Chemsex, Vincent Goetry #078

Pochette du podcast Entr'Nous consacrée au chemsex avec Vincent Goetry, pair-aidant et intervenant, invité du Love Health Center.

Chemsex podcast : briser les tabous autour de la sexualité et des drogues

Ce chemsex podcast propose une conversation approfondie entre Olivier Mangeren et Vincent Goetry.
Un podcast particulier que nous vous conseillons d’écouter jusqu’à la fin, on va parler de Chemsex avec un invité qui connait très bien le sujet, Vincent Goetry.

Ex-chemsexer, il aide à présent ses pairs à ajuster ou à arrêter leur consommation.
Il anime également des cercles de parole chemsex à Bruxelles.

Riche d’une vie pleine de discussions intimes sur le sujet, Vincent est venu au micro pour nous éclairer.
Si vous avez envie de vous informer hors des discours moralistes, infantilisants ou jugeants, ce podcast est fait pour vous.

Le podcast offre une parole authentique sur un sujet peu compris.
Ne nous méprenez pas, le propos n’est ni de faire l’apologie du chemsex, ni de diaboliser les personnes qui le pratiquent.
Le chemsex couvre énormément de situations différentes, des situations saines comme des situations dramatiques d’addictions fortes.
Condamner n’a jamais résolu les réalités sous-jacentes, et n’a jamais permis d’aller à la rencontre authentique des gens.
Hors des faux-semblants, de la honte, des culpabilités et des jugements hâtifs, il est bon de s’informer pour poser un regard qui part du cœur.

Le chemsex pourrait concerner des personnes de votre entourage, alors que vous ne le savez pas.
Ici on ne parle pas des autres, mais de personnes potentiellement proches de vous.

Le sujet associe plusieurs tabous, dont aussi les mal-êtres de la société et des individus.
Une société en carence de beaucoup de choses auxquelles certaines personnes sont plus sensibles que d’autres.

La société évolue vite, croire qu’on sait est délicat car on n’a accès qu’à une partie de l’information, à une petite fenêtre de la réalité et à certains signaux.
On ne peut observer que certains signes et au niveau de la pratique du chemsex, les choses évoluent plus vite qu’il n’y parait.

Si vous écoutez ce podcast dans quelques années, la situation aura probablement évoluée.
Ceci est une papote entre professionnels à un moment donné pour apporter un regard qui est rarement présenté ailleurs.
Un podcast entre douceur, discernement et vigilance.
Parole libre et assumée forte d’un savoir rare.

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Liens bonus :

Quelques sites web :

Quelques rapports et articles traitant de chemsex, disponibles en ligne au format PDF :

Quelques plaidoyers pour la décriminalisation des usagers de drogues :

Quelques livres autobiographiques sur le rétablissement :

  • Clegg, B. (2011). Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme. Arles : Jacqueline

Chambon/Actes Sud.

  • Clegg, B. (2012). 90 jours – Récit d’une guérison. Arles : Jacqueline Chambon/Actes

Sud.

  • Elsen, X. (2024). Addiction escape game : mon parcours pour me sortir de la dépendance au chemsex et à la crystal meth. Amazon.

Podcast :

  • Le podcast « Hors Case », produit par l’association LGBTQIA+ bruxelloise Tels Quels, propose 2 épisodes sur le chemsex
  • Episode avec Vincent Goetry: CHEMSEX, on en parle avec Ex Aequo

L’épisode « Chemsex podcast, briser les tabous autour de la sexualité et des drogues » via notre chaîne Youtube :

+ 18 ans à visualiser sur YouTube uniquement

Séquençage du podcast « Chemsex podcast, briser les tabous autour de la sexualité et des drogues » :

  • [00:00:20] Introduction au podcast et au sujet du chemsex
  • [00:00:45] L’intention de Vincent Goetry
  • [00:01:13] Présentation de Vincent
  • [00:03:05] L’intention d’Olivier Mangeren
  • [00:03:45] Qu’est-ce que le chemsex ?
  • [00:07:59] Accessibilité de ces drogues
  • [00:09:36] Impact de la période Covid et post-Covid
  • [00:09:51] Évolution du chemsex : isolement croissant et démocratisation
  • [00:13:13] Diversité des pratiques : expérimentation disciplinée et dépendance
  • [00:16:01] Effets individuels, addictions et motivations des minorités
  • [00:20:05] Deux propriétés : empathogène et entactogène
  • [00:20:20] Une intensité immédiate qui remplace la rencontre
  • [00:21:25] Les drogues brisent les barrières, favorisant la mixité
  • [00:24:35] Échanges libres, consentement flouté et risques d’addiction
  • [00:27:13] Dopamine et instantanéité : le court-circuit de la récompense
  • [00:29:22] De l’initiation sexuelle au piège des traumas
  • [00:31:25] Pression culturelle, homophobie intériorisée et interdits
  • [00:33:17] Stigmatisation, héritage du VIH et libération sexuelle
  • [00:34:37] Pornographie, performance sexuelle et retardement de l’orgasme
  • [00:36:20] Échec de la criminalisation et réduction des risques
  • [00:39:00] L’interdiction nie la réalité sans la régler
  • [00:42:01] Double peine, isolement et honte sociale accrue
  • [00:44:19] Ni banaliser ni dramatiser : accompagner sans juger
  • [00:45:15] Ressources bruxelloises, accompagnement et contacts utiles
  • [00:46:11] Consommation libre et nuance face à la criminalité
  • [00:47:01] Le symptôme, la cause et l’approche thérapeutique
  • [00:47:37] Parcours de l’expert
  • [00:48:27] Accompagner plutôt que punir : le message final
  • [00:49:18] Gratitude de Vincent
  • [00:49:58] Clôture du podcast

La transcription du podcast « Chemsex podcast, briser les tabous autour de la sexualité et des drogues » :

[00:00:00] Jingle Inro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.

Introduction au chemsex podcast et au sujet du chemsex

[00:00:20] Olivier Mangeren: Bonjour, bienvenue dans le 78? épisode du podcast « Entr’Nous », Le podcast du « Love Health Center », une association basée à Bruxelles dédiée au bien-être, à la relation, à la sexualité. Et aujourd’hui, j’ai l’honneur d’inviter Vincent. Bonjour Vincent.

[00:00:33] Vincent Goetry: Bonjour Olivier.

[00:00:34] Olivier Mangeren: Alors on va aborder le sujet du chemsex.

[00:00:36] Vincent Goetry: Exactement.

[00:00:37] Olivier Mangeren: De manière libre, sans tabous, décomplexé, voilà, de manière… Comme une papote entre amis, comme si on papotait tous ensemble sur la terrasse d’un café.

L’intention de Vincent Goetry pour ce Chemsex Podcast

[00:00:45] Vincent Goetry: Exactement. Mon intention en fait c’est justement de lever les tabous sur des pratiques qui concernent deux sujets tabous sociétaux, c’est-à-dire le sexe et les drogues. Et l’utilisation sexualisée des drogues, c’est ce qu’on appelle les chemsex.

[00:00:57] Olivier Mangeren: Sujet hautement intense je trouve, dans tout ce que ça représente et ce à quoi ça touche. Peut-être pour la société, les valeurs personnelles, les croyances et autres. C’est un sujet hyper délicat aussi.

[00:01:06] Vincent Goetry: Oui tout à fait.

[00:01:07] Olivier Mangeren: Et je te remercie de venir au micro parce qu’en fait on se croise régulièrement sur notre lieu de travail hein?

[00:01:11] Vincent Goetry: Effectivement.

Présentation de Vincent

[00:01:13] Olivier Mangeren: Donc on se connaît déjà bien. Et je suis ravie que tu aies accepté l’invitation. Et avant de rentrer dans le sujet justement du chemsex, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots?

[00:01:22] Vincent Goetry: Oui, mon parcours initial, j’ai étudié la psychologie. Et puis les accidents de la vie m’ont amené à avoir besoin de soins de santé mentale, notamment en raison d’addictions, et de pratiques de chemsex qui est devenue problématique. Suite à laquelle j’ai fait une formation à l’Université de Mons dans le domaine de la pair-aidance: p.a.i.r aidance ou de l’expertise de vécu. C’est-à-dire que les pairs-aidants sont des personnes qui sont passées par là entre guillemets, et qui veulent aider leurs pairs en souffrance, qui essayent de diminuer ou d’arrêter une consommation problématique qui peut concerner le chemsex, des produits, ou qui est dans différents domaines de vulnérabilités psychiques telles que la bipolarité, la schizophrénie, le sans-abrisme, etc.

[00:02:02] Olivier Mangeren: Je trouve que c’est fabuleux comme, je trouve, état d’esprit et intelligence collective de faire appel dans tout le milieu de la santé, individuelle et collective aussi, et médicale, d’amener la notion de pair-aidance qui existe depuis longtemps mais qui est parfois peu connue du grand public hein?

[00:02:16] Vincent Goetry: Elle existe depuis longtemps et je dois dire que l’Europe est un mauvais élève, si on le compare par exemple à l’Amérique du Nord, en particulier au Canada, où les pairs aidants sont inclus dans toutes les équipes qui incluent des psychiatres, des psychologues, des assistants sociaux, des équipes multidisciplinaires. Grâce à la réforme 107 de la psychiatrie en Belgique, on a développé des équipes mobiles dans lesquelles il y a de plus en plus de pairs aidants. Et ça permet vraiment d’horizontaliser la relation au patient, on n’est plus du tout dans un rapport hiérarchique, on est dans un rapport de pair. Il y a une complémentarité entre les savoirs académiques des professionnels tels que les psychiatres, les psychologues, et les savoirs expérientiels des pairs aidants. J’ai oublié de mentionner que je suis aussi étudiant, à l’UCL, en post-master dans le domaine des psychothérapies systémiques, parce que je pense que il y a des dimensions systémiques qui sont vraiment centrales dans la pratique du chemsex. On y reviendra sûrement plus tard.

L’intention d’Olivier Mangeren pour ce Chemsex Podcast

[00:03:05] Olivier Mangeren: Moi mon intention, pour ce podcast, c’est de te donner la libre parole, enfin toi et moi ensemble, de papoter à la fois comme des personnes qui ont une profession, une passion et d’offrir ce dialogue qu’on aurait pu avoir en privé, mais de le faire et de l’offrir au public. On est libre d’aborder plein de sujets différents parce que c’est un sujet hyper complexe, et j’imagine qu’en parler, on parle avec le cœur de ce genre de sujets, dans le sens où ça nous touche humainement en fait. Et je fais référence, pour ne pas répéter pour la énième fois peut-être des sujets connus, parce qu’il y a d’autres articles, podcasts ou interviews qui existent sur le chemsex, tu en as fait un récemment avec « Tel Quels » (Vincent Goetry: C’est ça) qui aborde d’autres thématiques. Et l’idée c’est d’être complémentaire, d’aborder d’autres facettes qu’on n’a peut être pas toujours l’occasion d’aborder, de manière vraiment libre.

Chemsex : définition et réalités

[00:03:45] Vincent Goetry: Tout à fait j’ai réalisé un podcast en 2025 dans le cadre de l’émission Hors case avec « Tel Quels ». C’était un podcast qui visait vraiment à informer le public tout venant sur c’est quoi le chemsex, qui le pratique, comment etc. Ici, c’est vrai que j’ai envie d’aborder des sujets peut être un peu différent, ou complémentaire disons, qui dépasse uniquement la description. Je vais quand même rappeler brièvement que le chemsex c’est quoi? C’est l’alternance entre l’utilisation de certaines drogues et les pratiques sexuelles. Donc, c’est un usage sexualisé des drogues. Pourquoi Chemsex? Chemsex c’est un mot-valise qui provient du terme anglais chemical, pour faire référence à certains types de drogues et en particulier les nouvelles drogues de synthèse, sur lesquelles je vais revenir, et le sexe. Donc ça donne le mot chemsex ou chemsex selon qu’on francise ou pas le mot. Il faut savoir que le chemsex c’est un peu, on peut faire une comparaison avec un usage festif de l’alcool par exemple, et de la cocaïne. Donc quelqu’un qui sortirait dans un milieu festif, en soirée, il boit quelques verres avec ses amis et puis il prend un peu de cocaïne pour pouvoir danser, s’amuser, être bien en forme. Qu’est-ce que cette personne fait? Elle mélange deux produits, deux drogues, dont l’une est un stimulant: la cocaïne, et l’autre est un dépresseur du système, c’est-à-dire l’alcool, qui est un dépresseur. Et bien dans le chemsex, on va avoir exactement le même genre de configuration sauf qu’on va utiliser d’autres produits, et qu’on va utiliser ces produits dans des contextes de sexualité. On va par exemple, en général on va utiliser les nouvelles drogues de synthèse tel que la deux, la trois, la quatre. Il y a plus de 10?000 nouvelles drogues de synthèse sur le marché, donc on ne sait pas suivre nous-mêmes. Mais en tout cas, la 3MMC c’est un peu la nouvelle cocaïne, pour différentes raisons, elle est beaucoup moins chère, elle est beaucoup plus accessible, donc c’est un stimulant aussi, c’est un peu la cocaïne de synthèse. Que l’on va mélanger avec des produits comme le GHB-GBL, qui lui est tout comme l’alcool, un dépresseur du système central. Et donc il y aura une prise simultanée de stimulants et de dépresseurs qui vont induire, enfin, en tout cas favoriser la proximité, les relations sexuelles, les stimulants qui sont utilisés. Je crois qu’il y a une caractéristique du chemsex c’est que les produits qui sont utilisés ont des propriétés essentielles, ils sont empathogène et entactogène. Ça veut dire quoi? Ça veut dire: le côté empathogène ça veut dire que les chems, en particulier la deux, la trois, la quatre, la méthamphétamine ou le crystal meth suscitent l’empathie. C’est-à-dire que, en fait, je vais me sentir hyper connecté à la personne qui est en face de moi et je pense que dans nos sociétés de plus en plus individualiste, on va revenir aussi sur les effets du Covid, sur la pratique du chemsex, la crise du Covid a fait exploser la pratique du chemsex, donc je pense que ça répond vraiment à certains besoins. Et donc ce besoin de proximité, de se sentir connecté à l’autre, c’est un effet induit par… Il ne faut pas oublier que c’est un effet qui est induit par la drogue. Et donc, pour le dire en d’autres mots, je vais me sentir hyper connecté à la personne qui est en face de moi, pas parce qu’elle a toutes les caractéristiques qui me correspondent ou qui me plaisent, mais parce que je suis en train de m’en injecter du bonheur liquide dans le cerveau. Et donc ça il faut bien en tenir compte, c’est une empathie qui est induite chimiquement, c’est pas une empathie authentique. Ça peut être très positif dans certains contextes, mais il ne faut pas oublier que c’est chimiquement induit et que donc ça peut aussi mener à des phénomènes d’emprise, des phénomènes de dépendance et un usage problématique de ces chems. La deuxième propriété, c’est que c’est entactogène donc en fait ça décuple les sensations physiques au point parfois de provoquer des hallucinations synesthésique. C’est-à-dire qu’on peut avoir l’impression par exemple d’être caressé par quelqu’un alors qu’on ne l’est même pas. Et donc il y a une espèce d’intensité de décuplement du plaisir qui est présent dans les pratiques de chemsex, et qui est aussi à mettre en lien avec une société de performance, y compris dans le domaine sexuel où on est envahi par les pornos, j’y reviendrai aussi. Le porno, c’est une composante très souvent observée dans les pratiques de chemsex où on a un triangle pornographie, application de rencontre géolocalisée et utilisation des chems qui sont en fait, qui forment une espèce de triangle parfois infernal, dans la mesure où les trois composantes induisent une dépendance. Et ces dépendances peuvent se potentialiser mutuellement, et c’est là qu’on arrive à des consommations problématiques. Quand le chemsex, quand par exemple une personne ne peut plus avoir de sexualité sans chems par exemple, là on a une perte d’autonomie, une perte de possibilité d’avoir des relations sexuelles en étant sobre.

Accessibilité de ces drogues

[00:07:59] Olivier Mangeren: Donc c’est vrai que il y a une dynamique sociétale… En tout cas sociologiquement il y a des choses qui évoluent rapidement ces dernières années. Comme tu dis ben l’accès aux drogues, les drogues de synthèse sont beaucoup moins chers.

[00:08:09] Vincent Goetry: Oui, pour donner un exemple, on va payer 50 € pour soi disant un gramme de cocaïne qui n’est pas un gramme, mais plutôt 0,6 – 0,7. Et pour un vrai gramme de 3MMC qui est la cocaïne de synthèse entre guillemets, qui est la plus utilisée, ça peut coûter 8 à 30 €, mais ça peut descendre à 8 € surtout qu’on le trouve facilement sur le net. Et donc en fait, on le commande sur certains sites, en particulier aux Pays-Bas. Il ne faut même pas passer par le darknet, ça se trouve sur Google et le facteur devient votre dealer, sans le savoir. Et donc ça arrive comme ça, c’est très facile d’accès, on peut y accéder très facilement, il n’y a plus besoin d’avoir des dealers de rue, etc. Et par ailleurs, comme je viens de le dire, c’est beaucoup moins cher, pour vous donner une idée, donc si je prends un gramme de 3MMC je vais payer 8 €, si j’ai commandé sur un site. Et une dose de GHB de 1,5 millilitre qui est une dose recommandée. Le GHB c’est un chems qui est très particulier parce qu’il doit vraiment se prendre selon des règles très strictes, sinon on peut avoir des overdoses, et des décès. Tout comme on peut l’avoir avec l’alcool. En fait, le GHB-GBL, c’est vraiment l’équivalent de l’alcool en termes d’effets. Et donc on peut avoir, quand on surdose, quand on prend des trop grandes doses ou qu’on mélange du GHB et de l’alcool qui sont deux dépresseurs, on peut avoir des phénomènes tels qu’un géol, qui est une espèce de coma éthylique en fait. Sauf qu’il n’y a pas d’éthanol dans le GHB, mais ça induit exactement les mêmes symptômes type: on tombe subitement endormi, comme dans un coma, un peu comme certaines personnes quand elles ont trop bu.

Chemsex : iimpact de la période Covid et post-Covid

[00:09:36] Olivier Mangeren: Mais au niveau donc sociologique, comme tu dis ben la drogue aujourd’hui est plus facilement accessible, elle coûte presque cinq fois moins cher. Enfin un ordre de grandeur en tout cas, il y a eu toute la période Covid et post-Covid où il y a eu des manques de contact, de présence, d’intimité.

Évolution du chemsex : isolement croissant et démocratisation

[00:09:51] Vincent Goetry: Exactement.

[00:09:51] Olivier Mangeren: Et alors tu me disais aussi en préparant ce podcast que, en fait ça se répand un peu de manière différente aujourd’hui que comment ça à émergé en fait (Vincent Goetry: Oui). Qui était beaucoup plus collectif, et maintenant ça devient beaucoup plus individuel.

[00:10:03] Vincent Goetry: Il y a deux phénomènes évolutifs dont j’aimerais bien parler, c’est que d’une part, le chemsex au départ, bon ben… Le chemsex a été inventé par David Stewart en 1990, maintenant je ne pense pas que la pratique du chemsex date de 1990. Je pense qu’il y a toujours eu un usage sexualisé des drogues, seulement les drogues ont changé, les pratiques ont changé, les communautés qui les utilisent ont changé aussi. Et donc on observe deux phénomènes dans l’évolution du chemsex depuis les années nonante, c’est que d’une part, on est passé de contextes plutôt de partouze, qu’on appelle les chill. Une chill, c’est une partouze où on va avoir une alternance de consommation de chems et des activités sexuelles, à une consommation de plus en plus solitaire. Donc moi je travaille à la maison Arc-en-ciel de la santé en tant que psychologue et j’observe, parmi ma patientèle, plusieurs personnes qui en fait pratiquent le chemsex tout seul, en regardant des films pornos, et qui ont commencé comme ça, et qui poursuivent comme ça, donc il ne faut pas s’imaginer que chemsex c’est toujours des orgies style bacchanales, etc. Parfois on peut avoir une représentation comme ça, de grosses orgies. Pas du tout, il y a des personnes qui aiment le sexe en groupe, il y a des personnes qui pratiquent le chemsex en one-to-one, et il y a des personnes qui pratiquent le chemsex seul. Et quand on a un usage problématique du chemsex, c’est-à-dire: qu’est-ce que c’est un usage problématique? D’abord, qui peut dire qu’un usage est problématique? Je pense que c’est la personne qui les pratique. C’est un peu comme ce que les Alcooliques anonymes ou les Narcotiques anonymes diraient pour l’alcool et les drogues, à partir du moment où ça interfère dans les autres sphères de la vie ça devient problématique. Et chez les personnes, comme moi d’ailleurs, qui ont eu une pratique chemsex problématique, ben on commence par faire du chemsex, et au fil des années on termine par faire du chems tout court parce que l’addiction prend le dessus et en fait on est plus addict à la substance qu’à la pratique. Je finissais à la fin par consommer des substances tout en regardant des pornos et finalement ne plus rencontrer personne. Tu mentionnais également le Covid, ça je crois que c’est très important parce que dans ma patientèle j’ai beaucoup de personnes, disons dans la trentaine, quarantaine, voire cinquantaine, qui consommaient du chemsex de manière pas spécialement problématique avant la crise Covid. Et bien qu’est-ce qui s’est passé pendant le Covid? C’est qu’on pouvait plus se réunir dans les bars puisque tout était fermé. Et donc, l’alternative c’était de se réunir les uns chez les autres. Et donc ça a favorisé ces chills qui se passe généralement chez des particuliers, ou parfois dans des lieux de consommation sexuel tels que les saunas ou les bars où il y a la consommation sexuelle, en tout cas dans la communauté gay. Et le deuxième phénomène dont je voulais parler c’était que, bon, Stewart, quand il a inventé le mot chemsex, il a dit voilà, c’est un mot qui appartient à la communauté HSH ou à la communauté gay. HSH signifiant hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. Je pense que bon, il a écrit ça en 1990, c’était peut-être vrai à l’époque, mais il y a une évolution très forte. On a maintenant des études sur la sexualité des femmes ayant du sexe avec d’autres femmes, les FSF, et on remarque qu’il y a aussi une pratique de chemsex dans cette population-là. Donc les HSH sont touchés, les FSF sont touchés. Dans la communauté hétérosexuelle, les pratiques de chemsex se répandent également. J’ai montré la dernière campagne chemsex D’Exæquo, où je suis bénévole, à une amie hétérosexuelle qui a 35 ans, et elle m’a dit « Ben en fait je me retrouve dans tous les flyers » alors que ça ne parle que du chemsex et qu’elle n’était pas spécialement une cible entre guillemets pour la pratique du chemsex, comme Stewart le décrivait il y a 30 ans.

Diversité des pratiques  chemsex : expérimentation disciplinée et dépendance

[00:13:13] Olivier Mangeren: Oui. Sociologiquement, il y a vraiment des choses qui changent très, très, fort actuellement, il faut vraiment mettre à jour et écouter la pratique, parce que c’est même des observations très récentes de ta part aussi, de voir, d’avoir plus de retours, de témoignages, de partages et de se dire que aussi ça se fait en solo et plus de manière uniquement communautaire ou de groupe. J’avais des amis qui me disaient « Mais en fait tu sais, ben nous on a déjà essayé. Donc ils sont en couple et ils ont déjà utilisé des chemicals ou des substances (Vincent Goetry: Oui) pour justement expérimenter autre chose.

[00:13:39] Vincent Goetry: Tout à fait.

[00:13:40] Olivier Mangeren: Et ils sont dans un autre contexte. Alors certes, on disait ben… Il y a les chills et le côté pratiques communautaires (Vincent Goetry: Oui), puis le côté solo, mais il y a aussi les couples où ça se fait aussi maintenant en one-to-one, c’est-à-dire deux personnes, qu’elles soient en couple ou pas (Vincent Goetry: Tout à fait), que ça soit sur application de rencontres ou bien des gens qui sont déjà ensemble (Vincent Goetry: C’est ça). Il y a comme un continuum important à travers la société où ça se trouve un peu à tous les niveaux (Vincent Goetry: Oui), et qu’il y a aussi des usages récréatifs. Et en réfléchissant avec toi, je me disais « Mais oui, par l’observation de terrain, pour certains la pente elle est douce (Vincent Goetry: Oui), pour certains la pente est abrupte (Vincent Goetry: Exactement), pour certains il n’y a pas de pente, pour certains c’est sous contrôle ou à usage récréatif. Est-ce que tu peux nous en dire plus? Qu’est-ce que tu en penses?

[00:14:17] Vincent Goetry: Ben, quand tu parles d’expérimentation, de chems, ou de substances psychoactives dans le cas de relations sexuelles, ça peut être effectivement une expérimentation. Et je connais aussi des, enfin là je les vois moins, ils ne viennent pas consulter le psy pour un problème d’addiction au chemsex, mais il y a des personnes qui pratiquent le chemsex de manière, alors j’ai peut être utilisé un mot qui ne me plait pas très fort, mais je dirais disciplinée. Il y a une forme de discipline, ils peuvent pratiquer le chemsex à intervalles qui ne sont pas trop rapprochés, parce que ces substances, comme toutes les drogues, elles sont addictives. D’autant plus qu’elles sont empathogène et entactogène donc c’est plus facile de prendre des chems pour avoir de la sexualité que sans chems. Surtout si on tient compte du fait que, ça c’est encore une autre observation, c’est que il y a des jeunes vingtenaires qui sont rentrés dans la sexualité avec le chemsex, donc ils n’ont pas de point de référence d’une sexualité sobre. Et donc ça fait vraiment partie de la société d’aujourd’hui, et je suis très content que tu me donnes la parole Olivier parce que, voilà, il ne faut pas diaboliser ces pratiques elles existent. Les diaboliser et pointer du doigt ceux et celles qui font du chemsex, ça ne sert à rien. On parlera peut-être aussi des lois, les lois anti-drogue qui sont… Plus tard. Et je voudrais à la fois dédramatiser, et en même temps alerter sur le fait que ça se pratique, que ça peut devenir problématique, qu’il y a des moyens qu’on peut mettre en place pour que ça ne devienne pas problématique. Et moi, je reçois essentiellement des personnes qui ont un usage problématique et qui désirent soit diminuer, c’est-à-dire discipliner leur consommation. On peut facilement diminuer la quantité de comprendre, le nombre de substances qu’on prend, la fréquence, et ou la durée des sessions de chemsex. Donc ça, c’est des paramètres sur lesquels on peut se discipliner. Ou des personnes qui veulent arrêter leur pratique de chemsex parce qu’elles sont allées, pour elles, trop loin. Et donc j’accompagne les patients dans leur désir de diminution ou d’arrêt.

Chemsex : effets individuels, addictions et motivations des minorités

[00:16:01] Olivier Mangeren: Ça touche beaucoup de gens. Certains le font de manière plus contrôlée ou sereine, parce qu’on est tous inégaux. En fait hein?

[00:16:07] Vincent Goetry: On est tous inégaux, on a tous un cerveau unique, avec des réactions chimiques qui sont uniques. Et ça, on le voit très bien dans le domaine du chemsex aussi, parce que il y a beaucoup, beaucoup de substances. Et en fait, chaque chemsexeur chemsexeuse va avoir une substance préférée, qui peut ne pas du tout être la même que celle du voisin ou la voisine. Et donc pour donner un exemple, moi, le crystal meth ou latina, on a rebaptisé Tina pour la rendre plus sexy. Et ça a fonctionné parce qu’en fait, quand on dit crystal meth, beaucoup de personnes connaissent cette substance comme étant une substance assez addictive qui nous vient de l’Amérique du Nord. Et en fait, quand on l’a rebaptisé Tina, il y a eu une explosion de l’usage de ce chems dans la pratique du chemsex, et c’est vrai que certaines personnes, à la première bouffée, parce que souvent la Tina se fume, elle peut s’injecter, se fumer, à la première bouffée certaines personnes vont devenir addict, directement. Et d’autres personnes, comme moi, j’ai essayé dix fois de fumer de la Tina et en fait ça ne m’a jamais rien fait donc j’ai arrêté ça parce que ça ne m’aidait pas du tout, par contre, mon chems de prédilection à moi c’était la cocaïne, alors que pour d’autres ça ne fonctionne pas non plus. Il y a vraiment des chems qui ont des effets très différents sur différentes personnes. Je l’observe aussi dans le groupe de parole que je co-anime de manière hebdomadaire, en duo avec un pair aidant, avec qui j’ai fait mes études en pair-aidance. Et donc on observe dans le groupe de parole qu’il y a vraiment, en gardant évidemment l’anonymat des participants. C’est tout un contexte particulier, il y a un cadre dans le groupe de parole, dont le premier point est évidemment la confidentialité. Parler en « je » de son expérience personnelle sans généraliser, parler en « je », parler dans l’ici et le maintenant, ça veut dire qu’on veut libérer la parole, qu’on peut changer d’avis dans cinq minutes, dans 5 h, dans cinq mois ou jamais. Et il y a aussi une règle importante on c’est qu’on évite de nommer les substances et les modes de consommation, les modes de consommation pouvant être globalement le sniff, l’inhalation ou l’injection. Et on évite de faire ça dans le groupe de parole parce qu’évidemment le but n’est pas d’induire des craving, c’est-à-dire des envies de consommer chez les personnes qui viennent justement pour diminuer ou arrêter leur consommation. Et donc parfois simplement nommer une substance ou nommer une pratique, un mode de consommation, ça peut induire des envies de consommer très, très, fortes. Les sujets qui ressortent dans le groupe de parole, c’est justement ça aussi, c’est que, pourquoi on ne nomme pas non plus les substances? C’est pour pas que les personnes se comparent les unes aux autres, ou les modes de consommation. Parce que c’est vrai que certains modes de consommation induisent des dépendances peut-être plus facilement ou plus rapidement chez certains que chez d’autres. On voit très bien dans le groupe de parole que on a tous un chems de préférence qui est différent, mais qu’au final le combat est le même, quels que soient les chems, quand la consommation est problématique c’est qu’elle répond à des besoins qui sont d’ordre identitaire, d’appartenance. Il y a un tas de raisons pour lesquelles on peut utiliser le chemsex, on le voit dans le groupe de parole, quand on souffre d’anxiété sociale, de timidité. Il y a aussi parfois des interdits culturels ou religieux qui font que je vais utiliser des chems pour modifier mon état de conscience afin d’avoir accès à une sexualité qui peut-être est interdite dans ma culture ou dans ma religion, et qui serait donc vécue de manière très culpabilisante s’il n’y avait pas les chems. Et les chems permettent d’avoir une sexualité satisfaisante plutôt que culpabilisante dans ces contextes-là et pour ces personnes-là. C’est aussi également lié à tout un phénomène de stress minoritaire, en tout cas chez les gays, puisque la communauté gay et la communauté LGBTQIA+ de manière générale est généralement pointée du doigt, ostracisé dans certaines cultures, même pénalisé d’emprisonnement, voire de mort, comme au Yémen. Il y a des tas de facteurs qui expliquent pourquoi est-ce qu’il y a une tendance à, en particulier de certaines minorités, ce n’est pas que les gays, c’est les gays, les lesbiennes, mais aussi les travailleureuses du sexe ont souvent recours au chemsex parce que les clients le demandent. Que ces personnes, même si elles n’ont pas envie de prendre des chems, elles sont parfois entre guillemets forcées d’en prendre. Parce que si le client demande une session chemsex et que la personne ne veut pas prendre de chems, ben le client va voir un ou une autre travailleureuses du sexe. Ces personnes sont obligées finalement d’accepter de prendre du chems, parce que la pratique se répand et que c’est ce que les clients veulent aussi.

Deux propriétés : empathogène et entactogène

[00:20:05] Olivier Mangeren: C’est vrai que si on ralentit, qu’on voit tous ces changements sociétaux récents, des observations de pratiques et de situations qui étaient moins présentes par le passé(Vincent Goetry: Oui), et de se dire que ces deux propriétés principales de ces drogues, que tu mentionnes.

[00:20:18] Vincent Goetry: L’Empathogène et l’Entactogène, oui.

Une intensité immédiate qui remplace la rencontre

[00:20:20] Olivier Mangeren: Sont extrêmement puissant. C’est rapide de le dire, mais par contre ce que ça implique, dans la rencontre, dans la rencontre avec quelqu’un, dans le rapport à la sexualité, dans l’expérience que ça fait vivre à la personne, c’est colossal en fait

[00:20:30] Vincent Goetry: C’est colossal, et en même temps dangereux. Parce que justement, je dis souvent que, pour les personnes qui veulent arrêter de pratiquer le chemsex, c’est qu’il y a deux deuils à faire. Le deuil de l’immédiateté et de l’intensité, donc en fait, quand on prend des chems on est tout de suite chaud, on est tout de suite prêt à avoir une relation sexuelle. Alors, ça peut être très utile dans certains contextes, mais dans d’autres contextes, on évite toute la rencontre et la séduction qui précède la relation sexuelle, dans des contextes sobres je dirais. Là, c’est vrai que ça peut avoir des effets pervers dans la mesure, où pour faire l’économie de la rencontre qui est malaisante parce qu’on souffre d’anxiété sociale, on ne sait pas comment draguer, etc. Toutes ces expériences-là qui précèdent une rencontre sexuelle, elles sont un peu outrepassées, très facilement grâce aux chems. Et c’est là que l’usage peut être problématique, quand ça vient répondre à des handicaps de la personne par rapport à différents aspects de la rencontre, et de la séduction, et de l’attirance qui précède la relation sexuelle.

Les drogues brisent les barrières, favorisant la mixité

[00:21:25] Olivier Mangeren: Oui, c’est vrai que si on découvre qu’en prenant certaines substances, mais en fait on est désinhibé de certaines choses, les choses sont facilitées, la rencontre. On éprouve de l’empathie avec quelqu’un qu’on ne connaît pas du tout et qu’on tombe presque amoureux, façon de parler hein, mais je veux dire une attirance (Vincent Goetry: C’est ça), quelque chose où « Waouh! La personne, elle est fabuleuse ». On voit quelque chose comme idéalisé ou, on sent une connexion à l’autre très forte, qui est virtuelle, elle est provoquée de manière rapide, tout autant que le côté sensationnel des sens, de ce qu’on ressent.

[00:21:50] Vincent Goetry: Qui sont intensifiés, oui.

[00:21:51] Olivier Mangeren: Qui sont intensifiés, ça fait un cocktail important. Et de se dire on peut être finalement se rapprocher, avoir des expériences intimes et sexuelles avec des gens avec qui on n’aurait jamais rien fait en étant sobre.

[00:22:01] Vincent Goetry: C’est intéressant que tu mentionnes ça Olivier parce qu’en fait, il y a des avantages et des désavantages au chemsex, comme dans toutes les pratiques. Et un autre avantage dont je n’ai pas encore parlé c’est que: on remarque que parmi les personnes qui pratiquent le chemsex, déjà il y a tous les âges. Et donc j’ai parlé des vingtenaires qui sont rentrés dans la sexualité avec le chemsex, il y a aussi des personnes à l’autre bout de la distribution je dirais, la moyenne est d’entre 20 et 40, mais il y a des personnes de 60 ans et plus qui pratiquent encore le chemsex. Ce qu’on observe, en tout cas dans les études, notamment réalisées par Sandrine de Tend à l’ULB, on voit très bien que ça permet une mixité, une mixité d’âges, une mixité d’origine ethnique, une mixité de classes sociales. Donc effectivement, comme tu viens de le dire, des gens qui ne se seraient jamais rencontrés pour avoir une relation sexuelle vont se rencontrer dans ces contextes-là, avec une mixité extraordinaire. Et ça je trouve que voilà, ça c’est un aspect positif, on décloisonne toutes ces barrières, ces classes sociales, cette racisation, etc. Je pense que ça peut être très positif, tant qu’on en abuse pas quoi.

[00:23:00] Olivier Mangeren: C’est génial que tu le mentionnes, c’est vrai, je me souviens d’une consultation avec un chemsexeurs, en sexo justement, et c’est ce qu’il disait en fait. Au-delà, il y a des choses super belles qui se passent dans ce milieu-là en disant « Mais voilà, le fait qu’on se retrouve de manière interculturelle avec plein de gens qui ne se seraient jamais rencontrés, de toute culture, de toute religion, de toute apparence, de tout âge ». Il disait « C’est émouvant au niveau du cœur et de l’âme ». De dire « En fait, c’est beau (Vincent Goetry: Oui). Il y a quelque chose qui relie, qui relie de manière virtuelle hein, on va dire artificielle, on va dire provoquée comme ça (Vincent Goetry: Chimique, oui) oui chimique, on va dire chimique c’est le meilleur mot. Mais on montre que c’est possible, enfin, ça fait du bien de se retrouver et de se dire, plutôt que de diviser, de juger, de critiquer, de se séparer… Oui, on est tous uniques et différents mais, on fait une communauté humaine en fait. Il y a un côté… On peut dire qu’avec la drogue on transgresse beaucoup de choses, mais on transgresse aussi beaucoup de limitations, d’interdits, de honte ou de séparation culturelle.

[00:23:46] Vincent Goetry: Exactement.

[00:23:46] Olivier Mangeren: Et ça, c’est beau.

[00:23:47] Vincent Goetry: Ça fait du bien parfois d’être tous ensemble, de se mélanger là où on ne se serait pas mélangés. Et tu parlais aussi de l’aspect: il y a pas mal de personnes qui ont par exemple des complexes concernant leur physique, qui en prenant des chems et en pratiquant le chemsex, on passe aussi les barrières des critères morphologiques, des standards de beauté. Bon, les chems aussi ont pour effet de booster la confiance en soi, et donnent parfois l’impression qu’on est très intéressant et que tout ce qu’on dit est très drôle, que ce soit vrai ou pas. Et en fait, c’est un aspect central, cette désinhibition, parfois aussi par rapport à des complexes qui feraient qu’on se refuse à avoir une sexualité parce qu’on se sent trop gros, ou trop petit, ou trop grand, ou peu importe les raisons. Et en fait, le chemsex va venir gommer, tout comme les barrières sociales, tout comme les barrières ethniques, ces barrières morphologiques ou, comment dire, ces standards de beauté qui existent sur papier glacé mais qu’on croise moins dans la rue.

Échanges libres, consentement flouté et risques d’addiction

[00:24:35] Olivier Mangeren: Ouais et même cette habilité sociale de rencontrer l’autre, ou éventuellement des gens qui seraient peut-être, on va dire intellectuellement ou autres, peut-être se parlerait pas en temps normal (Vincent Goetry: Oui). Mais en fait là aussi, on gomme en fait cette frontière qui fait qu’on accueille l’autre de manière presque inconditionnelle j’ai presque envie de dire (Vincent Goetry: Oui). Avec le côté chimique (Vincent Goetry: C’est ça), il y a comme un accueil de soi et de l’autre, au)delà de l’esprit critique et jugement que le mental peut créer.

[00:24:58] Vincent Goetry: Oui. Et merci, tu viens de mentionner un mot important, c’est aussi se parler. Parce qu’en fait, contrairement à une idée qui pourrait être répandue parmi les personnes qui ne connaissent pas bien le chemsex. Le chemsex, c’est pas juste se droguer et faire du sexe. Les chills, en fait c’est souvent des appartements, il y a de la musique, en général il n’y a pas trop à manger parce que quand on prend les chems, un des effets c’est que ça coupe l’appétit. Il n’y a pas d’alcool en général, parce que quand on prend du GHB, il ne faut pas le mélanger avec l’alcool. Mais les personnes, elles alternent en fait plusieurs espaces-temps. Donc il y a un espace-temps pour consommer, il y a un espace-temps pour avoir des relations sexuelles, et puis il y a un espace-temps pour avoir des discussions aussi. Une chill, on peut se poser et discuter pendant 2h avec quelqu’un, on n’est pas obligé d’avoir des relations sexuelles tout le temps, c’est vraiment libre à la personne de parler, d’avoir des relations sexuelles, de consommer. Il y a peut-être un élément ici qui me vient à l’esprit, en parlant de justement, du fait de parler et de ne pas spécialement avoir des relations sexuelles tout le temps, il y a la notion de consentement, qui est très importante, dont on parle de plus en plus heureusement de nos jours. Et qui, là à nouveau c’est un, je dirais que c’est un piège du chemsex, c’est que le consentement avec le chemsex il est parfois flouté, il est parfois difficile, parce qu’on est en état de conscience modifiée et qu’on pourra avoir tendance, et ça s’observe aussi dans les témoignages des personnes qui viennent aux groupes de parole, on pourrait avoir des pratiques que l’on peut assumer en état de conscience modifiée, mais que en redevenant sobre on pourrait regretter. Parce que les interdits moraux, culturels, religieux, etc n’autorisent pas ce genre de pratique. Donc c’est à la fois libératoire, mais évidemment la liberté ça peut griser. Et cette liberté-là, qui est à la fois quelque chose de beau, ne doit pas devenir une dépendance. C’est ça, les chems qui sont utilisées ce sont toutes des drogues et donc elles peuvent induire des dépendances comme toutes les drogues, et leurs propriétés ont parfois tendance chez certaines personnes à accentuer la dépendance. Donc les effets empathogène et Entactogène, c’est sûr que si je souffre d’anxiété sociale, que j’ai du mal à draguer, que je suis super timide, mais le chemsex va me permettre de dépasser des barrières qui sont infranchissables sinon, et je risque de tomber dépendant plus facilement du chemsex si j’ai tous ces facteurs-là, ces facteurs adjuvants ,qui vont précipiter une dépendance. Parce que justement ces habiletés sociales de drague, de cette timidité, cette anxiété sociale m’empêchent de rencontrer des personnes d’une autre manière.

Dopamine et instantanéité : le court-circuit de la récompense

[00:27:13] Olivier Mangeren: Et comme quoi tout ce qui est rencontre, sensualité, sexualité, c’est magnifique, mais ça s’apprend, c’est pas inné (Vincent Goetry: Non). On a beaucoup de choses à apprendre pour la rencontre et ce que ça représente. C’est vrai que on allume un porno ben c’est direct (Vincent Goetry: Voilà), on prend une drogue et bien c’est direct. L’instantanéité dont tu disais (Vincent Goetry: C’est ça), faire le deuil que c’est pas instantané, qu’en fait c’est comme, ben par exemple l’instantané, ben par exemple normalement la dopamine, parce que c’est un sujet qui me tient à cœur en tant que sexologue, je parle souvent de slow sex, tout ça, mais en fait, on a à l’intérieur de nous un cocktail d’hormones. C’est comme un orchestre philharmonique où il y a plein de choses en interaction hormonalement. Et puis ici, souvent, les drogues jouent sur la dopamine, qui est un neurotransmetteur (Vincent Goetry: Ecxactement) qui a énormément d’effets sur le corps, les humeurs et autres, le côté social. Mais en fait, la dopamine elle est censée être donnée quand on est récompensé d’un résultat, dont on a fait un effort mais qu’on allait le voir. Par exemple on va prendre une pomme, mais quand on monte dans l’arbre, et c’est juste avant de la voir, on a le rush de dopamine. Parce qu’on a fait l’effort et maintenant c’est acquis, on sait comme on attend le message de quelqu’un et puis on reçoit un WhatsApp et, au moment où on prend le téléphone, on a la dose. C’est pas au moment où le lit ou quand c’est fait, c’est juste au moment où on est certain de l’avoir, et donc c’est censé être une récompense à dose physiologique. Et ici, effectivement, ça vient de manière rapide.

[00:28:23] Vincent Goetry: Et en grande quantité.

[00:28:24] Olivier Mangeren: Et en très grande quantité. Tu peux peut-être nous en parler de cet aspect hormonal?

[00:28:27] Vincent Goetry: La dopamine en fait c’est l’hormone du plaisir. Qu’est-ce qu’on fait quand on, je dis souvent « Quand on pratique le chemsex, on s’injecte du bonheur liquide dans le cerveau » ben c’est un peu ça. La prise de substances provoque une production massive de dopamine, qui induit par ailleurs assez souvent ce qu’on appelle des descentes, parce qu’après un certain moment il n’y a plus de dopamine, les sacs à dopamine entre guillemets ils sont vides. Et donc là, on n’a plus d’hormones du plaisir du tout dans le cerveau, il n’y en a plus assez. On a cette alternance entre ce qu’on appelle des rush, qui sont vraiment des montées de plaisir et des descentes qui sont en fait la phase ben où il n’y a plus de chems. On a vidé toutes les réserves et on entre dans une phase qui peut être très anxieuse, très dépressive. Et qui au fil de la pratique du chemsex, a tendance à s’allonger aussi, ça c’est un autre aspect. Si on pratique le chemsex pendant longtemps et de manière très fréquente, les down, les phases de descente vont être de plus en plus difficiles et de plus en plus longues.

De l’initiation sexuelle au piège des traumas

[00:29:22] Olivier Mangeren: Et tu mentionnais aussi que, c’est classique on le sait mais, l’usage d’une drogue à dose contrôlée, certains le gèrent très bien, mais d’autres pas. Parce qu’on est tous inégaux aussi, et que je fais référence au podcast numéro 33 qu’on avait fait en anglais avec Suzanne, qui est une de mes amies, et qui faisait un doctorat en sexologie avec l’usage du cannabis à usage thérapeutique pour permettre aux gens qui n’ont pas accès à l’orgasme d’ouvrir ces portes finalement (Vincent Goetry: Oui) et d’accéder à l’orgasme de manière temporaire grâce à la substance. Et ensuite, en fait ce n’est pas d’en être dépendant, c’est d’ouvrir les portes et puis que la personne puisse faire son chemin. Et il y a ce côté aussi que toutes les drogues ont un effet positif qui pourrait être contrôlé, mais quand c’est pris de manière excessive sur le long terme, il y a beaucoup de coûts comparés aux bénéfices. Enfin, généralement, le rapport bénéfice coût, il change totalement

[00:30:07] Vincent Goetry: C’est ça. Je suis content que tu mentionnes ce doctorat sur l’usage thérapeutique du cannabis pour l’accès à l’orgasme, parce qu’effectivement, dans le chemsex il y a quelque chose d’initiatique. Mais justement ça peut être initiatique dans le sens, comme tu le dis, ouvrir des portes, qu’après on va pouvoir réouvrir mais sans nécessairement prendre les chems. Parce qu’on a pu le faire une fois, on peut le faire deux fois, on peut le faire trois fois, et on peut se prouver à soi-même qu’on est capable de le faire. Alors d’abord en état de conscience modifiée, mais ça peut être un apprentissage pour une autre expérience sexuelle dans un contexte sobre, où on pourrait bénéficier des acquis qu’on a vécu grâce au chemsex. Si ça reste, alors j’utilise toujours ce mot indiscipliné, si ce n’est pas trop fréquent, pas trop de quantité et pas trop long. Il y a des personnes qui pratiquent le chemsex pendant des années et qui ne tombent pas dans la spirale infernale de la dépendance. Et puis d’autres qui tombent très, très, vite. C’est vraiment les différences interindividuelles qui sont… Et les bagages aussi, ce qu’on observe quand même dans le chemsex aussi, c’est une prévalence de personnes qui ont subi des traumas, en particulier des traumas sexuels dans l’enfance, ça a été documenté scientifiquement, et qui vont rejouer des scénarios en étant soit la personne agressée, soit la personne agresseuse. Pour un peu exulter, exhumer, je ne sais pas quels mots utiliser, ses traumas. Chez certaines personnes, c’est tout à fait inconscient. Chez d’autres personnes, c’est conscient.

Pression culturelle, homophobie intériorisée et interdits

[00:31:25] Olivier Mangeren: On voit que c’est un sujet complexe, que, voilà apprendre que des jeunes font leur première expérience sexuelle en chemsex, en espérant que voilà, ce ne soit pas une pente abrupte où en fait ils glissent dans quelque chose qu’ils vont plus pouvoir contrôler, mais ça interpelle aussi. Et que certains sont plus sensibles à ça. Par exemple, on sait que la drogue et la sexualité ben chemsex, ça appelle à deux tabous importants déjà, juste l’un ou juste l’autre c’est parfois énorme. On sait bien que la sexualité, dans certaines cultures, où l’homosexualité ou que sais-je, c’est une telle pression sociale, un tel interdit, une telle honte ou culpabilité. Ben en fait il y a une telle pression qu’à un moment, ben voilà, si le chemsex, enfin… Le chemicals, les chems permettent de passer des barrières qu’on ne s’autorise pas, ça peut être aussi parfois, tu disais dans certaines cultures, peut-être sub-saharienne, musulmane ou autre, c’est peut-être aussi des facteurs de risque parfois, quand il y a tellement d’interdits autour, qu’en fait, là c’est un facilitateur important.

[00:32:17] Vincent Goetry: Exactement. Par rapport à des phénomènes comme l’homophobie intériorisée. Dans la communauté homosexuelle, il y a un phénomène d’homophobie intériorisée parce que la société renvoie une image de l’homosexualité comme étant une sexualité déviante. Ça n’a pas toujours été le cas, mais en tout cas aujourd’hui, dans beaucoup de cultures, c’est présenté comme ça. Et donc il y a cette homophobie intériorisée qui est d’autant plus forte dans des communautés d’Afrique du Nord ou d’Afrique sub-saharienne, où, comme je l’évoquais tout à l’heure, si deux personnes du même sexe ont une relation sexuelle et sont découvertes entre guillemets, elles risquent la prison, voire d’être tuées, voire la peine de mort.

[00:32:51] Olivier Mangeren: Qu’on le veuille ou non, on garde, même si la personne est née en Belgique par exemple, on garde toujours des racines culturelles conscientes ou inconscientes. Voilà, récemment le Sénégal, l’homosexualité était autorisée. Naturel comme en Belgique on va dire, voilà ça fait partie de la vie et c’est sain et…. Enfin voilà, chacun est tel qu’il est, et aujourd’hui c’est à nouveau pénalisé, c’est-à-dire qu’on peut aller en prison et avoir une amende parce qu’on est homosexuel au Sénégal. Et tu disais « Ben au Yémen c’est peine de mort ».

[00:33:16] Vincent Goetry: Oui, au Yémen c’est la peine de mort.

Stigmatisation, héritage du VIH et libération sexuelle

[00:33:17] Olivier Mangeren: Même si on vit en Belgique, on est quand même influencé peut-être par ce qu’on regarde à la TV, dans des chaînes internationales ou que sais-je, mais… Il y a des résonances en fait.

[00:33:24] Vincent Goetry: Il y a des résonances et il y a aussi un stigma qui est hérité de l’épidémie du VIH, quand même, qu’on a appelé le cancer des gays à un certain moment. Et donc toute cette culpabilité, toute cette notion de mort qui a été associée à la sexualité, à l’occasion de l’épidémie du VIH, sida, ben il en reste des traces. Et donc c’est pour aussi oublier, se vider la tête par rapport à toute cette stigmatisation de la sexualité homosexuelle, qui peut être dangereuse, qui peut être mortelle, qui l’a été. Maintenant les avancées scientifiques dans le domaine du VIH sont vraiment exceptionnelles, on peut tout à fait vivre avec le VIH avec une espérance de vie qui est aussi longue qu’une personne séronégative, mais ça n’a pas toujours été le cas. Et donc, au début de l’épidémie, on mourait très vite du sida, et, forcément ça a teinté la sexualité homosexuelle de mort. Et ça, c’est quand même, comment dire, une représentation qui est très forte associée à la sexualité, à la mort plutôt qu’à la vie. C’est quelque chose dont on a hérité en fait. Enfin, je dis dont moi j’ai hérité puisque je n’ai pas connu le début de l’épidémie, parce que ma sexualité n’était pas très développée à ce moment-là. D’autres personnes l’ont connu et il faut pouvoir naviguer entre, finalement c’est quand même pour avoir du plaisir et associé à la vie, c’est associé aux émotions, c’est associé aux sensations, c’est associé à des choses positives, et pas juste à la mort et à la crainte d’avoir une infection sexuellement transmissible ou le VIH.

Pornographie, performance sexuelle et retardement de l’orgasme

[00:34:37] Olivier Mangeren: Est-ce que, éventuellement, dans l’usage du chemsex parfois il y a une notion liée à la performance ou oser, tu vois le côté un peu performer pour les autres ou… Est-ce que c’est totalement déconnecté ou bien il y a des liens entre le fait de, peut-être, faire usage ou aller vers le chemsex pour des questions un peu de regard social en fait.

[00:34:54] Vincent Goetry: Tout à fait. Moi je pense que c’est le cas. Et je peux prendre des exemples issus de ma patientèle. Je connais des personnes qui pratiquent le chemsex parce qu’elles considèrent qu’elles éjaculent trop vite. Et en fait, les chems sont aussi la propriété de retarder l’éjaculation, voire de l’empêcher. Donc, il est tout à fait possible de faire du chemsex pendant 10h, 24h, 48h ou 72h sans jamais jouir et en ayant des relations sexuelles. Alors pas les 72h mais, au moins la moitié de ce temps-là. C’est vrai que ça répond aussi à des images de performances sexuelles qui peuvent être véhiculées dans les pornos, en particulier. On sait que les pornos c’est coupé, ça ne correspond pas du tout à une relation sexuelle en réel, mais on peut parfois l’oublier quand on en regarde, et on voudrait en quelque sorte imiter ce qu’on voit dans ces films. Et c’est vrai que le chemsex a pour effet de postposer l’orgasme et l’éjaculation. C’est utilisé même par des personnes aussi qui s’identifient à des éjaculateurs précoces et qui disent « Ben moi je ne peux pas arrêter le chemsex, sinon je jouis beaucoup trop vite et ça ne me convient pas du tout et je suis hyper frustré. Qu’est-ce que je dois faire? ». Voilà, on voit qu’il y a autant de raisons de pratiquer le chemsex qu’il y a de chemsexeurs, mais je pense qu’il y a parfois des raisons qui interrogent vraiment sur: ce n’est pas juste prendre des drogues et avoir du sexe, il y a tellement de dimensions qui gravitent autour de ces pratiques, parce qu’il y a aussi autant de pratiques de chemsex qu’il y a de chemsexeurs. Chacun ses substances, chacun ses modes de consommation, chacun ses kinks, ses pratiques en termes de préférences sur toute la gamme infinie de comment on peut vivre sa sexualité.

Échec de la criminalisation et réduction des risques

[00:36:20] Olivier Mangeren: Je me répète, mais c’est vrai que, entre quelqu’un qui découvre sa sexualité avec ça, quelqu’un qui a déjà 50 ou 60 ans, enfin comme tu dis il y a autant de chemsexeurs que d’humains possibles, que c’est interconnecté à plusieurs dimensions, c’est interconnecté à tellement de paramètres. Plus on en parle, plus on se rend compte qu’en fait c’est un sujet vaste, délicat, spécifique, dont il vaut mieux parler que de rajouter la honte et le tabou de dire qu’on a un double poids social (Vincent Goetry: Oui), drogue et sexualité. Et d’ailleurs j’aimerais bien, moi j’aime bien le podcast qu’on crée ici avec l’association parce qu’on peut parler, sans être, on va dire dans le politiquement correct, parce qu’on peut faire évoluer la société, peut-être avec des réflexions, qui ont le mérite d’exister et qui sont je trouve, en tant qu’adulte responsable, on peut se poser plein de questions. Et une des questions, c’est la pénalisation des drogues (Vincent Goetry: Oui). Parce qu’ici on touche aux deux: sexes, qui est déjà un énorme tabou (Vincent Goetry: Oui), et on rajoute les drogues. Est-ce que tu pourrais nous en parler, si tu as envie d’en parler mais comment tu en parlerais?

[00:37:06] Vincent Goetry: C’est même pas uniquement la pénalisation, c’est la criminalisation. En fait, en Belgique, il y a la fameuse loi de 1921 qu’on appelle la loi anti-drogue, qui interdit la possession, la consommation de toute substance psychoactive. 1921-2026, ça fait 105 ans qu’elle existe. Moi je ne connais pas de loi dans le monde qu’on a maintenu pendant 105 ans alors qu’elle était aussi inefficace. Et ce n’est pas que moi qui pense qu’elle est inefficace, il y a beaucoup d’instances qui ont pris d’autres modèles, qui ont décriminaliser les drogues. Pour ne prendre que l’exemple du Portugal et l’exemple du Canada plus récemment, moi je vais peut-être m’attarder sur le Portugal parce que là on a un certain recul. Ils ont décriminalisé toutes les drogues depuis le cannabis jusqu’à l’héroïne, et distribué du matériel pour l’usage des drogues stériles, en particulier pour l’injection. Qu’est-ce qu’on a observé en 20 ans? C’est que le nombre d’héroïnomanes a été divisé par quatre, je crois qu’on est passé de 100000 à 25000 consommateurs d’héroïne sur 20 ans. Et, fait non-négligeable aussi, la transmission du VIH et de l’hépatite C par l’échange de matériel d’injection par exemple, comme on a distribué ce matériel et que ce n’était plus prohibé et que c’était plus criminalisé, je ne sais plus exactement mais on est passé genre de 1000 contaminations au VIH par échange de matériel d’injection, à 80 ou un truc du genre donc c’est vraiment une diminution exponentielle des cas de contamination par échange de matériel qui peuvent être des seringues ou des pailles aussi, parce qu’il faut savoir que quand on sniffe des substances, il peut y avoir des résidus de sang sur la paille, et que l’hépatite C peut être transmise à l’occasion de partages de pailles même si on n’a pas de relations sexuelles ensemble. Voilà, la réduction des risques c’est aussi une dimension très importante. Plutôt que de dire « Ne le faites pas » alors que les gens le font, moi j’ai envie de dire « Ben faites le correctement si vous le faites », en réduisant les risques, en utilisant du matériel qu’on peut se procurer dans différents comptoirs ou différentes associations, qui font de la réduction des risques autour de la pratique du chemsex en distribuant du matériel à usage de drogues.

L’interdiction nie la réalité sans la régler

[00:39:00] Olivier Mangeren: C’est vrai que, c’est étonnant qu’il y a plein de substances, l’humanité est quand même riche de voir que des substances comme l’alcool, le sucre ou d’autres, des drogues un peu banalisées mais on voit très bien qu’en fait, interdire ou quoi, certaines sont permises, d’autres pas. Certains ont énormément d’effets sur la santé, l’économie (Vincent Goetry: Oui) et des effets en cascade. Et que interdire ça a rarement été, dans certains pays voilà, on va interdire l’homosexualité au Sénégal. Est-ce que ça change le fait que quelqu’un qui est homosexuel va dire « Ben ok, alors j’ai plus le droit… Enfin c’est un peu ce qui se passe, c’est-à-dire (Vincent Goetry: Oui) que j’ai plus le droit d’exister ou je dois changer de pays (Vincent Goetry: Oui). Je veux dire, les personnes vont bouger, elle vont (Vincent Goetry: Et c’est ce qu’elles font, oui) et certains vont être coincés. Et donc on n’aborde pas la réalité du sujet en fait (Vincent Goetry: Non), croire qu’on interdit et qu’on a été adulte responsable, je trouve que c’est un peu un raccourci parce qu’en pratique on voit que ça ne marche pas justement, il y a un côté, enfin on voit au Portugal que si on le gère autrement, de manière plus intelligente, de manière pluridisciplinaire.

[00:39:47] Vincent Goetry: Pluridisciplinaire, oui.

[00:39:48] Olivier Mangeren: Avec les connaissances qu’on a aujourd’hui, parce qu’avec 100 ans de recul, on a quand même développé énormément de connaissances sociales, d’habilitée à accompagner les gens (Vincent Goetry: Oui), de la culture. Et peut-être que c’était une super solution il y a 100 ans, avec les moyens et la culture et l’éducation. Mais aujourd’hui, dans le contexte actuel, ça paraît presque dérisoire de dire que la seule solution c’est celle-là (Vincent Goetry: Oui). Si on a une performance de 90% de réduction, enfin je veux dire c’est colossal, c’est presque… Et rajouter cette pression de la honte, la culpabilité, mais le fait d’avoir des amendes, de pouvoir aller en prison parce qu’on a utilisé une substance alors que ça parle de soi et de sa santé, finalement.

[00:40:21] Vincent Goetry: Oui. Je suis un militant pour la décriminalisation, en tout cas de la consommation de drogues, parce que consommer une drogue ce n’est pas un crime, c’est une affaire de santé publique, ce n’est pas une affaire de justice. Et donc, pour moi, il n’y a rien à criminaliser, il y a accompagner. Et ce que j’ai oublié de mentionner, qui est quand même important, c’est qu’il ne suffit pas décriminaliser. Donc, ce qu’il en faut au Portugal, c’est que d’une part ils ont décriminalisé toutes les drogues, et d’autre part ils ont mis en place un plan d’accompagnement santé des personnes qui avaient des consommations problématiques et qui en fait était amené à payer des amendes ou à aller se faire aider dans des centres de cure. Un écrit important par rapport à la décriminalisation des drogues en Belgique, a été produit par la « féda bxl », la Fédération des institutions qui accompagnent les toxicomanes, dont je vais juste dire le titre. C’est un plaidoyer pour la décriminalisation de la consommation des drogues qui est disponible sur Internet en format PDF. Et le titre c’est « Décriminaliser les drogues en Belgique. Une mesure simple, efficace et peu coûteuse. ». Il y a trois arguments principaux dans ce plaidoyer, dont un est que un tiers de la population carcérale y est à cause, directement ou indirectement, à cause de la loi de 1921 qui criminalise toutes les drogues. Or on sait bien les problèmes au niveau carcéral de surpopulation, c’est pas l’endroit où on va aller se faire soigner par rapport à des addictions non plus, parce que c’est peut-être l’endroit où il y a le plus de drogue dans la société, c’est les prisons. Il y a aussi un engorgement des tribunaux avec la criminalisation des drogues, alors qu’il y a des choses beaucoup plus importantes à combattre et à défendre. Il y a aussi le décalage entre la réalité et ce que les politiques décident. Parce que, comme je le disais tout à l’heure, le chemsex ou la consommation de drogues c’est existant, c’est présent. Alors l’interdire, ça n’a pas de sens.

Chemsex : la double peine, isolement et honte sociale accrue

[00:42:01] Olivier Mangeren: C’est vrai que ça stigmatise, ça crée beaucoup d’obstacles de part et d’autre.

[00:42:04] Vincent Goetry: On parle souvent de double peine. Il y a un très beau reportage du Centre d’action laïque qui s’appelle « Toxicomanie, la double peine », c’est à la fois la peine de la criminalisation de ce qu’on fait, alors qu’en gros on s’abîme que soi-même, et ça c’est une liberté. Et le regard porté par la société sur le fait que ce soit un crime, et donc il y a vraiment cette double peine, il y a la honte, ça renforce le sentiment de honte, comme tu l’as évoqué, de culpabilité. Et dans le chemsex, je reviens au groupe de parole, on voit très bien qu’il y a vraiment des phénomènes d’isolement, parce que vous n’allez pas dire que vous faites du chemsex à votre maman ou votre papa et que vous avez un problème dans votre consommation. Et même certaines personnes n’osent pas en parler à leurs meilleurs amis, et donc ils sont vraiment très, très, isolés avec leurs problématiques de chemsex. Et je pense que la criminalisation renforce cet isolement plutôt que de le rompre.

[00:42:50] Olivier Mangeren: Ben moi j’ai l’impression que criminaliser quelque chose ça empêche de développer l’intelligence, des solutions efficaces, le fait d’être humain et d’être à l’écoute et d’accompagner des gens, qui vivent des difficultés difficiles. Et fondamentalement ça peut arriver à n’importe qui (Vincent Goetry: Oui), à son enfant, à un voisin, à un ami(Vincent Goetry: Exactement), à quelqu’un de sa famille. Et est-ce que, parce que ça lui arrive, alors d’office, ben en fait c’est amende, prison ou difficulté? Même s’il faut des répétitions parfois. Je vais dire ce côté: prenons soin des uns des autres. Parce ce que la volonté, l’intention, moi je commence tous les podcasts par une intention. C’est vrai que si l’intention c’était de prendre soin, d’être à l’écoute, de comprendre la réalité plutôt que de simplifier et de mettre des jugements, des étiquettes et une simplification, dire « C’est bon, c’est mauvais. Et voilà qui tu es, en fait tu es une mauvaise personne », j’en sais rien. Et de dire « Ben je veux ouvrir mon cœur et je vais t’écouter parce que toi tu es en difficulté, moi j’ai la chance de ne pas l’être, et finalement j’ouvre mon cœur pour que tu te déposes. Et comment je peux t’aider? ». Il y a ce côté là dans l’équipe pluridisciplinaire, j’imagine que dans les cercles de parole (Vincent Goetry: Oui), c’est « Ok on ne va pas faire l’autruche ».

[00:43:41] Vincent Goetry: Exactement.

[00:43:42] Olivier Mangeren: On va accueillir ce qui est (Vincent Goetry: Oui). Et quand on est authentique, on peut réellement gérer une situation. Tant qu’on n’est pas dans l’authenticité en fait, on va aller toujours plus loin, on va être dans le mensonge, le déni, le conflit, l’intérieur, extérieur et qu’est-ce qu’on se met des obstacles je trouve.

[00:43:55] Vincent Goetry: Le mensonge aussi, c’est un thème récurrent dans les groupes de parole. Combien on doit mentir à son entourage, et à soi-même aussi parfois, quand on a une consommation problématique. C’est le phénomène du déni, qui peut arriver avec toutes les substances. Et c’est vrai que ces mensonges, ça rajoute de la honte, de la culpabilité et le sentiment de mener une double vie, ou le fait de mener une double vie qui ne nous convient pas, parce que c’est pas ça qu’on voulait faire en fait.

Chemsex : ni banaliser ni dramatiser, accompagner sans juger

[00:44:19] Olivier Mangeren: On a dévié un peu de ce qu’on imaginait, enfin peut-être qu’on imaginait rien mais en tout cas, on se retrouve à une destination (Vincent Goetry: C’est ça, qu’on n’a pas choisi) et on préfèrerai d’être ailleurs, on ne l’a pas choisi comme ça quoi. Est-ce que tu aurais aussi, parce que le public du Love Health Center est très vaste hein? Ça peut être des parents, des… Enfin c’est vraiment un monde très, très, diversifié, parce qu’on n’est pas focalisé sur juste pas une niche on va dire (Vincent Goetry: Oui). Est-ce que tu aurais un message de cœur par rapport à cette thématique du chemsex justement?

[00:44:42] Vincent Goetry: Ne pas juger mais accompagner. Quand une personne a une problématique de dépression, les personnes qui lui sont proches vont l’accompagner, ne vont pas la juger parce qu’elles sont en dépression en disant « Tu es fainéante, bouge-toi le cul ». Par contre, il peut y avoir vraiment des préjugés par rapport à l’utilisation des drogues et au chemsex. Et mon message ce serait « Plutôt que de juger, accompagnez ou relayez, relayez vers des personnes, vers des institutions, vers des ASBL qui accompagnent » comme Exæquo, comme la Max, voilà.

[00:45:09] Olivier Mangeren: Pas prendre les choses à la légère, pas les banaliser (Vincent Goetry: Ni…), sentir que c’est délicat.

[00:45:12] Vincent Goetry: Ni banaliser, ni dramatiser, c’est ça qui est important.

Ressources bruxelloises, accompagnement et contacts utiles

[00:45:15] Olivier Mangeren: Et tu parlais des ressources justement ici à Bruxelles. Quelles sont les différentes ressources que tu pourrais mentionner?

[00:45:20] Vincent Goetry: Il y a un site internet qui est très, très bien fait, qui s’appelle Chemsex point be, sur lequel on trouve toutes les interactions entre les drogues. Mais il y a aussi une section très intéressante qui s’appelle faire le point. Où, justement, quand on a une consommation problématique, il y a des conseils sur comment retrouver une sexualité sans chems pour ceux qui l’ont connu, arrêter les produits, etc. Il y a la ligne WhatsApp d’Exæquo, « Let’s Talk about ChemSex », qui est destinée à soutenir, écouter et informer les personnes qui ont une consommation problématique. Il y a le groupe de parole hebdomadaire à Exæquo tous les jeudis soir à 19h au 22 rue des Carmes, à 1000 Bruxelles. Il y a la Max aussi qu’on peut contacter. Je peux peut-être juste donner, si je peux, le numéro de la ligne WhatsApp Chemsex: c’est le 0456 351544.

[00:46:06] Olivier Mangeren: Comme c’est en Belgique c’est le plus 32 comme préfixe.

[00:46:09] Vincent Goetry: Oui, plus 32. Pardon pour la Belgique, oui.

Chemsex : consommation libre et nuance face à la criminalité

[00:46:11] Olivier Mangeren: Merci Vincent. Ce qui est riche, c’est qu’on descend dans le côté humain, et il y a tellement de cas de figures et de gens que tu connais, c’est là que le cœur vibre, le cœur bat à cet endroit-là, et c’est là qu’il faut pouvoir être attentif. Que dire en, simplifier les choses, stigmatiser ou être dans la peur totale de « Ah c’est dangereux, c’est mauvais, il ne faut surtout pas » (Vincent Goetry: Oui), voilà, ce qui est, est. Et on n’est pas non plus en train de faire l’apologie des drogues.

[00:46:33] Vincent Goetry: Non, pas du tout.

[00:46:34] Olivier Mangeren: Tout ce qui est production, dealer ou autre, évidemment c’est pénalisable.

[00:46:38] Vincent Goetry: Oui, tout à fait c’est pour ça que…

[00:46:38] Olivier Mangeren: Et ça criminel, parce que ça crée des dégâts énormes.

[00:46:41] Vincent Goetry: C’est pour ça que je parlais de la décriminalisation de la consommation des drogues, ça c’est une liberté qui n’est pas un crime, au même titre que un viol, ou un meurtre, ou… Voilà. Et pourtant ils sont enfermés dans les mêmes prisons.

[00:46:52] Olivier Mangeren: Parce que face à des difficultés, à moins qu’on ait découvert ça un peu par hasard, mais ça peut être aussi parfois, c’est comme si on avait pris un médicament ultra trop puissant, dont on ne peut plus se passer quoi.

[00:47:00] Vincent Goetry: Exactement.

Chemsex : le symptôme, la cause et l’approche thérapeutique

[00:47:01] Olivier Mangeren: Quand on sait qu’une quantité colossale de personnes aujourd’hui en Europe est sous antidépresseurs (Vincent Goetry: Oui), on ne peut pas fermer les yeux sur le fait que, ben si on prend du chemsex, et ben en fait, on trouve comme une potion magique qui fonctionne presque trop bien.

[00:47:13] Vincent Goetry: Alors là, je peux pas m’empêcher de lire encore une phrase c’est que, en fait, dans le domaine de la psychologie, on considère que la consommation d’une substance, quelle qu’elle soit, est un symptôme qui cache une cause. Ça ne sert à rien de travailler sur le symptôme, ça ne sert à rien d’interdire le symptôme parce qu’il va se manifester. Donc la criminalisation, ça ne sert à rien. Par contre, si on arrive à travailler sur la cause de symptômes il disparaît spontanément, la dépression, l’usage d’une substance, voilà.

Parcours de l’expert

[00:47:37] Olivier Mangeren: Merci en tout cas Vincent pour ce partage vraiment authentique. Un peu comme à la fois un professionnel, quelqu’un d’expérimenté, qui est humain, qui est à l’écoute, qui est à la fois comme un ami ou un voisin, ou bien un professionnel qui connaît très bien son sujet. Parce tu donnes aussi des formations, tu fais des moments de sensibilisation tout ça donc…

[00:47:54] Vincent Goetry: Des conférences sur les chemsex, oui.

[00:47:55] Olivier Mangeren: Des conférences, c’est ça. Et donc tu es venu un peu avec toutes ces casquettes, c’est fabuleux, tu as à la fois la casquette de l’humain, de la personne académique et ainsi de suite. D’ailleurs tu fais un doctorat hein?

[00:48:04] Vincent Goetry: Là je suis au stade du post-master et de la clinique, mais c’est vrai que mon doctorat m’a quand même amené à avoir une approche analytique, pas psychanalytique mais analytique. Et quand j’ai des chemsexeurs en thérapie, c’est vraiment l’idée, c’est d’analyser la fonction du chemsex pour la personne. Et si cette fonction est problématique, la déconstruire un petit peu et pouvoir trouver des alternatives, d’autres possibles pour arriver au même résultat sans devoir passer par les chems.

Accompagner plutôt que punir : le message final

[00:48:27] Olivier Mangeren: En tout cas je te félicite parce que, c’est passionnant de voir que tu as plusieurs diplômes, plusieurs démarches, un doctorat et autres. On voit ta démarche d’analyse, de compréhension et de t’enrichir en fait de plus en plus, de comment être efficace sur le terrain, sur les thématiques qui te tiennent à cœur, dont le chemsex. Et ça, avoir un profil aussi large que le tien c’est… Parce que tu n’es pas tout jeune non plus, j’imagine hein? T’as pas 20 ans.

[00:48:46] Vincent Goetry: J’ai 51 ans.

[00:48:47] Olivier Mangeren: Voilà, donc il y a vraiment tout un recul. J’espère que ce podcast aura fait du bien aux gens qui écoutent, qu’ils soient chemsexeurs ou pas (Vincent Goetry: Oui). Qui connaissent des gens chemsexeurs ou pas, parce que ça c’est encore plus important, d’accompagner l’entourage. Qui se sent parfois démuni, qui ne comprend pas du tout le sujet. Et puis aussi ben peut-être les gens qui découvrent, mais d’une autre manière que d’une manière un peu trop froide.

[00:49:06] Vincent Goetry: Oui, oui, le take home message c’est vraiment, je vais le dire en anglais puis en français. C’est « Support dont Punish », qui est d’ailleurs un mouvement pour la décriminalisation des drogues, c’est-à-dire accompagner plutôt que de punir.

Gratitude de Vincent

[00:49:18] Olivier Mangeren: Merci beaucoup. Et on termine toujours avec une gratitude, comme un rituel en fait, de dire merci à quelqu’un.

[00:49:24] Vincent Goetry: Alors moi je te dis merci Olivier, pour m’avoir permis de venir parler de ce sujet, qui me tient effectivement à cœur pour des raisons à la fois académiques et expérientielles puisque j’ai eu une consommation problématique et j’ai dû passer par des longues cures, etc pour pouvoir m’en sortir. Ça a été vraiment compliqué. Et je te remercie, comme je le disais au début, de m’avoir permis de pouvoir, j’espère, lever les tabous sur ces pratiques qui concernent quand même deux sujets tabous: le sexe et la drogue quoi. Et c’est vrai que oser diffuser des podcasts qui parlent de sujets sensibles comme cela, ça mérite beaucoup de remerciements. Donc merci à toi.

Clôture du chemsex podcast

[00:49:58] Olivier Mangeren: Merci Vincent. Et comme tu disais, tu es le bienvenu pour refaire un podcast quand tu veux, même avec quelqu’un qui veut témoigner, qui fait partie de tes cercles de parole ou autre. Parce que c’est vrai que ce sont des expériences traumatisantes (Vincent Goetry: Bien sûr), parfois honteuses, culpabilisantes et parfois, le fait de témoigner, ben en fait on fait un peu la paix avec soi mais on sait qu’on est utile aux autres parce qu’on va tendre la main, en étant vrai et authentique. Témoigner parfois ça relâche tellement un traumatisme.

[00:50:20] Vincent Goetry: C’est exactement la visée de la pair-aidance en fait. Parce que mes années de chemsex, qui étaient une source de honte que je devais cacher, sont devenues une source de connaissance, en tant que pair aidant. Donc, j’ai mis mes connaissances du chemsex au service de mes pairs qui s’en sortent pas. Et donc ce qui était quelque chose de honteux est devenu quelque chose, une expérience de vie qui est une source de connaissances. Et c’est pour ça qu’on va me chercher, c’est parce que j’ai de l’expérience du chemsex moi-même.

[00:50:43] Olivier Mangeren: Et comme souvent dans ce qui touche à l’intimité, sexualité, c’est des compétences transversales, ça touche à ce milieu-là. Mais toi, en tant qu’humain, dans les relations, en général, en tant que capable d’écouter des témoignages, on sait que ça nourrit ça en fait hein? C’est certes ça touche à la sexualité et au chemsex, mais en fait, il n’y a pas de frontière en fait, aux compétences que tu as pu développer. Et on le sent, en ta présence on sent que, en tout cas pour les gens qui auraient peur, osez contacter le numéro WhatsApp (Vincent Goetry: Oui), restez pas seul sur la ligne oui, d’Exæquo. Merci beaucoup.

[00:51:10] Vincent Goetry: Merci à toi.

[00:51:11] Jingle Outro: « Entr’nous ». « Entr’Nous », le podcast pour parler de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.

Le podcast « Chemsex Podcast » :

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