Olivier Mageren: Merci). Voilà pour les bases.
Voix intérieures, repos et culpabilité
[00:10:14] Olivier Mageren: Spontanément tu vois, en t’écoutant, je me dis « Tiens, quel est le lien que tu ferais entre procrastination et notre petite voix intérieure? ». Tu vois celle qui nous souffle un peu, qu’on n’écoute peut-être pas assez, on peut l’appeler parfois intuition mais ce lien entre procrastination et notre boussole intérieure?
[00:10:31] Johan Schuiten: C’est intéressant. Et avant de répondre, j’aurais envie de clarifier parce que moi il y a quelque chose qui est présent c’est que : la voix intérieure ça peut être la voix du cœur. Mais j’ai envie de dire, les voix intérieures peuvent aussi être les injonctions, les reproches, le regard des autres, qu’on va anticiper. Donc pour moi, il y a plusieurs voix intérieures, il y a notre petite voix à nous et puis il y a celle des autres. Et c’est difficile, je trouve personnellement, de faire la différence entre les deux. Et du coup, la procrastination, ça peut être la petite voix intérieure, elle dit « Je veux faire ça » et les autres voix disent « Non, tu ne mérites pas » ou « Ah tu es sûr? Qu’est-ce que vont penser les autres? ». Et du coup, il y a un immobilisme, un combat, une lutte et un immobilisme qui peut en résulter.
[00:11:10] Olivier Mageren: Oui, on peut être très calme extérieurement mais avoir cette lutte intérieure permanente.
[00:11:14] Johan Schuiten: Oui, aussi.
[00:11:15] Fanny Galodé: C’est rigolo parce que moi je lutte pour le contraire. J’aimerais procrastiner. Et en fait, je crois que je n’y arrive pas. Mon entourage m’aide un peu à me dire « Ok, pause toi, c’est pas grave si dans la journée on avait fait ça, ça, ça alors que c’était prévu », moi c’est j’aimerais procrastiner limite, donc c’est un très bel contre-exemple.
[00:11:33] Johan Schuiten: Je me permets de réagir comme, généralement procrastiner est vu comme quelque chose de négatif, j’ai l’impression qu’ici c’est peut-être pas la procrastination que tu cherches, mais le repos, la détente, la non non-action, et postposer les choses, les reporter. Et je pense, je trouve ça chouette de dire « J’aimerais être capable d’arriver à reporter les choses », et ça c’est un peu la FOMO et, il y a quelque chose effectivement qui est difficile, moi j’ai du mal aussi, je me reconnais vraiment dans ce que tu dis, mais personnellement je n’aurais pas utilisé le mot procrastiner j’aurais aimé me dire, « J’aurais aimé, pour que ce soit plus facile pour moi, de reporter les choses et de ne pas être si pressé ». Et donc, comment ça a atterri chez toi le fait de faire cette nuance avec procrastiner et reporter? Qui met peut-être moins de culpabilité?
[00:12:10] Fanny Galodé: Waouh! Merci pour cet éclaircissement. C’est vrai que ce que tu dis ça vibre plus, c’est plus « Ouais, reporter pour s’écouter, se reposer » plutôt que procrastiner. Est-ce que pour vous procrastiner ça a une connotation négative?
[00:12:24] Olivier Mageren: Moi j’aime bien baser la vie sur la vitalité et la joie, même le jeu, l’espièglerie et l’amusement. Tester, on peut dire « J’ai jamais fait, ben ok je vais tester de procrastiner pour voir ce que ça fait » ou bien l’inverse, de ne jamais le faire. Donc j’aime bien jouer pour expérimenter par moi-même, pour me faire ma propre opinion. Moi je pense à ça donc c’est ni bon ni mauvais. Si tu kiffes procrastiner, vas-y continue quoi. Si vraiment ça te met en joie parce que, en fait tu trouves une zone de liberté, de pouvoir, de je sais pas, des choses qui te fait du bien. Pour rebondir sur ce que tu disais juste avant, faire de la place et du temps dans son agenda, moi je trouve que c’est un conseil super intéressant en sexologie ou en relation. En hygiène de relation de, on est tellement surstimulés mentalement, physiquement, dans notre temps aussi. Alors que la sexualité c’est profiter, prendre son temps, être dans l’instant présent, d’oublier le temps en fait, et d’être reposé. Le système, le corps et l’esprit ont besoin d’être reposé pour souvent vivre une relation sexuelle ou relationnelle, ou intime, ou érotique, ou sensuelle, qui soit de qualité. On a besoin d’être reposé et de rien faire, il y a un côté comme ça d’être plus disponible, c’est aussi un challenge de ne rien faire – Rires – je trouve.
[00:13:30] Johan Schuiten: Tout à fait. Je vais répondre à tes questions Fanny, que j’aime beaucoup et en rebondissant sur ce que Olivier a dit. Et j’aurais envie de dire, parce que quand tu dis je kiffe de, enfin on pourrait kiffer de procrastiner, pour moi il y a une définition que j’ai du mal, et donc j’ai envie de compléter cette définition finalement de la procrastination, et peut-être de dire qu’il pourrait exister deux procrastination, la procrastination positive et la procrastination négative. J’aurais envie de dire que la procrastination négative, c’est quand, effectivement on procrastine, et, après on a ce sentiment désagréable, ce poids qui fait que c’est à ce moment-là pas chouette de procrastiner, que c’est quelque chose de négatif. Et il pourrait y avoir la procrastination positive qui est « Ben j’ai trop envie de faire ça et ça et ça » donc je me planifie une semaine hyper chargée, et puis finalement en fait, donc j’en ai vraiment envie. Et puis finalement je ne le fais pas, et parfois ça m’échappe naturellement, sans que je sois vraiment conscient. Je me rends compte que j’ai fait la moitié des trucs, et en fait, je pourrais me rendre compte que finalement je suis content et je me dis « Bah en fait finalement c’est cool, j’ai fait ces trois trucs, je suis hyper content, je n’en ai pas fait quatre, ou cinq, et en fait je suis ok avec ça ». Et « Si je les avais tous fait, waouh la semaine d’enfer que j’aurais vécu », et du coup je kiffe d’avoir procrastiné. Et là ça permet un peu de réconcilier j’ai envie de dire, un peu plusieurs visions du monde parce que, pour moi, la procrastination c’est un signal. C’est un signal que notre corps, ou d’une certaine manière, n’est pas prêt à faire la tâche qu’on veut accomplir. Et ça peut être de très bonnes raisons en fait, généralement c’est de très bonnes raisons. Parfois, c’est embêtant parce que c’est vraiment contre nous et on veut vraiment y arriver. À ce moment-là, on peut se battre, ou plutôt contourner la procrastination, mais ma vision de la procrastination est un peu en train d’évoluer. À un moment, je la voyais comme quelque chose de que négatif, et je voulais contrôler la procrastination. Et maintenant je suis en train de voir beaucoup plus les côtés positifs, et des signaux sur, finalement, c’est quoi mes intentions qui me font procrastiner et comment remettre en question mes intentions plutôt que juste forcer les tâches et la productivité?
[00:15:14] Fanny Galodé: Merci Johan.
Le parcours de Johan et son approche de l’accompagnement
[00:15:16] Olivier Mageren: Est-ce que tu pourrais nous partager pourquoi tu te passionne sur la procrastination? Qu’est-ce qui t’a amené à ça dans ta vie? Qu’est-ce qui fait qu’en fait ça devient un sujet d’accompagnement des gens? C’est génial en fait!
[00:15:27] Johan Schuiten: Il y a deux raisons je dirais, qui sont liées. La première c’est mon vécu, et la deuxième c’est : j’ai l’impression que ma, ma conviction personnelle, ma singularité. Alors c’est quelque chose qui est un peu abstrait et pas toujours simple à expliquer mais, j’ai l’impression que moi ce qui me fait vibrer dans la vie c’est le fait, qui me fait réagir, c’est le fait de voir des gens qui luttent contre eux-mêmes, qui jouent dans un jeu qui ne leur convient pas, avec des règles qui ne leur conviennent pas. Peut-être parce qu’ils appliquent des codes de triche des autres, qu’on leur a promis des miracles et en fait ça ne leur convient pas et j’ai envie que les gens puissent trouver leur propre manière de jouer et de réussir à leur propre jeu, avec leurs propres règles. Donc ça, c’est un peu mon côté empathique de voir des gens galérer avec la procrastination, comme moi j’ai galéré dans la procrastination. Quand j’étais petit à l’école j’avais des facilités, donc j’ai jamais vraiment appris à travailler, j’avais l’impression d’être assez passif. Et puis quand les devoirs se sont augmentés, ça devenait plus difficile, ben j’ai commencé à plus procrastiner. Pendant les études, à l’université principalement, c’était une horreur dans le sens où je passais des heures sur mon bureau, sur mes feuilles à me dire « Ok, je décolle pas tant que j’avance pas » et à ne pas réussir parce qu’en fait mon cerveau saturait, il n’avait pas envie de toute cette pénibilité pour une récompense, un diplôme peut-être cinq ans plus tard, qui peut-être me sera utile. Et donc j’ai beaucoup galéré à ce moment-là. Et puis quand j’ai été employé, et consultant, ben j’avais des journées où j’étais hyper productif, des journées moins productives. Finalement, l’un dans l’autre, quand je me comparais aux autres, je me disais « Ben en fait ça va, et les clients sont hyper contents donc on ne va pas se flageller ». Mais quand je suis devenu entrepreneur tous les jours tu ne travailles que pour toi-même. Et du coup, si tu ne fous rien, ben tu culpabilises et tu te mets la pression à toi-même. Et là, je n’avais pas quelqu’un qui venait me dire « Il est prêt le projet sur lequel tu travailles, tu avances, tu en es où? Dis-moi un peu où tu es? ». Je n’avais rien, et du coup j’avais tout le loisir de procrastiner, je n’aimais pas, je n’aimais pas ça, je trouvais ça désagréable de ne pas me voir avancer alors que ce sont des projets qui me tiennent à cœur, que j’adore, il y avait, je ne voyais pas de raison à procrastiner. Et donc j’ai beaucoup lutté, jusqu’à me rendre compte qu’il y a un an que, en fait il fallait arrêter de mettre des efforts, arrêter de mettre de l’énergie, parce que ça, j’ai essayé, ça n’aide pas, ça culpabilise, on se sent nul, on se sent fainéant. Par contre, ce que j’ai compris que il fallait que j’arrête de lutter et que je comprenne, j’utilise la bonne stratégie. Et ça, ça a été un gros déclencheur.
[00:17:30] Olivier Mageren: Waouh, merci. Ça me fait penser à un truc quand tu dis « Ben oui quand on est, finalement, autoentrepreneur comme on dit en France ou indépendant, freelance ou autre. Il y a personne pour nous dire alors compte-rendu ou est-ce qu’on en est? On n’est pas challengé, on n’a pas de garde-fou ou d’un système qui nous accompagne ». Et je me dis finalement qu’on est livré à soi-même, peut-être que beaucoup d’entrepreneurs sont face à de la procrastination. Et finalement, dans la vie intime on est aussi, dans notre vie intime, seul à seul, on est auto entrepreneur de notre vie intime et amoureuse, érotique, sexuelle ou, même si on décide d’être célibataire ou que sais-je mais en fait dans notre vie, à soi et notre sexualité, il n’y a personne pour venir nous dire « Alors, tu en es où? » – Rires. C’est, waouh! En fait c’est un terrain propice le sujet de l’intime, parce qu’on n’a pas de guide autour de nous a priori assigné ou légitime ou que sais-je, qui va oser dire « Écoute, comment ça va chez toi là? Fais-moi un petit compte rendu demain, parle-moi de ta sexualité? » – Rires – c’est cocasse.
[00:18:19] Johan Schuiten: Oui, totalement. Tu mets le doigt sur quelque chose d’assez fort c’est que, je pense que le terrain et les facteurs sont des choses que moi j’aime beaucoup étudier. Et pour comprendre la procrastination, et parfois l’expliquer, et effectivement dans la vie intime je crois que ça coche beaucoup de cases à ce niveau-là et tu viens de mettre le doigt sur une belle.
Pourquoi la vie intime est-elle propice à la procrastination ?
[00:18:33] Olivier Mageren: On est auto Auto-entrepreneur, on est souverain et créateur de notre vie et personne d’autre ne peut écrire le script à notre place, ni faire nos choix. Waouh! Je suis balance et je sais qu’au début de ma vie faire des choix c’était compliqué. Ma procrastination jeune, c’était vraiment arriver à faire des choix, je les post posaient plus tard. C’est la première fois que je me suis dit « ah ouais, procrastiner ». Quand on s’est rencontré, pendant le POdBXL, donc le festival de podcast annuel de « The Podcast Factory Org », je me dis « Waouh! ». Ce qui me vient en tête c’est que souvent les gens, en tout cas il y a des articles scientifiques qui en parlent, les gens qui galèrent sexuellement ou dans leur vie intime, amoureuse ou autre, ils procrastinent ou ils attendent des années avant de demander des conseils, ou d’oser en parler, il y a vraiment quelque chose qui est « Waouh ». Et puis après la question, on change de partenaire donc la question est obsolète, ou bien on se sent plus légitime parce que la question qu’on avait à 25 ans, à 40 on se dit c’est plus vraiment ». Alors qu’en fait elle est toujours peut-être relativement intéressante, mais on n’ose plus trop la poser. Et de me dire que peut-être que le sujet de l’intime, la sexualité, c’est un des sujets les plus propices à la procrastination finalement.
[00:19:33] Johan Schuiten: C’est une bonne question. Je n’ai pas une réponse absolue mais en tout cas oui, il y a un truc qui augmente vraiment la procrastination ça va être le côté sécurisant, le côté psychologique de « Tiens, est-ce que je me mets la pression? Est-ce que j’ai des peurs? ». Et quand on parle de vie intime, ben on parle de soi avant tout, on parle de choses qui sont intimes et non publiques. Donc le fait d’agir dans ce domaine-là, c’est le fait de s’exposer un peu plus. Tous ces facteurs-là sont des facteurs qui font que, oui, ça nous donne des raisons valables j’ai envie de dire de ne pas y aller, donc voilà.
[00:20:00] Olivier Mageren: C’est vraiment fréquent en consultation, les gens disent « Ça fait un an, deux ans, trois ans, sept ans que je dis je dois le faire, mais ». Il y a un moment où on se dit « Pourquoi aujourd’hui finalement? ». La question c’est « Qu’est-ce qui fait que vous vous mettez en mouvement aujourd’hui et que ce n’était pas il y a six mois, ni dans deux ans? Qu’est-ce qui fait que c’est là, ici et maintenant qu’il y a un mouvement, que vous avez l’audace? ». On est face à nous même face à ça.
[00:20:19] Johan Schuiten: Je serais curieux de savoir c’est quoi la réponse de ces gens-là. De qu’est-ce qui les a mis, les a décidé à se mettre en action?
[00:20:25] Fanny Galodé: Il y a une partie de moi qui pense que c’est un temps nécessaire aussi : de réflexion, d’être, de se sentir prêt, de commencer à ouvrir ce sujet. Peut-être que le laps de temps entre « Il faudrait que j’aille en parler, il faudrait que j’ouvre ce sujet, il faudrait que je vois quelqu’un ». Et le jour où tu avances sur cette thématique, il est, je pense qu’il est nécessaire d’un côté, ça c’est ma petite partie qui vient de limites.
Comprendre les facteurs qui freinent le passage à l’action
[00:20:52] Olivier Mageren: Chaque consultation pour moi est différente et c’est vrai que, il y a encore plein d’autres réponses, mais ce qui me vient en tête c’est le fait que parfois la personne dit « Ça fait longtemps que je me dis il faut que j’avance, je sais que je dois faire, mais quoi en fait, c’est un peu nébuleux. Qui contacter? Je ne savais pas qu’il y avait des ressources, je savais pas qu’un sexologue ça existait ou qui contacter ou… ». Il y a vraiment ce truc « Je sais que je dois bouger mais je procrastine parce que je passe pas les premières étapes de… ». Tu vois si c’était un truc simple et analytique, bon ok, « J’ai envie de me déplacer, ben ok, à pied, trottinette… ». Je vais dire tout de suite, les options et les idées sont là et ça devient concret, pragmatique « Ok je prends la voiture ou le métro » et ici les gens dit « Je n’ose pas, et à qui je vais en parler, et je ne connais personne, je n’ai pas de référence, je n’ai pas d’exemple ». Parfois c’est l’inconfort de dire « J’en ai marre de souffrir, j’en ai vraiment marre de souffrir, d’être seul ». Parfois, c’est le contexte extérieur qui nous confronte, on a des clients qui disent « Ouais mais, j’ai rencontré telle personne et là en fait non, il faut que je bouge quoi ». Mais je sens que j’ai une stimulation extérieure qui dit « Bon, quand est-ce que tu vas bouger? ». Oui, je m’en rends compte, les amis me renvoient un peu comme un miroir de dire « Combien d’années encore tu vas rester avec ton inconfort là? », et donc il y a un peu de tout comme ça. Et parfois c’est la peur et le risque de perdre, quand on se dit on était trop loin et puis ouais, on sent que le couple est en danger par exemple, ça passe ou ça casse, genre on a trop attendu, l’enjeu du couple ça fait bouger aussi en disant « Non, c’est trop précieux, on ne peut pas continuer à fermer les yeux ou faire l’autruche ». Tu vois il y a ce côté-là, donc les raisons sont très multiples et je pense qu’elles sont toutes hyper importantes, et intéressantes. Je me demandais, en plus de cet élément et particularité de la procrastination qui est la sécurité, est-ce qu’il y a d’autres éléments que tu aimerais bien partager, que tu trouves essentiel ou important?
[00:22:24] Johan Schuiten: Oui. Alors moi j’ai créé mon propre framework en fait, ma propre méthode. Ce serait difficile de tout résumer mais, si on part sur les aspects, moi en fait je dis il faut être classe face à la procrastination. Et classe ça veut dire quoi? Ça veut dire que les choses doivent être claires. Donc tout ce qui est information, à savoir quoi faire, c’est quoi la prochaine étape, qu’est-ce qui va m’arriver, c’est quoi les moyens? Est-ce que ça va marcher pour moi? Ça c’est un côté qui : si c’est flou, c’est des bonnes raisons pour ne pas y aller. Le deuxième c’est : attrayant. Donc c’est quoi la récompense? Et là, je pense qu’il y a un truc qui est intéressant c’est : il y a beaucoup de gens qui ne prennent pas soin d’eux, qui trouvent ça égoïste de prendre soin de soi, ou d’être égoïste, que c’est quelque chose de mal. Et donc si on a une récompense qui est une vie plus épanouie, ben pour certaines personnes ça n’est pas une priorité, et donc le côté attrayant il n’est pas là. Après, il y a le côté supportable. Qu’est-ce que je vais devoir faire pour ça? Le chemin jusque-là, avant d’avoir la récompense de la vie épanouie, la vie intime épanouie, ça va être: ben je vais devoir chercher, je vais devoir peut être demander à des gens qui vont me poser des questions, « Pourquoi tu cherches ça, ah ok tu as des problèmes au lit? ». Donc on imagine déjà tout ça, on se dit « Ça j’ai déjà pas envie ». « Ok, je peux chercher sur internet, mais comment je vais savoir que c’est quelqu’un qui est bien? », donc en fait il y a toute cette recherche, puis la démarche d’aller, de peut-être se tromper, de réessayer, de trouver la bonne personne. Ça semble une montagne à surmonter, on n’a pas toujours envie de gravir une montagne, on n’a pas toujours l’énergie de gravir une montagne. C’est pour ça quand tu dis que on a besoin de temps, ben c’est aussi ce côté « Tiens, est-ce que c’est le bon moment en fait? ». Il y a beaucoup de gens qui portent déjà trop de choses donc se rajouter une montagne dessus, c’est pas le bon moment et là la procrastination elle est très positive finalement. Et puis le dernier, j’avais dit c’est plutôt le côté sécurisant. Ce qui est intéressant pour, que j’aimerais bien préciser pour le côté sécurisant, souvent ce n’est pas la tâche qui est insécurisante mais c’est la conséquence qu’on imagine de la tâche. Donc par exemple, je vais procrastiner de parler à mon associé. Pourtant, parler à mon associé, je sais ce que je dois lui dire, c’est facile. Ok, ou parler, si on va, on va reprendre des exemples plutôt de la vie intime. Je vais parler par exemple à mon épouse de vie intime, je sais exactement ce que je veux lui dire. Et en fait je suis à l’aise de parler avec mon épouse donc pourquoi, pourquoi je ne veux pas? En fait, c’est parce que c’est quoi la conséquence de cette discussion-là? Peut-être que j’ai peur que ça devienne artificiel, ça perde en romantisme. Ou peut-être que j’ai peur que ça va toucher notre amour, que elle va avoir peur que je ne l’aime plus parce qu’elle va se sentir rabaissée. Et en fait, c’est toutes les conséquences qu’on a envie d’éviter, et pas la discussion. Or généralement on analyse la tâche, la discussion, et pas la conséquence donc ça c’est un point qui peut aussi aider.
[00:24:40] Fanny Galodé: Donc oui, et ce que tu dis, merci déjà pour ce partage, ça me fait penser à un mécanisme de défense, la procrastination. C’est comme si on se protégeait de se confronter à quelque-chose.
[00:24:50] Johan Schuiten: C’est totalement ça, c’est vraiment un mécanisme de défense. Et c’est pour ça que je dis qu’en fait, d’une certaine manière, c’est un signal que le corps nous envoie donc il est plutôt bon à priori, il est pour la survie. Et donc c’est pour ça que c’est bien de l’écouter. Maintenant, si je regarde, moi, dans ma vie à moi, il y a des moments où j’étais, voilà, je me lance en tant qu’entrepreneur, je suis full time, j’ai envie de développer mon business, et en fait je n’avance pas. Et dans ces cas-là, je me dis « Ok mais, là ce n’est pas à mon service ». Et en fait, parfois ça va être au service de notre corps, au service de notre cœur et ça peut être au service de notre tête. Si on se dit « Ok, là je vais me définir toute ma vision de mon business, ben en fait c’est une montagne que je veux faire, et en plus je me suis réservé 2h pour le faire ». Ben c’est flou tout ça, mon cerveau il a pas envie de signer là-dessus. Et donc, dans ces cas-là c’est plus le cerveau qui dit « Moi je veux pas signer un chèque en blanc sur de l’énergie mentale alors que je n’en vois pas le sens ». Et donc se reconnecter au sens, se dire « Tiens, c’est quoi le premier petit pas? Parce que ce premier petit pas en fait, le cerveau il veut bien signer sur une petite tâche, mais une fois que la petite tâche est faite, il voudra continuer. Et là, il voudra bien signer pour une autre, pour une autre et pour des tâches peut-être de plus en plus grandes. Et donc ça c’est des mécanismes aussi qui sont très positifs pour le cerveau, mais pas toujours positifs pour notre corps qui veut vraiment s’épanouir professionnellement.
Sexualité, parentalité et conséquences du temps qui passe
[00:25:57] Olivier Mageren: Il y a un autre sujet qui me vient en tête concernant la procrastination. Tu vois ça fait, ça part en arborescence dans ma tête c’est le fait que, si je pense aux parents, ils disent « Ah mon enfant voilà, il est ado » entre douze et 18, donc il va vers l’autonomie, la maturité, la responsabilité, ça va être un adulte responsable, autonome et puis c’est pas du jour au lendemain. On doit faire des essais erreurs avant de changer le cadre, les degrés de liberté et de se dire que parfois il y a des parents qui disent « Je sais pas quoi dire ». Donc on procrastine le fait d’oser parler sexualité, ou de dire « Ok, d’aborder le sujet pour dire où sont les ressources ou tiens, si on a envie d’en parler ou »… Je ne sais pas, tu vois accompagner les gens, c’est aussi un sujet qui concerne l’humain. Et puis à un moment il y a un peu l’obsolescence, si on a passé un peu, on se dit « Bah si on procrastine suffisamment loin… », on se dit « Ok, à 20 ans c’est bon, ça va, il va s’auto-gérer ». Et en fait, tu vois, il y a parfois, il y a un côté obsolescence du contexte qui fait que si on procrastine, comme procrastiner quelque chose d’intime dans une vie amoureuse mais, une fois qu’il y a une rupture et que c’est fini, tant pis, on ne peut plus revenir en arrière. Il y a aussi des conséquences dans la vie intime et amoureuse qui sont particulières peut-être, qu’il n’y a pas ailleurs dans la vie, peut-être pas de la même manière au niveau de l’affect, tu vois, du cœur.
[00:26:56] Johan Schuiten: C’est intéressant ce que tu dis par rapport à l’obsolescence et le temps qui passe, parce que, à nouveau il y a du positif et du négatif. C’est-à-dire qu’il y a des choses qu’on va peut-être procrastiner, et puis le temps passe et ce n’est plus nécessaire. Imaginons, je procrastine sur le fait de m’inscrire sur des réseaux sociaux de rencontre par exemple, ou des activités de rencontres. Ben en fait je peux procrastiner et puis je vais trouver l’amour et en fait j’ai plus besoin et donc c’est une belle procrastination, elle n’a pas été nécessaire. À la fois il peut y avoir l’inverse comme tu dis, ça peut être les études, ça peut être d’autres choses, ou peut-être être en âge d’avoir des enfants, on procrastine alors qu’on a peut être vraiment envie. Et on arrive à mettre les conditions, en fait, pour se décider, peut-être quand on a 50 ans passés et que le corps a beaucoup plus de mal malheureusement pour ça donc je pense qu’il y a un truc intéressant. Et le temps fait partie d’un des facteurs qui peut jouer aussi sur la procrastination, c’est parfois ce qu’on appelle l’effet de deadline, le fait de dire « Ben je vais mettre une date butoir, et je vais parfois communiquer sur cette date, OK, pour telle date je vais faire ça », de s’engager. Ben les engagements sont importants pour des êtres sociaux comme les humains, sinon on se fait rejeter du groupe, et ça c’est pas cool pour la survie donc en fait, c’est un moyen qu’on peut utiliser, mais qu’il faut utiliser pour moi avec précaution parce que c’est des moyens de pression. En parler aux gens ou avoir le temps qui coule, c’est de la pression. Et il y a des gens qui ont déjà trop de pression, qui n’ont pas besoin, qui sont déjà peut-être à deux doigts du burnout et qui n’ont pas besoin de rajouter donc… Il faut arriver à se respecter aussi quand on utilise ces outils de déprocrastination.
Pression, coûts et bénéfices cachés de la procrastination
[00:28:12] Olivier Mageren: Merci. Ça me fait penser, dans le domaine du slow sexe on aime bien utiliser le mot tumescence, pour certaines personnes. Donc la tumescence c’est, finalement ça veut dire l’érection, c’est l’afflux de sang donc biologiquement c’est ça. Mais tumescence un peu l’accumulation de la pression, et rien en faire, donc on s’habitue, on accepte. Et je me fais une réflexion en disant que, parfois on procrastine tellement, par exemple, je prends un exemple, j’avais appris ça dans mon métier d’ingénieur, quand j’ai eu des cours sur « Ok, tu es manager, tu veux être confronté à une autre réalité? ». Et te dire « Tiens, souvent les gens dans ton équipe vont peut-être procrastiner à dire ce qu’ils veulent, à demander une augmentation de salaire, ils procrastinent ». Et puis le jour où ils se décident, c’est urgent, il y a une pression, il y a un ultimatum, c’est ça ou c’est rien et donc tu te retrouves avec une réelle urgence à gérer. Donc lui il y pense depuis deux ans, et puis il prend l’audace de dire je vais parler à mon boss, je veux ça et c’est un peu maladroit, c’est direct, c’est brut. Et toi tu te retrouves avec, c’est hyper inconfortable, c’est confrontant, toi t’as pas de recul, tu t’es pas préparé. Et là le conseil c’est de dire « Ok, ça arrivera, mais plutôt que remettre à plus tard, dire ok, combien de temps tu as appris? Est-ce que tu peux me laisser un peu de temps d’y réfléchir? Je vais en parler à la direction, je vais voir ce qu’on peut faire. On fait une réunion pour bien comprendre, se donner du temps, parce que parfois on procrastine, cette tumescence fait qu’on met un ultimatum quoi… Et la pression, waouh on la transfère à quelqu’un d’autre quoi : Wouf wouf wouf wouf wouf! « Tiens, allez, je t’envoie la patate chaude » et « Merde, qu’est-ce qu’on fait avec quoi? ». Dans les couples parfois, en parlant de sexualité, c’est un peu ça aussi. Quand l’autre on parle, on sent que « Waouh! Je ressens l’impression que ça représente pour toi » et là ça peut partir en vrille d’autant plus vite si on se rend pas compte de ce principe de tumescence.
[00:29:34] Johan Schuiten: C’est intéressant, ça me fait penser aux coûts cachés de la procrastination. Je commence généralement mes interventions, que ce soit en entreprise ou les masterclass que je donne en ligne, sur la procrastination par parler du coût, et dire qu’il y a beaucoup de coûts cachés. Ça peut être des coûts financiers : comme une amende, des frais de retard, une augmentation qu’on ne demande pas pendant des années, un boulot qu’on ne change pas, oser appeler des clients, voilà, il y a plein de choses qui peuvent avoir des coûts financiers directs, là je parle. Après, il y a d’autres coûts comme : ben les coûts peut-être, je sais pas moi, en estime de soi, à force de se sentir de plus en plus nul parce qu’on a procrastiné. Il y a les coûts relationnels parce que, ben comme on procrastine en fait ça saoule des gens et puis peut-être après il y a une rupture de couple, il peut y avoir plein, plein de choses. Et tous ces coûts plus humains, plus personnels, ben on ne les met pas toujours en évidence. Le coût de la santé, prendre soin de soi en mangeant bien, en bougeant, etc. Si on reporte pendant 20 ans, on risque de payer l’addition à un moment où notre corps risque de payer ça.
[00:30:25] Fanny Galodé: Mon œil de thérapeute me questionne sur : pourquoi on repousse tant cette discussion, pourquoi on repousse tant ce projet. Je pense que ça vient servir quelque chose, et c’est un peu là-dessus où il faut se poser, prendre de la hauteur et se dire « Ok, pourquoi ce projet met tant de temps à venir? En fait, c’est peut-être parce que j’ai peur, c’est peut-être parce que je me pose des limites, parce-que je manque de financement ». Et c’est cool je trouve de prendre de la hauteur et de se dire « Ok, là ça coince, Pourquoi? »
[00:30:56] Olivier Mageren: Ouais. Et ça me fait penser, tu sais en slow sexe on parle aussi… J’aime bien, tu parles de coûts cachés, mais il y a aussi les bénéfices cachés, ce qu’on n’ose pas dire « Pourquoi procrastiner, j’en ai des bénéfices! ». Qu’est-ce qui est parfois politiquement incorrect? Je laisse la balle à l’autre. Parfois les gens procrastinent en disant, tu le disais dans une discussion préalable au podcast, « Le romantisme, on dit que l’autre va deviner ou l’autre va, oh si je dis tout ça casse leur envie, donc l’autre finira bien par comprendre. Je veux le laisser… ». Enfin voilà, c’est un jeu de devinettes un peu. Et ce côté le bénéfice, c’est de dire ben c’est l’autre qui va prendre le risque de devoir mettre des mots, et donc c’est lui qui fait le premier pas donc c’est lui qui va peut-être se prendre la première gifle, le premier râteau, le premier mur, la première porte, je n’en sais rien, ou incompréhension et de se dire « Ah ouais, il y a des bénéfices cachés à ne pas le faire. Et si je suis honnête avec moi, pourquoi je laisse la balle à quelqu’un d’autre », ou à la vie tu vois? (Johan Schuiten: Oui, tout à fait) À quelqu’un d’autre, c’est-à-dire que je ne passe pas à l’action? Bah en fait ça me fait du bien parce que voilà je reste dans ma zone de confort ou d’habitude, j’en sais rien.
[00:31:46] Johan Schuiten: C’est très juste ce que vous dites et, je pense que le fait de prendre de la hauteur ça permet de prendre conscience de choses et puis de savoir qu’est-ce qu’on en fait et de dire « Ah ouais en fait c’est vrai que je fais ça aussi pour moi, alors que j’étais en train de trouver que l’autre était égoïste et en fait là c’est moi qui suis égoïste », donc ça permet de remettre les choses en perspective. Peut-être un point important, que j’ai pas dit mais qui commence à rentrer un peu dans certains détails, c’est que la procrastination pour moi elle est toujours multifactorielle, et donc il y a toujours ce truc de « Est-ce que c’est clair pour moi? Est-ce que ça va être sécurisant et donc est-ce que ça va être pénible ou pas? ». Par exemple, la forme dans laquelle on est, tout ça c’est important, ce terrain, parce que parfois on ne va pas trouver de raison. On va se dire « Mais je ne comprends pas pourquoi là je procrastine ». Et si je veux prendre un exemple, pour moi, il y a des moments où je sais que je procrastine des choses et je n’arrive pas à trouver le facteur. Et en fait, le facteur il est juste dans « Je fais trop de choses » du coup, en fait je n’ai pas matériellement le temps de tout faire, comme je suis optimiste je cale un mois en une semaine, et du coup je procrastine ces trucs-là. Et comme je le fais chaque semaine, et que mon ordre de priorité parfois il ne change pas, ben c’est toujours la même chose qui se reporte. Et ce n’est pas de manière directe une question de « J’ai peur, je dois me poser ces questions-là ». Par contre ça me permet de poser une autre question qui est tout aussi intéressante, si par plus importante c’est : qu’est-ce qui est important pour moi dans la vie? Qu’est-ce qui est essentiel? Est-ce que je ne suis pas en train de remplir ma vie de sable, et que je n’ai plus de place pour mes gros cailloux qui comptent beaucoup pour moi? Et en fait, à ce moment-là ça permet de conscientiser que peut-être on est en train de se mentir à soi-même, ce projet qui est important pour nous, on ne lui laisse pas la place qu’elle devrait avoir. Je pense que la vie intime c’est pareil, peut-être que si on questionne, je serais curieux de votre regard mais si on questionne les gens sur : c’est quoi l’importance pour toi de la vie intime, du sexe dans ta vie? Les gens me diront peut-être « C’est très important pour moi », et puis on demande « C’est quoi la place, le temps que tu lui dédie? », « Ah? Zéro »
[00:33:27] Fanny Galodé: Il y a des études justement assez récentes là-dessus sur le, c’est une étude française de 2024 où les Français ne font plus l’amour. Et pourquoi? Apparemment la place des séries, films seraient privilégiés face à la vie intime, c’est questionnant. Pourquoi on peut procrastiner aussi d’avoir un rapport sexuel avec son, sa, ses partenaires.
Quelle place accordons-nous réellement à notre sexualité ?
[00:33:47] Olivier Mageren: Moi je trouve que c’est une belle question à poser aux auditeurs auditrices qui nous écoutent, dire intimement de moi à moi, « Pourquoi la sexualité est secondaire dans ma vie? Elle n’est pas la priorité Une ». On donne la priorité facilement parce que c’est facile à assumer au travail, à la famille, aux enfants, aux amis, au cours de musique j’en sais rien et puis de se dire que la sexualité, bon dans le meilleur des cas parfois, si je veux lui donner de l’importance c’est le soir qu’on est fatigué un samedi soir et puis en fait on a trop bu, j’en sais rien mais tu vois c’est le côté on est fatigué. Et finalement on se met dans les pires conditions pour essayer de profiter de la sexualité parce qu’on la post pose toujours, comment ça peut évoluer vers un bien-être si ce n’est jamais prioritaire dans notre vie? Moi c’est une question que je me suis posée, réellement, quand j’ai fait mon burnout en 2000-2016. Et je me dis « Oui, la sexualité est importante et je veux avoir un métier qui soit aligné, qui m’aide à garder le cap. Un métier qui m’aide à soutenir la qualité de vie relationnelle et sexuelle que j’ai envie de mettre dans ma vie ». J’ai envie que si la sexualité est prioritaire dans ma vie, si le matin ma partenaire j’ai envie de faire l’amour, c’est là maintenant « Ok, je suis d’accord, on y va ». Et tant pis, je décale le planning, je travaille suffisamment que pour que quand ces moments arrivent, ça soit le prioritaire aussi. Et que je puisse décaler parfois, et je suis honnête avec les gens, quand ça arrive je dis désolé je suis en retard ou si, j’ai un imprévu mais, j’explique vraiment, je ne cache pas, je dis ça, la sexualité fait partie de ma vie. Et c’est arrivé souvent ces dernières années où je dis aux gens, encore cette semaine, à un ami Nicolas, je lui dis écoute « Il s’est passé ça, ça, ça. Et c’est vrai que, voilà, avec mon épouse elle vit la préménopause, moins de libido, mais genre 1h et demie du matin, j’ai trop envie… ». Mais ça fait tellement longtemps qu’elle envie je lui dit « ok ». Le lendemain impossible de me lever, j’ai même pas entendu le réveil, je dis écoute: « Désolé, je suis en retard à notre réunion de travail, mais voilà le contexte ». J’ai pas d’excuses, j’ai fait un choix, je l’ai assumé, on a été dormir à 2h30- 3h du matin, et finalement ben ouais je me lève un peu plus tard et je dis « J’assume », je n’en fais pas un sujet gênant. Et je ne veux pas trouver d’excuses, c’est le choix et c’est celui-là que je voulais soutenir, mais voilà, pourquoi de voir même dans la vie de mes parents ou autres autour de moi, des gens qui mettent toujours ça à l’arrière, comment en fait ça peut devenir un terrain d’épanouissement si on n’y consacre pas de temps?
[00:35:47] Johan Schuiten: Je trouve ça beau ce que tu racontes là, le fait de un : d’en avoir fait une priorité, malgré les injonctions de la vie. Normalement, tu es dans un jeu, tu dois aller te coucher tôt pour, tu dois être en forme pour ton boulot qui commence à telle heure, etc. Et le fait de se dire en fait non, là maintenant, c’est ça la priorité. Et du coup je vais le faire et je vais assumer derrière. Comme tu dis, ce n’est pas une excuse, c’est juste la raison que j’ai envie de rendre transparente. Et en plus de ça, il y a un côté un peu militant de pouvoir montrer ça, donc je trouve ça chouette, je trouve ça beau. Et je pense que ça impacte l’entourage et ça va vers plus de conscience.
[00:36:14] Fanny Galodé: Ouais, c’est très beau, c’est très chouette de pouvoir tous et toustes se le permettre, mais dans une vie où tu as une patronne, un patron, tu dois avoir des obligations d’horaires, etc. Des fois, j’ai des patients patientes qui me disent « Ouais, mais nous on n’a pas le temps, je fais partie d’une association, j’ai un travail, on a des horaires décalés, etc ». Je dis « Ok, est-ce que tu as le temps de faire tes courses? », « Oui », « Ok, la sexualité c’est important pour toi? », « Oui carrément, si je suis là c’est que oui ». Je dis « Ok ben, même si c’est moins spontané, mets ça dans ton agenda. Bah prépare ce moment, donne lui de l’importance si ça vous fait plaisir à tous les deux, mettez ça dans l’emploi du temps, ça fait partie de vos priorités bah calez-le dans l’agenda en fait ».
[00:36:55] Olivier Mageren: Ouais, c’est dingue qu’il y a des impondérables sociaux où voilà tu vois? On n’a pas le temps de tomber malade potentiellement, et pourtant quand on est malade, on est obligé d’annuler des rendez-vous et dire je ne vais pas au travail. Et on a un certificat médical comme ça c’est « Ok, j’ai un alibi ». Mais en fait t’es malade, on s’en fout qu’il y ait un médecin qui dise oui ou non, je comprends, il y a des règles et il ne faut pas abuser ou… Je comprends la logique derrière, mais néanmoins, il y a ce truc-là, tout comme les menstruations : pour les femmes, ben il y a les impondérables et dire « Ben aujourd’hui, suite à mon cycle menstruel, je me sens comme ça ». On n’a pas décidé, on pourrait dire « Ouais désolé, suite à ça voilà comment j’adapte ma journée. Ce n’est pas en détriment de personne, c’est pour m’écouter moi ». Parce que si on est tout le temps dans la tête comme tu dis, il y a le cœur et le corps, et les menstruations c’est aussi le corps qui a son rythme, le cœur aussi qui dit écoute-toi. Et puis finalement la tête reprend toujours le dessus et puis on dira « Je comprends, enfin, je suis déconnectée de mon corps ». Mais déjà les menstruations c’est un énorme boulevard, une porte d’entrée fabuleuse pour les femmes pour se connecter à elles et dire « Ok, sans mon corps je vais nulle part, donc il est prioritaire. Si ce matin ça ne va pas, je peux dire à mon patron désolé, peut-être que comme ça en fait on changera les règles sociales peut-être, ou les habitudes, les traditions sociales de dire « Ben c’est normal de s’autoriser quand ces domaines intimes sont, qu’on accepte de les vivre pleinement (Fanny Galodé: Ouais). On est, on reste des animaux en fait aussi. Derrière moi il y a un écran de veille avec des dauphins et je dis « C’est quoi la procrastination chez les dauphins? » – Rires – Mais voilà, on est des animaux et je le dis « Notre corps il est là hein? On n’est pas juste un cerveau ».
[00:38:16] Johan Schuiten: Donc clairement ça me fait penser à un truc, la procrastination, selon moi elle est liée aussi au, ou plutôt accentué avec les hormones. Il y a la récompense, on en a parlait dans le côté attrayant et cette récompense, et cette impatience dont tu parlais, qui est liée à la dopamine. Et donc, ben par rapport à ça, on n’est pas tous égaux aussi par rapport à la dopamine, il y a des gens qui ont un profil, apparemment dans le cerveau, qui traite la dopamine de manière moins efficace, et donc du coup qui sont un peu plus dépendants et sensibles à ça, entre autres les neuroatypiques, TDAH, seraient fort sensibles à ça. Et j’ai l’impression qu’il y a plus de coups de procrastinateurs dans ces profils-là, ça en fait un sujet plus fort. Et ça explique aussi pourquoi il y a des effets avec la ménopause et avec les hormones même des hommes, on a aussi des fluctuations, on a des cycles apparemment de 24h donc c’est sur la journée que ça change. Et donc c’est normal qu’il y ait des moments où on travaille mieux. Moi j’ai remarqué que je procrastine beaucoup, généralement beaucoup moins, j’ai plus d’énergie le matin que l’après-midi. Et j’ai des femmes que j’ai accompagnées qui m’ont dit que leur TDAH était plus fort dans certaines semaines de cycle et beaucoup moins fort dans d’autres. Du coup, ce que j’ai trouvé c’est qu’elle a été très intelligente de se dire « Je vais utiliser ça comme une force et me dire tous mes rendez-vous business je vais les mettre dans mes phases les plus hautes de cycle. Et à l’inverse, des tâches qui vont peut-être moins me demander d’énergie ou qui vont, on va dire plus adaptées » parce que je ne sais pas exactement c’est quoi les tâches les plus adaptées dans ces cas-là, mais peut-être de recul plus. On parle parfois aussi de saison, et de dire on a tous un hivernage de temps en temps à faire, et pourquoi pas synchroniser cet hivernage dont notre corps a besoin, avec notre planification de business ou de quand on est entrepreneur, mais sinon de vie tout simplement.
L’inverse de la procrastination : élans, spontanéité et anti-to-do list
[00:39:42] Olivier Mageren: Ouais c’est beau. Comme tu dis, en fait on est très mental, et en fait parfois on manque de rationalité. Si comme tu dis, on se dit « Ben dans mon cycle menstruel, c’est à tel moment que je peux faire telle activité », mais si c’est trois jours par mois par exemple, ben il faut être rationnel de dire « Dans mon créneau, j’ai trois jours par mois où je peux faire ça, donc combien de projets je peux prendre ou à quel rythme raisonnable je peux avancer », plutôt que de, ou croire que je souffre de procrastination alors que il y a les cycles et les rythmes naturels biologique et que, il faut en mettre un peu de rationnel dans ce qui nous parait imperceptible tu vois, le fait de clarifier la procrastination permettrait d’être beaucoup plus logique, efficace, rationnel ou en paix avec ça. Et ça me vient aussi l’idée de l’impatience, je ne sais pas si c’est… En tant qu’ingénieur j’aimais bien étudier les inverses, tu vois par exemple on dit « Tiens, pourquoi il y a de l’adhérence et du collage, ou ça, ça pose problème ». Et j’essayais de comprendre comment on fait l’inverse ou comment on accentue, ou qu’on va à l’opposé. Et est-ce que tu as déjà étudié l’inverse de la procrastination qui pourrait peut-être être dans le spectre de l’impatience de faire tout trop vite? Ça peut être cocasse.
[00:40:34] Johan Schuiten: Oui. Ouais c’est cocasse. Ça me parle parce que j’ai presque envie de dire que, il y a des gens qui pourraient appeler ça le flow, peut-être. Le fait de se dire « Voilà, je décide de faire une chose et je la fais à fond et je suis dérangé par rien, et ça se fait ici et maintenant ». Une autre manière dont moi je le décris parfois pour moi-même, c’est le freestyle. Et avant, ben je regardais comment les autres jouaient au jeu de l’entrepreneuriat, et il bloquait du temps dans leur agenda, ils suivaient de manière rigoureuse et disciplinée cet agenda. Et moi je suis quelqu’un qui est capable de mettre beaucoup de discipline, beaucoup de rigueur parce que j’ai beaucoup de volonté et d’énergie pour le faire, mais je ne sais pas le tenir dans la longueur. Après une semaine, un mois, deux mois, ça me vide de mon énergie. Et en fait, l’opposé de ça, c’est finalement, et ça match avec une de mes convictions, qui est très, très, forte, mais c’est de dire « Et si en fait je me laissais guider par mes élans, mes impulsions, mon énergie, et que je faisais tout ce que j’avais envie de faire au moment où j’ai envie de le faire? ». Et ça en fait, c’est quelque chose, pour moi c’est l’inverse de la procrastination d’une certaine manière, ou en tout cas du contrôle et de la procrastination parce que : on fait les choses et on fait que ce qu’on a envie. Or la procrastination c’est parfois tu décides de faire quelque chose que tu n’as pas envie, d’une certaine manière. Et donc on se laisse aller quoi. Moi, ma conviction, c’est que les êtres humains, pour qu’ils s’épanouissent, il faut qu’ils soient dans un cadre sécurisant et un cadre qui est minimaliste, comme ça, ça leur permet un maximum d’autonomie. Et quand on regarde c’est, maintenant mon planning aujourd’hui c’est : le matin je travaille pour mon futur, et je me dis « C’est une tâche par matinée’. La tâche, je la décide vraiment au moment même, selon mon énergie, selon ce que j’ai envie de faire et je vois ce que ça donne. L’après-midi c’est mes séances d’accompagnement de coaching, et quand j’ai du temps, quand je n’ai pas de coaching l’après-midi c’est freestyle j’ai marqué dans mon agenda. Et donc je sais que je vais faire plein de tâches, je sais que je vais papillonner à gauche à droite, parce que c’est comme ça que mon cerveau fonctionne, comme moi j’ai un TDAH, ben en fait mon cerveau il est distrait par quelque chose, mais au moment où je suis distrait, c’est déjà trop tard. J’ai déjà payé le coup de Switch et j’ai l’élan de payer cette facture ou de répondre à ce mail. Et donc avant je me disais « Non, non, reste concentré, refais ». Et ça me bouffait trop d’énergie et maintenant en fait je me lance, et je le fais, et du coup je vais jumper d’une tâche à l’autre. C’est totalement désorganisé, mais j’abats des tâches en attendant. Et donc si je fais des tâches qui ont du sens pour moi, en fait j’avance et je suis content. Donc j’ai arrêté de faire des to do list, parce que des to do list ça me met la pression et ça me contrôle. Et maintenant en fait, je fais des anti to-do. C’est-à-dire que, à la fin de la journée, ou à la fin du mois, à la fin de la semaine, je me dis « Qu’est-ce que j’ai fait là? ». Donc je n’ai pas de, je me dis « Je vais faire une journée, je vais voir ce que je vais faire », et puis à la fin je me dis « Ah j’ai fait ça, j’ai fait ça, j’ai fait ça ». Et généralement il y a une ou deux tâches importantes pour moi, et puis il y en a quatre ou cinq, voire dix, toutes petites, que j’avais peut-être reporté plus longtemps et que je suis tout content d’avoir fait maintenant. Et je me dis « Bah en fait, j’ai bien avancé ». Et donc au lieu de terminer ma journée en disant « Je suis nul, j’ai encore foiré », je me dis « Ça va, je suis content ».
[00:43:13] Olivier Mageren: J’adore ce conseil d’anti to-do list, de, avoir la conscience de revisiter les derniers jours, ou la journée, à la fin on fait un bilan, peut-être une gratitude de sa vie et de se féliciter aussi. « J’ai été efficace et productif, j’ai quand même fait tout ça. Un jour ou l’autre j’aurais dû le faire. Peut-être que je le fais trop tôt, un peu tard, mais en tout cas j’ai l’élan, je le fais. Et à la fin de journée « Waouh, j’ai fait tout ça quoi. J’ai constaté ce que j’ai pu faire si, je ne suis pas une machine quoi », accomplir un truc. Parce que le, en plus en sait que soit on n’aime pas, en général, tout connaître à l’avance. Si on connaissait le script à l’avance de la sexualité, on n’aurait pas d’appétit, d’envie, il faut de la spontanéité en fait, l’énergie sexuelle, vitalité. Il faut quelque chose de spontané, d’incontrôlé aussi, et néanmoins on est hyper efficace et productif. J’adore ton anti to do, je n’ai jamais entendu ça et si tu me permets, je vais l’adopter dans ma vie.
[00:43:55] Johan Schuiten: Avec grand plaisir.
[00:43:56] Fanny Galodé: Ouais, j’aime bien aussi ce concept – Rires.
Comment aborder une conversation intime pas à pas ?
[00:43:58] Olivier Mageren: Est-ce qu’il y a un autre sujet que tu as préparé du fait qu’on a programmé ce rendez-vous d’enregistrement de podcast. Un truc que tu aurais envie de partager supplémentaire?
[00:44:05] Johan Schuiten: Moi il y a un truc qu’on n’a pas abordé qui me parle beaucoup en tant que coach. Comme le disait un peu Fanny, il y a le côté émotionnel, psy, sécurisant, on le dit comme on veut mais, pour moi la sexualité c’est ben parfois c’est tabou, ça renvoie à qui on est, est-ce qu’on est aimé? Est-ce qu’on va se faire rejeter? Il y a des choses très deep, entre guillemets, qui sont là, qui sont présentes. Ça demande un vrai acte de vulnérabilité. Et donc je pense que ça n’ajoute pas de la légèreté, mais plutôt de la lourdeur dans la manière dont on perçoit la chose. Et du coup, j’ai l’impression que c’est attendu presque que on puisse procrastiner sur la sexualité, ou sur la vie intime, ou tous les sujets intimes en fait. Et donc j’ai envie d’amener à de la, à la compassion par rapport à ça. Et de se dire « Ok, en fait », de conscientiser ça, de se dire « Ok, en fait c’est normal, je comprends pourquoi maintenant je procrastine, parce que à nouveau la discussion elle est facile. Pourquoi je n’arrive pas à faire un truc facile? Ok, maintenant peut-être je comprends ». Et de se dire « Bah du coup de quoi j’ai besoin? ». Parce que ça, ça aide, j’aurais presque un peu envie de donner une expérimentation à faire pour les auditeurs et auditrices qui nous écoutent et qui se disent « Ben j’ai envie de parler de vie intime », mais c’est d’y aller progressivement, pas à pas, dans un chemin qui est sécure. Et donc ça donnerait quoi cette montagne de, par exemple parler de la, je ne sais pas moi, de la fréquence de nos rapports ou du consentement dans notre couple, cette montagne qui nous fait peur, ben ce serait la première chose ce serait, si je prends vraiment la toute, toute, toute première action. D’ailleurs, j’invite tout le monde à faire l’effort, ce serait quoi la toute première action à faire? Généralement, on parle, pour aider on dit « La première action mais qui prend 30 secondes, la première action physique que vous allez faire si vous voulez parler de vie intime avec votre conjoint ou conjointe », ben généralement la première action, ça va être d’aller vers cette personne, éventuellement de se connecter à elle, c’est-à-dire le regard. Ça peut être ok, Déjà je vais juste lui demander comment ça a été sa journée? Ça, on sait que c’est facile, mais mine de rien, ça va diminuer le niveau d’alerte et de sécurité. Parce que si je lui demande comment ça a été sa journée, et qu’il est en colère, soit de la rancœur de la veille envers nous, soit juste en colère sur la circulation, peu importe, c’est déjà un warning de, en fait il n’est pas dans les bonnes conditions. Du coup, on ne va pas y aller et on va procrastiner et c’est très bien pour ce cas-là. Deuxième étape, imaginons que la personne dit « Ah très bien, super et toi? ». Là il va peut-être on va peut-être se connecter, vouloir faire un câlin, faire quelque chose qui vous met en lien et vous sent en sécurité avec cette personne-là. Et puis après ce serait quoi? Ce serait « Est-ce que tu as du temps pour qu’on parle? ». Ça ne veut pas dire qu’on va se mouiller, peut-être qu’on ne va pas parler, la personne va peut-être dire « Oui ». On dit « Ok, demain on en parle » et là on a procrastiné, c’est bon, on ne s’est toujours pas mouillé, et donc on y va en fait, on avance parce qu’on a à chaque fois des gardes fous et on ne prend pas trop de risques. Et donc là la personne, imaginons elle dit « Oui », ben on se sent de dire, à ce moment-là on se sent maintenant de dire « Ben est-ce qu’on peut en parler maintenant? Est-ce que tu as une demi-heure pour moi, pour nous? », et puis de dire « Ben voilà j’aimerais te parler d’un sujet mais, il est difficile, il n’est pas simple pour moi ». Et en fait on a tendance à se dire la personne va nous rejeter, va nous juger, mais au plus j’ai l’impression qu’on anticipe les choses et on les verbalise, au plus ça désamorce des barrières. Et en fait, si on dit clairement à la personne « C’est difficile pour moi d’en parler, et je pense que c’est important pour notre couple », en fait la personne généralement elle va être en empathie, et elle va dire « Ok, mais t’inquiète pas, pourquoi tu te fais? »… Et en fait elle va, au lieu d’être sur la défensive, elle va être plutôt à se positionner en l’alliée. Ça met vraiment le terrain pour commencer à arriver, voilà je veux juste décrire un peu pour que les gens puissent se projeter.
[00:47:03] Olivier Mageren: Ouais, j’adore.
[00:47:03] Johan Schuiten: J’ai hâte d’avoir vos…
[00:47:04] Olivier Mageren: J’adore parce que, c’est justement un des éléments de procrastination de base en sexo c’est pas l’acte ou faire l’amour ou que sais-je, c’est l’issue d’une relation, d’une intimité donc il faut communiquer et parler. Et on peut procrastiner parce qu’on dit « On n’est pas prêt, c’est pas le bon moment tout ça ». Mais derrière cette surface d’excuses, il y a aussi les coûts cachés, les bénéfices cachés. Et quand on revient, comme tu dis, on a besoin d’un cadre simple et sécure. Comment je vais gérer la discussion? Un petit pas simple, accessible me vient à l’idée en t’écoutant aussi, de se donner des rôles simples. Parce que : comment je vais gérer la discussion selon la réponse qui est imprévisible? Et de se dire, on pourrait dire « Est-ce que tu as du temps pour que je t’écoute, sur telle question? ». Et là le rôle est simple « Tu t’exprimes, je t’écoute et je ferai rien d’autre ». Et c’est simple et sécure, et puis ça me permet de gérer la discussion parce que, parfois quand on parle, on prend plusieurs casquettes et puis on ne sait plus si on est le confident, le compagnon, le thérapeute, le jugeant, celui qui met des points, celui qui reprend le passé, enfin tu vois? Les rôles sont parfois complexes et, comme tu dis, « Tu as du temps qu’on en parle? » et je te propose « Est-ce que tu as du temps que je t’écoute, sur cette question? ». Et c’est peut-être demain, mais, ouais, merci pour tous ces conseils (Johan Schuiten: De rien) judicieux et puissants. D’ailleurs je me disais : est-ce que ça te donne envie? Je ne sais pas si tu as déjà eu des clients qui viennent chez toi pour procrastination et vie intime. Il y a peut-être des gens qui vont dire « Ah j’ai envie de contacter Johan, j’ai pas envie d’une consultation psycho-sexo ou que sais-je mais waouh, Johan tu peux m’aider sur ma procrastination vie intime? » Ça te fait quoi?
[00:48:25] Johan Schuiten: Alors j’ai eu les deux séparés, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui sont venus pour me parler de procrastination, j’ai des gens qui sont venus pour me parler de leur sexualité, mais j’ai jamais eu les deux et je serai ravi donc n’hésitez pas. Oui voilà, en plus ici, le mois de septembre je prends des consultations, 1h de consultation gratuite donc foncez si le sujet vous atteint.
[00:48:40] Olivier Mageren: On mettra les coordonnées de contact dans l’article du podcast. Fanny, tu aurais une question?
[00:48:44] Fanny Galodé: Moi je me sens nourrie de tous ces partages. Je ne sais pas comment vous vous vous sentez et les auditeurices aussi. Mais ouais, beaucoup de réflexion, de soi à soi et de réflexion aussi pour les autres que je repars avec.
[00:49:01] Olivier Mageren: Je ressens aussi quelque chose de waouh, bien nourri quoi. Personnellement moi je dis « Waouh c’était bon. Le menu entrée plat, dessert, dessert, dessert, dessert » – Rires. J’adore ça, parfois au restaurant je prends trois desserts. On me dit « Encore? », « Oui, oui, j’ai envie de trois desserts hein? ». Et je me sens un peu comme ça en disant « Oh, je me suis permis et j’ai beaucoup de gratitude ». Merci d’avoir partagé autant, d’avoir ralenti pour développer ce sujet qui, tu vois c’est juste un mot et ça m’a fait du bien de le développer avec toi, avec ton…
En consultation : faire une place à la connexion sans obligation sexuelle
[00:49:30] Johan Schuiten: Moi de mon côté, j’ai peut-être une petite question. Je serais curieux de savoir c’est quoi des exemples concrets, peut-être que ça intéressera les auditeurs et auditrices de procrastination que vous avez rencontrés dans vos consultations, pour que les gens puissent se projeter et peut-être se dire « Ah ouais, c’est vrai je procrastine là-dessus en fait, c’est aussi un sujet pour moi, et je n’y avais pas pensé ».
[00:49:45] Fanny Galodé: Comme disait à Olivier tout à l’heure, je dirais d’abord, la procrastination de prendre un rendez-vous pour voir un thérapeute une thérapeute, tout d’abord. Et j’en ai un petit peu parlé tout à l’heure aussi, il y a une patiente qui m’a beaucoup touchée et qui me disait « J’ai pas le temps de faire l’amour avec mon partenaire, ça me cause beaucoup d’ennuis parce que j’aimerais beaucoup partager ces moments avec lui. Avant, on le faisait beaucoup, on appréciait ça et aujourd’hui le temps, le temps est trop serré ». Je dirais que « Oui, il faut parfois le mettre dans son emploi du temps ». Olivier parlait de spontanéité et c’est ce qu’il y a de trop chouette dans la sexualité, et parfois c’est aussi chouette de programmer je trouve et de se dire « Ok, de quoi tu aurais envie ou même de se construire un script sans se fermer mais… »
[00:50:26] Olivier Mageren: On parlait de anti to-do list, et je voyais bien: d’anti script, c’est-à-dire tu planifies des scripts, et puis à la fin tu analyses quel est le script que, si j’avais filmé, qu’est-ce que j’ai fait entre ce matin en me levant et quand je me suis écoutée. Par rapport au sujet qui m’intéresse, qu’est-ce que j’ai fait comme étape? Tu vois tu dis « Je vais faire ça, ça, ça. Et puis… » avec l’émotion, la spontanéité, parfois on part sur tout autre chose et… Regardez l’anti script
[00:50:47] Johan Schuiten: Ouais, ouais. Ça pourrait être marrant, ouais c’est intéressant aussi. Ça me fait penser à un truc ce que tu dis Fanny c’est que, effectivement le fait de le mettre dans l’agenda, ça enlève la spontanéité de la planification mais ça ne veut pas dire que dans toute la séance il n’y aura pas plein de spontanéité. Donc, je pense que la planification n’est qu’un aspect, qui n’est pas le plus important selon moi, et donc j’ai pas envie qu’on tue l’œuf trop vite quoi.
[00:51:07] Fanny Galodé: Ouais, carrément. Peut-être que je me suis mal exprimée mais c’est pas une « to do list », c’est vraiment, on s’accorde ce temps à nous. Et s’il n’y a pas de sexualité, c’est pas grave, c’est pas l’enjeu, la pression de se dire « Ok, mardi soir, 18h, c’est notre moment, il ne faut pas qu’on le rate parce qu’après on n’aura pas le temps ». Pas du tout, c’est vraiment, « Et si on s’offrait un moment à deux? », et ça peut même juste être aller marcher ensemble, faire le tour de la ville, prendre une glace, aller au cinéma et juste s’accorder un temps. Et pour moi, ce qui peut empêcher la procrastination de la sexualité, et même de la vie intime, c’est de s’accorder des moments de connexion
[00:51:41] Olivier Mageren: Tout simplement.
[00:51:44] Fanny Galodé: Ça parait facile comme ça, mais… Rires
[00:51:46] Johan Schuiten: C’est très juste ce que tu dis de se réjouir en fait d’avoir ce moment-là, c’est pas parce qu’on l’a planifié qu’on ne peut pas ben l’annuler non plus, mais au moins on lui a fait de la place. Parce que c’est ça pour moi le plus important c’est, effectivement ce n’est pas un agenda à suivre et être des robots, mais c’est plutôt faire de la place qui est important dans la planification. Et donc ça, ça me parle beaucoup. La deuxième chose, c’est que, c’est un truc assez connu, un peu un type de psychologie magazine de se dire « On va mettre dans l’agenda, et donc ça existe », mais il y a un moyen de rendre ça beaucoup plus complet et plus puissant, qui est en fait de compléter ça. Donc, ça, c’est le quand, de dire « Ok, mardi soir c’est notre soirée de connexion, et on va être vraiment connectés, peut-être qu’il y aura du sexe, peut-être pas », moi j’aime bien laisser ce point d’interrogation. Et, donc là on sait que c’est le quand, par exemple ce sera on dit « C’est à 20h, on se connecte ». Puis il y a aussi le où? Parfois mettre le où ça peut aider, c’est-à-dire « Ok, à 20 h on se donne rendez-vous dans la chambre ». Et donc le fait d’être dans la chambre tous les deux, ou ailleurs hein? sur le toit de la maison, j’en sais rien. Mais ça va nous rappeler que c’est le moment de connexion, et la personne n’est pas en train de « Ak mais elle voulait lancer juste une machine », il est en train de scroller donc il n’est pas disponible. Donc là il y a le lieu, donc aussi le cerveau il visualise, parce qu’au moment où il rentre dans la chambre et qu’il est 20h, il sait ce qu’il doit faire. Le troisième c’est le comment, qu’est-ce qu’on va faire? Peut-être on va se faire un câlin, peut-être on va commencer par, ça, on aura un verre de vin. Peu importe ce que nous on a envie de rajouter, on aura mis des bougies mais ça le fait. Et la cerise sur le gâteau, c’est la visualisation. Donc par exemple, quelques jours avant, on va se fermer les yeux et on va visualiser. Ok, c’est mardi, je rentre du travail, je vais, on a mangé, on va se met sur le toit, on regarde les étoiles, on a mis des bougies, il y a cette odeur d’herbe coupée et… Là on va commencer à se faire un câlin, à s’embrasser. Et en fait, le fait de visualiser tout ça, notre cerveau il pense que c’est réel, que ça existe. Donc la procrastination, normalement elle n’est plus là parce qu’on l’a fait et que c’est en plus il se rend compte que ça se passe bien, donc c’est sécurisant, c’est hyper clair, c’est hyper attrayant. Donc en fait ça c’est un effet assez puissant, c’est Fabien Olicard qui le partage dans une vidéo.
[00:53:41] Fanny Galodé: Ouais (Olivier Mageren: Merci). Tu viens de décrire parfaitement ce que je voulais dire, ça vient nourrir quelque chose de programmer une session connexion disons. C’est comme quand on a quelque chose de prévu dans la semaine, un peu anormal, on va avoir un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps, en fait on a un état d’excitation de « Ok, ça arrive bientôt. Trop chouette, trop hâte! ». Et c’est un peu le même effet que j’essaye de proposer pour eux, et c’est aussi un cadre sécurisant. On se dit « Ok, ben on a, pour un couple à deux en tout cas, on a tous les deux prévu de s’accorder ce temps-là et ça laisse place à l’imaginaire comme tu l’as bien expliqué.
Prendre soin de soi et avancer sans se forcer
[00:54:13] Olivier Mageren: Moi ce qui me vient à l’esprit en écoutant ta question c’est, les raisons sont multiples mais, souvent je dis merci aux gens de prendre soin d’eux-mêmes. Ce sont les seuls à pouvoir prendre soin d’eux-mêmes. Et que, pourquoi ce sujet plutôt qu’une autre pour vous dire « Ah oui, qu’est-ce qui vient à l’esprit? ». Parce qu’on peut procrastiner sur 1000 sujets, aimer son corps, comprendre la sexualité, découvrir l’autre, mieux communiquer, enfin c’est vaste, c’est un peu la boîte de Pandore en fait. Et je me dis « Ben en fait, ce qu’on peut faire ici et maintenant, c’est ce qui est mûr, ce qui est prêt, le reste, c’est peut-être prématuré ou pas à propos ou hors contexte. Donc ce n’est pas moi qui sais mieux que la personne ». Donc oui, on peut parler 1000 ans, moi je veux bien faire dix ans de consultation j’adore ça, tu vois mais c’est tellement vrai et intime. Mais je ne sais pas ce qui est bon pour la personne, et quand elle décide c’est ça que j’ai envie de parler aujourd’hui, c’est ça qui est mûr, c’est ça qui est accessible. Et puis montrer aux gens que c’est simple, qu’il y a des ressources, que c’est du self-love. Finalement si on prend soin de soi, on prend soin de la société aussi. Et puis parfois on attend que c’est les autres qui prennent soin de nous mais en fait on est les mieux placés pour savoir. Et c’est ok de se dire « Ben ouais, j’ai pris du temps jusqu’au moment où je dis non, j’arrête de faire comme ça », parce que tant que je le fais, j’ai des bénéfices cachés, tant mieux, ils sont peut-être plus importants ces nutriments que le fait de changer. Mais à un moment, quand je me dis « Non, je ne veux plus reproduire le même schéma, j’en ai marre de procrastiner », là « ok, je me mets en mouvement » et peu importe le petit détail après en fait, ça montre qu’on a un exemple de possible qui fait que la première fois c’était peut-être l’image du corps et la deuxième fois autre chose, ou bien la première fois je parle de contraception et la fois suivante je dis peut-être que en fait j’ai envie de parler de ma relation avec mon partenaire. Donc il y a vraiment ce côté-là que je trouve qui est chouette. Juste merci d’oser, et de prendre soin de toi. Et oui, souvent on a procrastiné avant, mais c’est sain, et peut-être qu’on peut aussi apprendre à moins procrastiner parce que parfois, quand ce n’est jamais prioritaire, on se fait du mal inutilement j’ai l’impression.
[00:55:53] Johan Schuiten: Ouais. Ce mal inutile c’est vraiment ce qui moi me fait réagir, et j’aurais envie de dire s’il y a des auditeurs auditrices qui se disent « Tiens mais, du coup-là, est-ce que je suis en train de procrastiner ou est-ce que je reporte parce que je ne suis pas prêt? ». Moi l’invitation que j’ai envie de dire c’est : essayez de voir, de faire juste un pas, sans vous forcer, et de voir en fait si ce pas là il vous amène à un autre pas, et que pas après pas, ils sont plus ou moins faciles à faire et que vous ne vous forcez pas à le faire. Vous avez juste envie, et c’est peut-être pas toujours facile mais vous avez envie. Je pense que c’est sans doute que vous êtes dans une bonne voie et qui est respectueuse de vous et, j’ai envie de dire la nature est bien faite et vous allez vous arrêter si c’est trop tôt. Et à l’inverse, si vous êtes prêt ou si vous devenez prêt sur le chemin, vous allez continuer.
Gratitudes et conclusion
[00:56:29] Olivier Mageren: Si ça vous va vous, je vous propose de faire la clôture du podcast et commencer par les gratitudes et je vous laisse en témoigner une. Quand tu as parlé des études, et je t’ai dit j’adore ton approche de dire « Ok, j’ai procrastiné pour étudier ci et là, mais en fait j’ai essayé de rentrer dans un moule qui n’était pas moi ». Et quand tu as une approche très humaine et que tu as des outils, des méthodes, une passion, des conseils, mais en fait on sent que c’est vraiment humain. Comment être efficace pour toi même en fait? Comment te connaître mieux pour que toi tu trouves ta possibilité de poser des actions et d’avoir de la joie d’en mettre? Et j’aime bien ce côté très curieux des gens. C’est-à-dire sois toi-même parce que, voilà, l’exemple des études me parle énormément et je me suis reconnue là-dedans. Moi j’étudiais à 11h du soir jusqu’à 3h du matin parce qu’en journée je voulais bouger, faire du sport. Et pourtant j’ai bien réussi mes études, mais je travaillais de nuit quoi. Je me dis donc merci d’avoir partagé cette manière d’accompagner curieuse des gens.
[00:57:17] Johan Schuiten: Trop bien! Merci à tous les deux parce que sans vous, sans ces discussions qu’on a eues, je ne serais pas là pour parler de ce sujet et, voilà je trouve ça trop important la vie intime, la vie intérieure, que pour ne pas en parler. Donc ici, je suis ravie d’avoir pu un peu baigner là-dedans et d’apporter mon regard et, ouais ce n’était pas une évidence pour moi qu’on pouvait procrastiner dans la vie intime. Et je pense qu’effectivement c’est un terreau fertile par rapport à ça et donc tant mieux si j’ai pu aider des gens, et ce sera grâce à vous donc merci à tous les deux.
[00:57:42] Olivier Mageren: Merci.
[00:57:43] Fanny Galodé: Merci à tous les deux d’avoir pu ouvrir ce sujet, parce que la sexologie c’est quelque chose que je connais mais c’est vrai que la procrastination c’est pas forcément une question qu’on va se poser. Tout ce que tu as pu dire Johan sur ton expérience avec la procrastination était vraiment nourrissante.
[00:57:59] Olivier Mageren: J’ai eu un flash du Coeur, jeudi prochain, cercle de parole c’est « Sexualité, procrastination » (Fanny Galodé: Allez). Juste écouter les gens, tu vois, pas interpréter. Chacun sur un sujet, et écouter s’il y a 20 personnes dans la salle, qu’est-ce qui ressort? J’ai trop envie – Rires. Merci à tous les deux.
[00:58:17] Fanny Galodé: Merci
[00:58:17] Johan Schuiten: merci
[00:58:18] Olivier Mageren: À bientôt.
[00:58:19] Jingle Outro: Entr’nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.
