Masculinisme, quels impacts sur la sexualité ? – Fanny Galodé – Entr’Nous – #079
Masculinisme, quels impacts sur la sexualité ? – Fanny Galodé
Et si le masculinisme avait aussi des répercussions dans l’intimité ?
« J’ai été invitée par Olivier Mageren à venir parler du masculinisme et de ses répercussions, notamment à travers mon étude de recherche sur la sexualité des couples hétérosexuels en lien avec la montée des mouvements masculinistes.
Dans cet épisode, j’explique ce qu’est le masculinisme, comment certains de ses discours peuvent s’inscrire dans les représentations et les expériences des hommes, et ce que cela peut produire dans la vie intime et sexuelle des couples.
Nous discutons des influences des réseaux sociaux, de la recherche d’identité chez les jeunes, en cherchant notamment à comprendre le vécu du masculinisme, son rapport à la sexualité, à la séduction et à la manière dont ces phénomènes peuvent se manifester dans les relations.
Cet épisode est aussi l’occasion de faire de la prévention, de déconstruire certaines idées reçues et surtout d’ouvrir un espace de réflexion et d’écoute autour de ces questions. Le masculinisme arrive en force sur les réseaux sociaux, ce mouvement prend des proportions inquiétantes. On vous invite à découvrir une papote sur le sujet dans ce nouvel épisode. Le podcast s’adresse à tout le monde, aux jeunes, aux parents, aux adultes, aux professionnel·les, aux curieux·ses… »
Si certains sujets résonnent avec vous, Fanny propose son écoute et son accompagnement pour poursuivre la réflexion et en parler avec vous.
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Lien bonus :
- Les hommes et le masculinisme – Quarré et Corbineau – 2025 – OpinionWay pour Sidaction
L’épisode « Masculinisme, quels impacts sur la sexualité ? – Fanny Galodé » via notre chaîne Youtube :
Séquençage du podcast Masculinisme, quels impacts sur la sexualité ? – Fanny Galodé :
- [00:00:20] Introduction au masculinisme et présentation de l’épisode
- [00:00:52] Présentation de Fanny Galodé, psycho-sexologue
- [00:01:10] Prévenir et comprendre la progression du masculinisme
- [00:02:07] La sexualité comme partage et vibration
- [00:03:02] Qu’est-ce qui marque lorsqu’on étudie le masculinisme ?
- [00:03:23] À l’écoute des adolescents et jeunes hommes
- [00:05:36] Qu’est-ce que le masculinisme ?
- [00:06:19] Masculinisme, identité masculine et vulnérabilité
- [00:06:48] Adolescence, construction identitaire et réseaux sociaux
- [00:09:51] Sensibilité, écoute et curiosité face aux modèles de masculinité
- [00:09:57] Comment les femmes réagissent-elles aux discours masculinistes ?
- [00:10:12] Femmes masculinistes, « trad wives » et limites des connaissances
- [00:11:43] Que disent les études sur le masculinisme et la sexualité ?
- [00:12:01] Sexologie, masculinisme et comportements sexuels des jeunes hommes
- [00:12:59] Préservatif, grossesse et conséquences des comportements sexuels
- [00:13:55] Pourquoi continuer à documenter le masculinisme aujourd’hui ?
- [00:14:28] Des ressources pour les professionnels qui accompagnent les jeunes
- [00:16:26] Le retour en force de certains discours machistes
- [00:16:52] Réseaux sociaux, IA et exposition des jeunes aux discours masculinistes
- [00:17:50] Comment les algorithmes amplifient les contenus masculinistes
- [00:18:16] Peut-on être exposé au masculinisme sans le rechercher ?
- [00:18:23] Des conseils de vie aux contenus masculinistes : comment l’exposition commence
- [00:19:36] Ce que les parents ne voient pas toujours de la vie des adolescents
- [00:20:24] À l’école et à la maison : deux visages de l’adolescence
- [00:20:29] Puberté, amour, sexualité et besoin de comprendre
- [00:20:54] Quel regard sexologique porter sur le masculinisme ?
- [00:21:45] Sexualité : un fossé entre hommes et femmes ?
- [00:22:33] Quand les discours masculinistes réduisent les femmes à un modèle unique
- [00:23:05] Objectification des femmes et stéréotypes masculinistes
- [00:23:56] Quand les modèles masculinistes éloignent de soi et de l’autre
- [00:24:42] « Suis-je un incel ? » : derrière l’étiquette, une question identitaire
- [00:26:41] Oser parler de sa vulnérabilité
- [00:27:10] Identité, orientation et changement : accepter de se questionner
- [00:28:38] Quels conseils donner aux parents ?
- [00:28:52] Parler réellement de santé mentale avec les jeunes
- [00:29:28] Quand la réponse d’un enfant renvoie le parent à lui-même
- [00:30:03] Éducateurs, enseignants et psychologues : créer des espaces de parole
- [00:30:50] À 13 ans : masculinisme, souffrance et pensées suicidaires
- [00:31:28] Écouter les hommes derrière la carapace et la virilité
- [00:31:55] Violence, souffrance psychique et vulnérabilités sous-jacentes
- [00:32:39] Que peut révéler le masculinisme chez les jeunes ?
- [00:33:04] Parler du masculinisme dans les cours d’EVRAS
- [00:33:22] Pourquoi les discours masculinistes peuvent-ils être séduisants ?
- [00:33:38] Du masculinisme chez les jeunes à son influence chez les adultes
- [00:34:02] Comment le masculinisme peut influencer la sexualité des hommes adultes
- [00:35:06] Pour comprendre les femmes, pourquoi demander aux hommes ?
- [00:35:27] Appartenance au groupe et recherche de repères masculins
- [00:35:59] Parler directement aux femmes plutôt que fantasmer « la femme »
- [00:36:27] Idéalisation, peur du féminin et objectification
- [00:36:55] Masculinisme, féminisme et patriarcat : lecture d’un texte pour conclure
- [00:37:58] Gratitude et conclusion avec Fanny Galodé
- [00:38:39] Les coulisses d’Entr’Nous et de la production du podcast
- [00:40:24] Clôture du podcast
La transcription du podcast Masculinisme, quels impacts sur la sexualité ? – Fanny Galodé :
[00:00:00] Jingle Intro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.
Introduction au masculinisme et présentation de l’épisode
[00:00:20] Olivier Mageren: Bonjour, bienvenue dans ce 79? épisode du podcast « Entr’Nous », le podcast du « Love Health Center », une association localisée à Bruxelles mais récemment aussi à Wavre, donc dans le Brabant wallon, c’est autour de Bruxelles, qui est dédié au bien-être, à la relation, à la sexualité. Mais tout autant pour le particulier que les professionnels, en individuel, en couple ou en groupe. Donc voilà, nos services sont assez larges, on est très créatifs. Et aujourd’hui on dédie le podcast au masculinisme, et j’ai la chance d’inviter Fanny au micro, bonjour Fanny
[00:00:49] Fanny Galodé: Bonjour Olivier, bonjour à tous.
Présentation de Fanny Galodé, psycho-sexologue
[00:00:52] Olivier Mageren: Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots, histoire d’imaginer un petit peu qui tu es?
[00:00:56] Fanny Galodé: Bien sûr, je suis psycho-sexologue, engagée, inclusive, pleine de créativité.
[00:01:01] Olivier Mageren: Et donc je t’invite pour parler du masculinisme, parce qu’en fait tu as dédié du temps et un travail à ce sujet. Donc tu l’as creusé pendant un certain temps d’ailleurs
Prévenir et comprendre la progression du masculinisme
[00:01:10] Fanny Galodé: C’est ça.
[00:01:10] Olivier Mageren: Fraîchement et récemment, c’est un sujet de passion, tu regorge voilà, d’informations sur le sujet. Comme c’est un sujet émergeant, assez émergent en fait dans la société actuelle, en tout cas on en entend parler à nouveau. Je trouve ça fabuleux que tu acceptes de nous partager aux parents qui nous écoutent, aux éducateurs, enfin voilà des gens qui s’intéressent au sujet, d’en savoir plus. Est-ce que tu pourrais présenter un peu ton intention, ici et maintenant, du fait d’être présent à enregistrer un podcast ensemble? Et c’est d’ailleurs ton premier podcast. Merci à toi d’oser.
[00:01:37] Fanny Galodé: Merci pour l’invitation. Je dirais que mon intention, c’est déjà un aspect préventif puisque c’est important pour moi d’en parler, donc que ça soit pour les jeunes concernés, mais aussi pour les parents. Et les personnes qui sont sur les réseaux sociaux et qui ne comprennent pas vraiment ce qui se passe en ce moment. J’ai aussi l’envie d’ouvrir un sujet, mon sujet de recherche c’était de comprendre un peu la sexualité des hommes hétéros due au mouvement, au banalisation, à la progression masculiniste, et voir ce qui s’en suit dans la vie intime, relationnelle et affective en fait
La sexualité comme partage et vibration
[00:02:07] Olivier Mageren: Ouais, comme tu dis, on parle du masculinisme mais c’est vaste et c’est surtout des masculinistes (Fanny Galodé: Ouais) aussi qu’on observe de manière concrète. Des propos, des écrits ou des tendances d’influence entre des hommes, donc on va développer un peu tout ça. Et avant de rentrer dans le sujet, c’est un peu notre rituel, après les intentions, de nous dire en quelques mots c’est quoi la sexualité pour toi?
[00:02:27] Fanny Galodé: Pour moi la sexualité c’est tout de suite le mot partage, vibration. Ouais c’est ça, pour moi c’est une vibration la sexualité, c’est… Rire – C’est magique!
[00:02:36] Olivier Mageren: Et on sait quelle est la force de la musique sur le corps humain, le mental. Quand on dit vibration, tout de suite on imagine tout ce que ça représente dans l’interaction entre deux personnes. C’est beau comme image qui est pour moi très puissante, merci. Ah si on pouvait dire ça aux jeunes, hein? – Rire – Sortir des tabous et dire « C’est quoi la sexualité? », « C’est une vibration. Vas-y, goûte, danse, chante, partage »
[00:02:58] Fanny Galodé: Et je suis là pour ça, c’est mon travail.
Qu’est-ce qui marque lorsqu’on étudie le masculinisme ?
[00:03:02] Olivier Mageren: Oui d’ailleurs je te souhaite une très belle carrière de sexologue, et pas que : parce que je sais que tu as plusieurs rêves, et que la sexologie n’est qu’une de tes facettes. Tu es quelqu’un de très surprenant, très jeune et en même temps avec tellement de choses déjà à ton actif, c’est impressionnant. Comme première question, qu’est-ce qui t’a vraiment marqué durant ton travail sur le masculinisme?
À l’écoute des adolescents et jeunes hommes
[00:03:23] Fanny Galodé: Waouh! Quelle question vaste! J’ai beaucoup de réponses à cette question. Je dirais les échanges que j’ai pu avoir avec certains jeunes hommes, adolescents, voire même préadolescents. Quand je me suis intéressé au sujet, j’ai voulu échanger directement avec eux pour mieux comprendre, puisqu’en fait je suis une femme, qui suis-je pour savoir ce que ces personnes ressentent? Donc ça passait par des groupes sur internet, pas forcément si caché que ça en fait, on a facilement accès. Et c’était des hommes qui, enfin des jeunes, je ne peux même pas dire des hommes, ils avaient treize ans pour la plupart, qui se sentaient vraiment mal du fait de ne pas avoir de… D’avoir de relation avec une fille de son âge, de ne pas avoir d’attirance, enfin de ne pas… Que les filles ne soient pas attirées par lui, jusqu’à penser au suicide en fait. Et ça, c’était vraiment très, très, poignant pour moi. L’autre chose qui m’a vraiment marquée c’est les discours des « pick up artists » qu’on appelle. Des hommes pour la plupart, qui vont créer du contenu sur les réseaux sociaux pour faire le buzz, pour donner des conseils, ça passe par la musculation, le lifestyle. Jusqu’aux dérives de la haine des femmes, la misogynie, le sexisme, etc. Et parfois même à amener à l’encouragement d’un passage à l’acte de violence. Donc ouais tout ça, ça m’a beaucoup remuée, j’en ai vu de toutes les couleurs.
[00:04:42] Olivier Mageren: J’imagine à quel point ça doit être impactant de creuser un sujet qui est quand même, enfin voilà, quand on découvre le masculinisme on dit « Waouh, ça fait quand même des frissons », on se dit « Waouh, qu’est-ce que c’est que ce mouvement en fait? ». On pourrait d’ailleurs le définir hein, si tu peux en parler. Et puis tu te rends compte que c’est à la fois des histoires individuelles assez poignantes, mais aussi des propos vers les autres qui sont tout aussi interpellant. Et c’est vrai que c’est chouette, s’il y a des parents qui nous écoutent, parce qu’en fait, que notre enfant soit fille ou garçon, peu importe, ils vont être potentiellement exposés à ça sur les réseaux sociaux, dans leurs pensées et comment ils vont se positionner. Est-ce que, voilà les ados n’osent toujours parfois pas parler aux parents. Donc c’est vrai qu’ils gardent ça peut-être pour eux, mais ils sont quand même baigné là-dedans, il ne faut pas être naïf. Comme ils sont exposés très jeunes à la pornographie, à onze ans on sait que la plupart des enfants ont déjà vu du porno donc, le Masculinisme fait partie un peu de tout ça, et d’être vigilant. Peut-être ça t’irait de nous expliquer, avec tes mots, quelqu’un qui ne connaît pas du tout le masculinisme, qu’est-ce que ça représente?
Qu’est-ce que le masculinisme ?
[00:05:36] Fanny Galodé: Ouais, carrément. Le masculinisme c’est un mouvement, de plusieurs groupes d’hommes hein, je ne veux pas parler d’un groupe homogène et il en existe vraiment plusieurs, avec leur propre idéologie, leur propre pensée. Leur identité commune c’est la misogynie et le sexisme, la violence. C’est un mouvement réactionnaire des avancées modernes, notamment les communautés LGBTQIA+, les droits des femmes. Tout ça c’est, pour eux, une menace, comme si les femmes prenaient la place des hommes aujourd’hui dans la société, dans les foyers, dans… Partout, et la sexualité. Parce qu’aujourd’hui, les femmes elles ont le droit d’avoir une contraception, elles ont le droit de dire ce qu’elles ont besoin comme sexualité. C’est un peu une blessure narcissique, je dirais.
Masculinisme, identité masculine et vulnérabilité
[00:06:19] Olivier Mageren: Un mouvement réactionnaire qui touche un peu à l’identité qui s’imagine être en tant qu’hommes, qui est sur la défense donc qui dit défense dit souvent peur de vulnérabilité, attaque ou agression éventuellement. Quand on se sent en danger dans son identité. Ce n’est pas rien de toucher à comment on se sent, parce que c’est vrai que quand on grandit ado, quoi qu’il arrive, on s’imagine appartenir à : soit en tant qu’être humain, soit à un groupe, soit au milieu des hommes et de se créer un nouvel imaginaire finalement.
Adolescence, construction identitaire et réseaux sociaux
[00:06:48] Fanny Galodé: Et bien justement, la période de l’adolescence je trouve que c’est la période la plus fertile à se poser la question de « Ok qui suis-je? Qui j’ai envie d’être, à qui je m’identifie? ». Et il y a plein de remaniements identitaires à cette période-là. Avec l’outil des réseaux sociaux, ben c’est facile d’avoir accès, il y a des études là-dessus justement qui en parlent comme quoi l’algorithme amène un jeune garçon à avoir en quelques minutes du contenu masculiniste sur son feed. Ça questionne quand même. Quand toi-même en tant que petit garçon, tu te dis « Ok, bah qui suis-je? », tu tombes sur une vidéo, voilà si tu es viril, si tu es comme ça, tu vas te sentir bien, moi je vais te montrer. Et il y a des formations payantes, etc. mais il y a quand même beaucoup d’accès gratuit avec des discours très misogynes et… Ouais, qui peuvent pousser aussi dans des dérives, on appelle ça le looksmaxxing, donc c’est une maximisation de l’apparence. Ce qui est encouragé c’est d’avoir une mâchoire carrée donc, comment avoir une mâchoire carrée? Donc ça peut être tout simple, ça peut être mâcher un chewing-gum pour avoir la mâchoire plus carrée puisque c’est dit viril, mais ça peut être aussi se mettre des coups de marteau, faire de la chirurgie, enfin ça devient quelque chose de plus poussé. Et aussi dans l’alimentation, il va y avoir des vidéos qui vont dire « Ok, si tu manges que des œufs, si tu manges de la viande crue, si… » Enfin ça devient un peu de la malnutrition et ouais, des dérives alimentaires aussi.
[00:08:08] Olivier Mageren: Ouais on peut imaginer à quel point les réseaux sociaux peuvent être une caisse de résonance pour des discours qui sont parfois publiquement, dans la vie réelle, pas vraiment visibles. Et le jeune peut croire, du fait que les réseaux sociaux l’exposent à beaucoup de choses, qu’en fait beaucoup de gens pensent ça. Éventuellement ou avec des affirmations fortes et simplistes, qui rassurent ou qui donnent la confiance que « Ah ouais s’il le dit avec une telle intensité, peut-être (Fanny Galodé: C’est ça) que… Ça percute d’autant plus l’esprit du jeune qui se dit « Waouh, s’il le dit, il a l’air tellement sûr de lui, ça doit être vrai quoi peut-être », il y a certainement cette (Fanny Galodé: Ben…), ce sentiment.
[00:08:38] Fanny Galodé: Ouais. Je ne veux pas envie de vous inviter à regarder ce genre de contenu mais c’est vrai que, on a presque envie de se laisser prendre dans les filets puisque… Bon, leurs études, j’ai recherché hein! Elles n’existent pas ou alors c’est vraiment des propos infondés mais, quand tu entends tout ça, que tu es jeune, que tu n’as pas la pensée critique, bah ouais, tu peux vraiment tomber dans ce discours et te dire « Ben en fait, j’ai envie d’appartenir à ce groupe, à cet homme », je ne sais pas, à n’importe quel influenceur et te dire « Ouais », enfin c’est important d’avoir un objet d’identification quand tu es jeune. Puis ils sont dynamiques, ils montrent du… Ça peut passer par autre chose que des discours horribles, ça peut être juste du sport. Je ne dis pas qu’il ne faut pas regarder du contenu sportif. L’idée c’est que, pour être utile dans la société, pour plaire aux femmes, enfin pour eux c’est l’objectif de vie, il faut être le plus : le plus musclé, le plus séducteur, le plus rusé surtout pour avoir les femmes. C’est pas simple, c’est pas léger comme échange, je trouve ça dingue mais, ouais c’est, c’est vouloir maximiser le plus possible son apparence surtout, plutôt que de son intelligence, ses capacités autre que séducteur. Enfin c’est vraiment centré sur la séduction.
Sensibilité, écoute et curiosité face aux modèles de masculinité
[00:09:51] Olivier Mageren: Ou même sa sensibilité, l’écoute ou la curiosité quoi.
[00:09:54] Fanny Galodé: Ah non, ça n’existe pas.
Comment les femmes réagissent-elles aux discours masculinistes ?
[00:09:57] Olivier Mageren: Michel me souffle une question à l’oreille en disant « Tiens, comment les femmes réagissent à ce genre de contenu? Est-ce qu’elles sont dupes aussi pour tomber peut-être dans le filet, comme tu disais, ou est-ce que ça les horripile et qu’elles voient très vite très clair et autrement? ». Comment tu vois les choses par rapport à ça?
Femmes masculinistes, « trad wives » et limites des connaissances
[00:10:12] Fanny Galodé: C’est une très bonne question. Je n’ai pas étudié les femmes masculinistes, parce qu’il en existe. J’ai vu quelques vidéos mais je ne pourrais pas en parler aussi bien que pour les hommes. On parle aussi de trade wife, donc les femmes traditionnelles. Je n’ai pas envie d’étendre le sujet là-dessus puisque je n’ai pas assez de retour. Par contre, ce qui est récemment arrivé sur les réseaux sociaux, c’est un masculiniste qui venait des États-Unis, qui a voulu tester son attraction en France. C’est-à-dire « OK, ben moi je suis, j’ai trop de succès en Amérique. Je vais essayer à Paris », et c’était hilarant parce que c’était en live, donc il n’a pas pu couper les vidéos. Et les Parisiennes étaient en mode « Mais qu’est-ce qu’il fait? » – Rires – « Ça ne m’intéresse pas du tout, enfin il est gênant. Enfin, qu’est-ce qu’il fait? ». Je ne sais pas si ça marche vraiment cette technique, au final, ça ne doit pas rendre heureux très longtemps. S’il y a un truc qui est pertinent aussi, c’est que les personnes qui commencent à suivre les conseils masculinistes sur les réseaux sociaux, ils se rendent bien compte que ça n’aide pas, qu’ils ne vont pas avoir plus de femmes avec eux dans leur lit, enfin vraiment! Et du coup les influenceurs qui vendent leurs formations masculinistes vont encourager à faire encore plus à la personne qui est en demande de devenir un homme plus viril, et plus séducteur. Donc aller plus loin, c’est aussi le passage à l’acte, puisqu’il y a aussi aujourd’hui du terrorisme masculiniste. On ne parle plus de petits jeunes dans leur chambre, derrière un ordinateur, on parle vraiment de terrorisme. Ouais, les dernières études, françaises en tout cas, parlent d’un vrai danger.
Que disent les études sur le masculinisme et la sexualité ?
[00:11:43] Olivier Mageren: Tu parles justement d’études. Toi, tu as fait ton travail de fin d’études en sexologie sur le sujet, donc tu as cherché les publications qui existent, les articles scientifiques. Tu peux nous en parler un peu ce chemin, ce que tu as trouvé, ce qui existe, où est-ce qu’on en est actuellement? Dans le domaine qui touche à la fois à la psychologie et la sociologie et à la sexologie finalement?
Sexologie, masculinisme et comportements sexuels des jeunes hommes
[00:12:01] Fanny Galodé: Oui bien sûr. j’ai un peu galéré à trouver le lien entre sexologie et masculinisme. Il y a beaucoup d’études sociologiques, politiques qui sont très intéressantes, et effrayantes à la fois. Mais pendant que je rédigeais justement cette étude, il y a une étude qui est tombée du ciel, qui s’appelle OpinionWay pour Sidaction, qui est sortie en décembre 2025, qui est une étude sur les Français. Les jeunes garçons et les chiffres sont affolants, je vous invite à aller voir cette étude, elle a beaucoup fait parler sur les réseaux sociaux. En fait, il y a un retour un petit peu de l’usage du préservatif par exemple, comme quoi ça a déviriliserait les hommes. Dans cette étude justement, il y a un homme sur quatre qui répondait qu’il se sent plus puissant s’il n’utilise pas de préservatif. Et bah, toi même tu le sais en tant que sexologue, l’importance du préservatif, notamment chez les jeunes qui ont encore peu d’expérience et peu de connaissance avec leur corps, la sexualité, etc.
Préservatif, grossesse et conséquences des comportements sexuels
[00:12:59] Olivier Mageren: Ouais, d’autant plus que, après il y a des risques de grossesse. Enfin, pas le d’MST souvent, mais de grossesse et d’avortements potentiels, enfin tout ce qui se passe derrière. Les jeunes connaissent tellement peu la fertilité. On s’en rend compte aussi en tant que sexologue, que quand on a du retour du terrain, on se dit « Waouh, attends, à quoi vous jouez là en fait? Est-ce que vous comprenez vraiment l’impact de vos actes sur les conséquences que ça peut avoir quoi? ». Il y a vraiment une simplification du discours, focalisé uniquement sur un point de vue, un intérêt de croire à leur force masculine en oubliant la relation et les impacts que ça a derrière, c’est surprenant hein!
[00:13:31] Fanny Galodé: Petit moment sexo, utilisez le préservatif. Parce qu’en plus un homme est fertile ben tout le temps, il n’y a pas de cycles ou il est infertile donc vraiment utilisez la contraception. Et pour rester sur ce sujet, il y a 25 % des hommes qui estiment que les femmes doivent respecter leur choix de ne pas apporter de préservatifs parce que ça serait un affaiblissement pour eux de leur personne.
Pourquoi continuer à documenter le masculinisme aujourd’hui ?
[00:13:55] Olivier Mageren: Donc à la fois tu dis que c’est un sujet qui est déjà très documenté mais dont, comment en fait la société est en renouvellement permanente, un peu comme les cellules du corps humain qui se renouvellent tout le temps hein, le cartilage tous les six mois se renouvelle, on ne s’en rend pas compte mais la société c’est la même chose, et donc il faut toujours mettre à jour qu’est-ce qui est en train de se passer sous nos yeux, qu’on voit peut être pas, avec la jeunesse actuelle? On ne peut pas la regarder avec les lunettes d’il y a 30 ans, on doit vraiment dire « Waouh! Aujourd’hui à quoi ils sont exposés? Et donc on mettra aussi les liens des articles dans l’article ».
[00:14:23] Fanny Galodé: Ouais, carrément, il y a besoin. Je vous invite à lire tout ça pour mieux comprendre aussi ce qui s’y passe.
Des ressources pour les professionnels qui accompagnent les jeunes
[00:14:28] Olivier Mageren: Il y a aussi des professionnels certainement qui vont nous écouter et qui travaillent avec la jeunesse et qui seront intéressés d’en savoir plus. Donc, si on veut leur donner des pistes pour creuser le sujet et comprendre par eux même, ça serait vraiment chouette.
[00:14:39] Fanny Galodé: Oui carrément! Et puis ne pas hésiter aussi à me contacter, enfin je suis vraiment libre d’en discuter.
[00:14:43] Olivier Mageren: Oh merci Fanny, c’est super gentil! C’est vrai que des personnes qui creusent et qui deviennent un peu spécialistes du sujet, il y en a peut-être pas tant que ça non plus donc c’est gentil de te proposer aussi. Aussi, quels sont d’après toi les profils des jeunes qui seraient les plus sensibles? Parce que le risque zéro n’existe pas non plus. Comment tu peux ré éclairer les parents, par rapport à ce que tu as compris des jeunes les plus exposés à cette difficulté, éventuellement?
[00:15:06] Fanny Galodé: C’est une très belle question et je trouve ça important d’y répondre justement, il n’y a pas de profil type, je dirais, c’est une discussion que j’ai pu approfondir avec un psychologue, justement, qui rencontre des jeunes radicalisés, que ce soit le début de la radicalisation ou la fin, c’est-à-dire passage à l’acte. Souvent, ça va être un jeune homme qui peut être harcelé à l’école, ça peut être souvent des insultes sur le corps, juste un jeune homme en recherche d’identité ou une éducation. Son importance à l’ado est d’être attaché à des résultats scolaires où on ne fait pas attention à sa santé mentale, un peu d’isolement. Mais en fait, enfin un jeune que ce soit fille ou garçon, à l’adolescence il y a beaucoup de jeunes qui se sentent un peu isolés, incompris. Il suffit juste d’une vidéo sur les réseaux sociaux finalement. Donc si je peux faire une petite parenthèse prévention, discutez-en juste avec les ados quoi. Voilà, le masculinisme c’est ça, est-ce que tu as déjà vu quelque chose passer sur les réseaux? Est-ce que ça te parle? Est-ce que vous en parlez dans la cour? Parce que j’ai travaillé avec des jeunes aussi et il y a vraiment une régression je trouve, sur l’égalité hommes-femmes, dans les discours en tout cas, parce qu’ils sont encore dans la cour d’école mais… Ouais, ça fait peur. « Si tu ne sors pas le premier de la classe, bah t’es gay », comme si c’était une insulte tu vois, « Ah t’es une petite femmelette ». Enfin c’est des, je pense que c’est pas nouveau ça, mais il y a vraiment un peu un machisme qui revient quand même.
[00:16:24] Olivier Mageren: Et qui revient en force.
Le retour en force de certains discours machistes
[00:16:26] Fanny Galodé: Ouais et qui revient en force. Et en fait il a toujours existé, en Occident je parle bien sûr, pour la globalité de tout ce que j’ai dit je parle qu’en Occident puisque je n’ai pas l’expérience du monde entier, pas encore. Et oui, c’est accentué, surtout aujourd’hui, parce qu’il y a les réseaux sociaux et des personnes qui s’en servent très bien, qui ont vraiment des capacités d’élocution, de montage vidéo. Enfin c’est vraiment très (Olivier Mageren: Ouais), on y croit à leur discours, c’est très bien fait.
Réseaux sociaux, IA et exposition des jeunes aux discours masculinistes
[00:16:52] Olivier Mageren: Ouais. Et surtout qu’il y a beaucoup de vidéos virales qui le sont d’autant plus et qui sont amplifiées par l’IA ou autre. Ou en plus l’IA traduire instantanément peut-être quelqu’un qui parle anglais, et finalement le jeune il entend le français, et il est même exposé finalement à tout ce qui se passe au Texas par exemple. Parce que finalement l’IA va traduire en automatique et les algorithmes vont favoriser les buzz, la diffusion. Et ces gens-là ont une communauté, donc ils sont payés aussi, ils reçoivent souvent des plateformes peut-être des avantages d’avoir des vidéos virales. Et tu pourrais nous, parce que pour que les parents ne soient pas naïfs aussi, nous expliquer un peu ce que tu as découvert et compris par rapport aux risques et à l’exposition des jeunes sur les réseaux sociaux, par rapport aux discours masculinistes. Parce que nous en tant qu’adultes, comme les algorithmes nous comprennent, enfin voilà nous analysent. Voilà, moi je suis un blanc cisgenre, bientôt 46 ans, ben voilà deux enfants, je vais recevoir du contenu différent. On ne peut pas, nous, imaginer ce que à quoi est exposé un jeune puisqu’on n’a pas le même profil. Donc on ne reçoit pas le même résultat de l’algorithme. Qu’est-ce que tu as appris de l’algorithme et comment les jeunes sont exposés?
Comment les algorithmes amplifient les contenus masculinistes
[00:17:50] Fanny Galodé: C’est tout l’enjeu de l’algorithme. Les études que j’ai trouvé, c’est quand tu crées un profil de jeune garçon, tu vas forcément être exposé à ce contenu. Et il suffit de regarder une seule pour après en tomber sur plusieurs, et c’est un engrenage, c’est pas…. Par exemple, tu peux regarder une recette de cookies sur je ne sais quelle plateforme de réseaux sociaux et tu vas en avoir dix, c’est l’algorithme, et plus tu t’y intéresses et après tu n’as que ça et c’est un cercle vicieux.
Peut-on être exposé au masculinisme sans le rechercher ?
[00:18:16] Olivier Mageren: Ouais tu me disais, quand on préparait ce podcast, que finalement, même si le jeune ne cherche pas, en quelques secondes il peut être exposé à ce contenu.
Des conseils de vie aux contenus masculinistes : comment l’exposition commence
[00:18:23] Fanny Galodé: C’est ça oui. Il y a des femmes et des hommes qui ont créé un faux profil pour justement exercer ça et calculer le temps jusqu’à ce que le contenu masculiniste arrive. Et il peut être dissimulé aussi ce contenu masculiniste, comme je le disais tout à l’heure, ça passe par des conseils de vie tout simples, des personnes qui sont coach, ouais : coach love. Ça peut être coach sportif, ça peut être vraiment passer par autre chose. Et dans mon étude justement, un homme me disait qu’il n’avait pas le souvenir exact de quand il a commencé à rentrer dans ce contenu, mais il pense que c’était… Enfin c’est quelqu’un qui consomme beaucoup de vidéos sur YouTube, il s’est intéressé au sport, à la musculation, bien qu’il n’en faisait pas forcément mais… Et en fait il y a un discours qui lui a plu, de « Ok, j’ai envie de me sentir mieux. On me dit que je vais être un meilleur homme. Et moi ma philosophie de vie c’est devenir un homme meilleur, alors pourquoi pas? ». Est-ce que c’est passer par ça? Par être droit, viril, musclé? C’était justement un garçon qui avait des soucis relationnels aussi. La première fois qu’il a fait la bise à une fille de son âge, il était en troisième, donc il avait quinze ans quoi, en dehors de sa famille je veux dire. Ouais, c’est comme s’il y avait une intimidation et du coup, bah tu vas chercher des conseils sur YouTube, sur des lectures et tu sais pas sur quoi tu peux tomber.
Ce que les parents ne voient pas toujours de la vie des adolescents
[00:19:36] Olivier Mageren: C’est vrai que moi en tant qu’animateur EVRAS depuis sept ans, donc je rencontre beaucoup de jeunes de 11 à 18 ans, et les parents à mon avis ne se rendent pas compte à quel point, parfois les parents sont naïfs en disant « Moi mon enfant ça m’intéresse pas, qu’il soit fille ou garçon, à sexualité ou ci ou là, ou parfois on parle… ». Ah oui, c’est dingue de voir à quel point les jeunes sont préoccupés par l’amour, quand ils ont douze ans, mais en fait c’est plus par l’attirance, la différence, la rencontre de l’autre. C’est pas de l’amour avec un grand A, mais plutôt, je mets plus la nuance d’attraction, attirance, désir, et sexualité, et que quand on reçoit les questions librement on se rend compte qu’en fait c’est très présent dans leur tête, mais qu’en famille ils vont rien dire. Ils vont dire « Oh non mon enfant non, il a encore douze ans, il pense pas à tout ça quoi! »
[00:20:19] Fanny Galodé: Ah ouais tu crois? (Olivier Mageren: Ouais) Je ne sais pas, je ne suis pas parent donc je n’ai pas cette pensée.
À l’école et à la maison : deux visages de l’adolescence
[00:20:24] Olivier Mageren: Ils ne montrent pas le même visage à la maison qu’à l’école en tous cas (Fanny Galodé: Ouais c’est sûr) dans leur milieu, avec leurs amis.
Puberté, amour, sexualité et besoin de comprendre
[00:20:29] Fanny Galodé: Bah ouais il y a les hormones sexuelles, forcément. Tu vois ton corps qui change, tu vois les plus grands tomber amoureux, amoureuse. Bah toi-même tu commences à avoir des envies, la curiosité surtout. C’est quoi l’amour? C’est quoi ce que je ressens dans mon cœur, dans mon ventre? C’est quoi la sexualité dont on ne parle pas? On me cache un truc là, il se passe quelque chose et moi j’ai envie de le découvrir. Et pourquoi pas sur les réseaux sociaux où il y a tout d’écrit? Rires – Tout et tout son contraire aussi.
Quel regard sexologique porter sur le masculinisme ?
[00:20:54] Olivier Mageren: Ouais, et comme tu dis, ils sont confrontés aux changements de leur propre corps et psychologie, mais aussi, ils sont exposés aux changements du corps de tous les autres autour d’eux quoi. Puisque les écoles sont souvent, on va dire, enfin dans des classes où tous les élèves ont le même âge, donc ils sont exposés avec, ils sont encore plus exposés à la situation parce qu’en fait c’est un concentré. Dans la vie réelle, un enfant de treize ans il est peut-être entouré d’un enfant de huit, quinze et 20 ans, alors qu’à l’école c’est une concentration d’enfants qui ont tous le même âge, donc tous finalement potentiellement les mêmes challenges, difficultés, réalités de vie. Donc c’est une amplification énorme d’être exposé à tous ces jeunes qui vivent cette transformation. L’enfant peut se comparer d’autant plus, voir surtout les autres changer et se dire « He moi aussi », et ces questions sont très présentes. Et tu m’amène justement au sujet de, toi en tant que sexologue, quel est ton point de vue sexo sur le masculinisme, la sexualité? Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à ce sujet-là?
Sexualité : un fossé entre hommes et femmes ?
[00:21:45] Fanny Galodé: Ça me fait penser au tréma : « Est-ce que les hétérosexuels vont bien? », je ne suis pas sûr. Je pense que, oui il commence à y avoir un fossé entre les hommes et les femmes. Bien sûr, je parle de l’hétérosexualité encore et toujours. Bah ouais, les attentes sont un peu différentes j’ai l’impression, de : on ne m’entend pas, on n’entend pas mes désirs. Mon point de vue de sexologue, c’est juste venez comme vous avez envie d’être enfin, lâchez-vous, demandez, osez, osez être vous, osez demander ce que vous voulez parce que ça crée des fossés de « Ok ben pour plaire, il faut que je sois comme si, comme ça ». Non, il n’y a pas de cadre, il n’y a pas de norme, sentez-vous libre justement de créer votre norme et… En étant vous-même vous serez vraiment la plus belle personne et c’est là que justement vous allez rayonner et attirer quelqu’un, c’est sûr.
Quand les discours masculinistes réduisent les femmes à un modèle unique
[00:22:33] Olivier Mageren: Ouais. Le jeune il a besoin de comprendre, d’avoir des repères. Et dans ces discours masculinistes, ben il y a « La femme est comme ça en fait, les femmes » (Fanny Galodé: Ouais), c’est comme s’il y avait un modèle de femme, qu’elles sont toutes comme ça et celles qui ne le sont pas, ils y arriveront où en fait il y a quand même ça en elle. Et c’est marrant, hier on participait à un cercle de parole hommes femmes où justement il y avait cette question de dire : en fait, la diversité de profils d’hommes et de femmes il y en a… Il n’y a pas deux hommes et pas deux femmes qui se ressemblent. Mais dans ce discours on a l’impression qu’il y a un modèle de féminité presque, comme s’il y avait une formule de l’homme vers la femme, tu vois, pour… C’est interpellant quand même.
Objectification des femmes et stéréotypes masculinistes
[00:23:05] Fanny Galodé: C’est vrai que dans les discours, c’est ce que j’ai remarqué aussi. C’est comme si la femme était même un objet, sans même parler d’une féminité. Et j’ai envie d’étendre aussi le sujet sur les hommes hein? Tous les hommes sont bien différents, et ce même chaque groupe masculiniste est bien différent. Mais, ouais, quand j’en discutais avec un spécialiste psychologue, il me disait « Ces hommes ont une vision de la femme, une seule vision de la femme bien précise, bien stéréotypée ». Ouais, c’est comme s’il visait un sujet qui n’existait pas, un objectif de séduire quelqu’un qui n’existe pas en fait. Donc forcément, tu ne vas pas attirer quelqu’un, ça ne va pas te rendre service de te faire du mal, de te faire autant de mal.
[00:23:41] Olivier Mageren: C’est beaucoup d’efforts pour correspondre à un pseudo idéal, d’un profil de personne qui n’existe pas.
[00:23:47] Fanny Galodé: Tout à fait.
[00:23:47] Olivier Mageren: Oui.
[00:23:48] Fanny Galodé: C’est devenir quelqu’un qui n’existe pas, toi-même, pour séduire quelqu’un qui n’existe pas non plus. Juste sois toi-même et tu seras tellement mieux.
Quand les modèles masculinistes éloignent de soi et de l’autre
[00:23:56] Olivier Mageren: Ouais. C’est dingue parce que, à la fois on voit les autres sous un certain filtre et on ne voit pas qui est vraiment la personne authentique en face de soi, si on parle d’une femme, on la voit selon les filtres d’interprétation du masculinisme, et soi-même on est plus authentique parce qu’on va correspondre à un modèle sans s’écouter finalement, qui je suis, qui je me développe, en quoi je suis l’Altérité aussi, le fait d’être tous différents? Finalement on est dans un jeu de masques où en fait on n’est pas en contact ni avec soi, authentiquement, ni avec l’autre. Il y a vraiment, et le jeune s’en rend pas compte en fait. Qu’est ce qui te tient à cœur de dire encore sur le sujet? Peut-être aussi face à la première question qu’est ce qui t’a interpellé quand tu as fait tout ce travail durant de longs mois? Des lectures, des écoutes, des interviews, des rencontres? Enfin voilà, tu as fait un parcours ultra fouillé, qu’est-ce que tu as envie de dire qui te tient à cœur? En fait.
« Suis-je un incel ? » : derrière l’étiquette, une question identitaire
[00:24:42] Fanny Galodé: Je dirais une rencontre il y a deux ans d’un homme qui m’a demandé si c’était un « Incel », et moi ce mot je ne le connaissais pas. J’ai dit « Waouh oK, tu veux bien m’en dire plus? ». « Incel » ça veut dire Involuntary Celibate, célibataire involontaire. Je me suis dit « Ok, tu peux m’en dire plus? ». Et c’était « Est-ce que je suis un homme toxique? Qu’est-ce que tu en penses, toi qui est dans la psychologie? Est-ce que tu penses que je suis un homme bien? ». Et là j’ai trouvé ça vraiment difficile comme question et pourquoi cette question? Qu’est-ce qui te fait douter de toi? Qu’est-ce qui te fait douter que tu pourrais être quelqu’un de toxique? Parce qu’aujourd’hui, le mot toxique on en parle un peu à tort et à travers, enfin ça ne veut plus rien dire. Et je crois que j’ai fait ce mémoire pour cette personne. Ça m’a vraiment ouvert un sujet, une sensibilité où je me suis dit « Mince, en fait derrière toute cette haine, derrière toute cette violence, il y a une réelle souffrance ». Et, avant d’aller jusqu’aux dérives, avant d’aller au harcèlement de rue, jusqu’au au passage à l’acte, aux attentats, juste allez consulter. Vous vous doutez de qui vous êtes? Mais ça, c’est tout le monde, c’est ok, dans chaque période de vie on peut y être amené. Tournez-vous vers les bonnes personnes avant qu’on vous trouve.
[00:25:52] Olivier Mageren: Et comme tu dis, on peut être confronté à ça à n’importe quel moment de vie, à chaque transition ou changement, et que plus les adultes sont authentiques à montrer qu’ils ne sont pas infaillibles, qu’ils ont aussi des doutes, des questions, qu’ils sont vulnérables, qu’ils peuvent pleurer, qu’ils ne savent pas non plus et que on change de métier, on déménage, j’en sais rien. Ben oui, on doit gérer certes, on est une famille à rassurer aussi et en même temps on est pris aussi par plein de questionnements et de doutes, et que c’est ok. Et qu’en fait, ouais, ils le vivent à la puberté mais en fait ils le vivront d’une autre manière sur d’autres sujets, que ce soit professionnel et amoureux ou autre donc… C’est chouette ce conseil, où les adultes peuvent montrer le chemin, demander aux jeunes de parler d’eux et d’aller consulter. Mais je pense que les adultes peuvent aussi sans s’en rendre compte, en prenant soin d’eux dans cette vulnérabilité, aider inconsciemment la société et les jeunes qu’ils rencontrent, qui sont autour d’eux, qu’ils soient leurs enfants ou d’autres enfants.
Oser parler de sa vulnérabilité
[00:26:41] Fanny Galodé: Et oui, osez parler de votre vulnérabilité. On est tous à un moment vulnérable et. Et ça fait du bien de se dire « Ok ben là je me sens, ouais, je me sens un peu en questionnement, je me sens triste, je me sens », peu importe, juste parlez-en à quelqu’un de confiance, pas forcément toujours un thérapeute mais dans votre entourage et on vous aidera, c’est sûr. Tournez-vous vers les bonnes personnes, s’il y a besoin, Olivier et moi, on sera là pour vous écouter, avec plaisir. Ouais c’est un message général, osez parler de votre vulnérabilité.
Identité, orientation et changement : accepter de se questionner
[00:27:10] Olivier Mageren: Comme on dit, il y a une chose qui est constante dans la vie, c’est le changement. Donc on est sûr que peut-être tous les jours on va avoir une nouveauté à regarder. Et puis de se dire ça peut-être « Oh tiens, je croyais que j’étais hétéro et puis je me sens attiré par un homme ou une femme. En fait ça crée un doute, qui suis-je? ». Ça remet tout en question ou bien « Ça fait quinze ans que je fais le même métier, mais j’ai envie de changer mais Ah zut, qui je suis? Je deviens quoi en fait? Si je change de métier, quelle entreprise? Quelle pose? ». Enfin, on est tout le temps confronté à ça, et c’est vrai que quand ça touche à notre identité d’humain, en fait dans notre genre, ça paraît encore plus délicat et tabou. On ose peut-être moins en parler, parce que c’est publiquement plus difficile de parler tel qu’on est, la vulnérabilité est plus grande que de parler d’un truc un peu extérieur en disant « Qu’est-ce que je fais dans la vie quoi », quand on est plus âgé. Là on est face à un jeune qui se construit, exposé à un monde vaste, et qui parle de qui il se sent à l’intérieur, l’image qu’il se fait de c’est quoi un homme, une femme ou des amoureux ou que sais-je? C’est pas rien quoi je pense.
[00:28:04] Fanny Galodé: Ouais et puis on s’en fiche. Si aujourd’hui tu te sens garçon, tu te sens garçon. Si demain tu te sens femme, ben c’est ok. Enfin tu te sens rien du tout, c’est bien aussi. Enfin, ose changer de métier, ose, enfin si on te suit pas, si ton entourage te suit pas, c’est que c’est pas le bon entourage. Fais le pour toi, fais-toi ce cadeau de… En fait, tu seras toute ta vie avec le même corps, avec la même âme, tu seras toujours avec toi-même donc rends-toi service en osant être qui tu as envie d’être, que ça soit variable ou pas.
[00:28:30] Olivier Mageren: Montre qui tu es au monde, sois toi-même.
[00:28:32] Fanny Galodé: Ouais c’est ça, et vraiment tu te sentiras plus léger plutôt que de suivre un modèle qui te demande de payer en plus.
Quels conseils donner aux parents ?
[00:28:38] Olivier Mageren: Ouais. Et qui crée beaucoup de lourdeur et de tristesse comme tu dis, d’effort pour s’éloigner de soi. Pour y revenir plus tard mais voilà, on touche petit à petit à la fin du podcast parce que le temps passe vite. Est-ce que tu aurais des conseils pour les parents par exemple? Je sais pas.
Parler réellement de santé mentale avec les jeunes
[00:28:52] Fanny Galodé: Ouais, ça va être le même conseil que tout à l’heure : parlez-en, parlez de ça, parlez de tout. Posez la question vraiment, sincèrement de la santé mentale. En fait, tous les jours on se demande « Ça va », mais ce n’est pas un vrai ça va et ça, ça m’agace. Quand on me dit « Salut, ça va? ». Ben c’est juste une formule de politesse et parfois j’aimerais qu’on se pose et « Est-ce que ça va? Comment tu te sens en ce moment? Qu’est-ce qui te fait vibrer? ». C’est vrai que dans le quotidien d’un parent « Waouh, enfin quel défi! ». Je peux qu’imaginer le dynamisme que ça demande et l’organisation. Ouais, si je peux vous donner vraiment un conseil c’est posez-vous et discutez, librement, sans attentes, juste on fait un état des lieux quoi.
Quand la réponse d’un enfant renvoie le parent à lui-même
[00:29:28] Olivier Mageren: Et c’est vrai que le parent il pourrait être insécurisé, même inconsciemment, dire « Est-ce qu’il veut vraiment la vraie réponse authentique? », ça peut le ramener à lui, à ses choix, à ce qu’il fait dans la vie, à ce qu’il fait dans son couple, à ce qu’il fait avec lui-même, avec les autres. Et donc l’enfant c’est un fameux miroir, donc est-ce qu’on veut vraiment, quand tu dis « Ah ouais, intéressez-vous, posez la question comment tu vas sincèrement », ça peut être un miroir amplificateur de qui on est.
[00:29:49] Fanny Galodé: Ouais, ça peut être très dur pour un parent d’avoir la réponse, mais c’est pour ça on peut étendre aussi, n’importe quel adulte peut poser la question à n’importe qui en fait, entre collègues.
[00:29:58] Olivier Mageren: Ouais.
[00:29:59] Fanny Galodé: À ton filleul, à ta filleule. Enfin, juste ouais…
Éducateurs, enseignants et psychologues : créer des espaces de parole
[00:30:03] Olivier Mageren: Des éducateurs, des professeurs peuvent le faire, des psychologues ou… Enfin voilà, plein de professionnels sont là aussi pour dire tiens, quand on a un petit doute, ou même quand on pense que tout va bien, tiens comment ça se passe? Tu parlais de la santé mentale mais c’est vrai que, je me souviens d’un ami en Suisse il m’avait dit il y a quelques années, Waouh il a vu une étude passer par rapport au fait que les jeunes sont… Le taux de dépression chez les jeunes est énorme, le taux de suicide augmente, et que le taux d’enfants sous médication, anxiolytique ou que sais-je, augmente aussi. Les très jeunes, les ados, tu te dis « Waouh, c’est dingue! ». Et tu me parlais aussi, tu l’as déjà mentionné hein? Parler du suicide, alors on veut pas aggraver mais c’est vrai que ça fait partie du spectre, de cette situation quand on regarde le masculinisme et en tant que parent ça interpelle quand même. Dire « Waouh, certains jeunes pensent au suicide ». Ou en tout cas, là tu me disais qu’un des jeunes disait « Ben ouais si je m’imagine sans avoir une partenaire, je préfère me suicider quoi ».
À 13 ans : masculinisme, souffrance et pensées suicidaires
[00:30:50] Fanny Galodé: C’est ça, ben j’ai pu discuter avec un jeune états-unien qui a treize ans. Justement, je lui ai dit « Ben comment ça tu te définis comme masculiniste? Ça veut dire quoi pour toi? ». En fait, il me dit « Beh je me sens moche, je me sens laid. Je vois bien que les filles ne sont pas intéressées par moi, ça me fait trop souffrir. Je pense au suicide ». Là je me dis « Ouah, le raccourci est… Enfin la limite est tellement proche quoi. Qu’est-ce que je fais? Je suis à des milliers de kilomètres de toi, j’ai envie de t’aider mais… » Enfin, entre je n’attire pas les filles et j’ai envie de me suicider, enfin, qu’est-ce qui se passe entre tout ça? Et c’est ça que j’ai voulu rechercher aussi et que je souhaite encore comprendre.
Écouter les hommes derrière la carapace et la virilité
[00:31:28] Olivier Mageren: Ouais. À travers ce travail sur le masculinisme en tout cas, tout ce travail d’écoute des hommes, et des jeunes hommes ou à la puberté aussi, mais même à 20-30 ans, parce que le masculinisme concerne tout le monde, même des gens de 40 ans. Mais de se dire « Waouh, c’est plutôt être à l’écoute de : « Eh les mecs, vous vivez quoi à l’intérieur? Au-delà de la carapace, de la virilité, de l’image sociale, de vos forces, elles sont où vos faiblesses peut-être? Vos vulnérabilités, ce que vous voulez cacher, ce qui est inconfortable ou ce sur quoi vous êtes vraiment fragiles en fait? ».
Violence, souffrance psychique et vulnérabilités sous-jacentes
[00:31:55] Fanny Galodé: Ouais, c’était pas facile pour moi en tout cas de, parce que forcément je me considère femme, enfin je me sens femme et de dire « Ok bah, moi dans la rue, dans mon entourage et tout, je vois la violence. Et ok, on va passer en-dessous. Qu’est-ce qui se passe en dessous? Pourquoi il y a autant de violence? », et c’était ça tout l’enjeu. Et ça restera l’enjeu aussi de la société parce que, oui il y a un problème mais autant aller à la source quoi (Olivier Mageren: Ouais). Et quand j’en discutais avec un psychologue il me disait que souvent il y avait des pathologies comorbides. Ça peut venir d’un stress post-traumatique, d’une dépression. Et du coup, il y a besoin d’une alimentation, et pourquoi pas celle du masculinisme puisqu’on te dit que tu vas être un homme meilleur. Donc, ouais souvent quand tu traites la pathologie sous-jacente, il n’y a plus d’alimentation du masculinisme et ça peut aider.
Que peut révéler le masculinisme chez les jeunes ?
[00:32:39] Olivier Mageren: Comme tu dis, aller sous la surface, dans les profondeurs même de ce qu’on n’a pas conscientisé. Et c’est vrai que la société, en Belgique en tout cas, politiquement ils essaient de réduire la violence chez les jeunes. Mais finalement, il y a plusieurs pistes dont l’intérêt de s’intéresser au masculinisme et de voir finalement ce que ça vient révéler sur un terreau d’un enfant, enfin là ça peut émerger un peu n’importe où là, cette affinité vers le masculinisme, et qu’on peut comprendre beaucoup de souffrance, c’est juste un révélateur de souffrance, différente comme tu dis.
Parler du masculinisme dans les cours d’EVRAS
[00:33:04] Fanny Galodé: Ouais. Puisqu’on parle encore des jeunes dans les cours d’EVRAS, donc sur la vie affective, relationnelle et sexuelle, il y a certaines écoles qui intègrent aussi le sujet du masculinisme, et je pense que ça peut être un très bel outil. Puisqu’aujourd’hui c’est vraiment une menace d’en parler directement dès le collège, c’est ce que j’ai essayé de faire dans l’école où je travaillais en tout cas.
Pourquoi les discours masculinistes peuvent-ils être séduisants ?
[00:33:22] Olivier Mageren: Les discours sont très séducteurs quoi. Il y a un côté très…
[00:33:25] Fanny Galodé: Mais totalement. C’est ça, qui fait peur, c’est que c’est très attractif. Tu as envie d’en savoir plus « Ok, c’est quoi le secret pour devenir un homme bien? Un homme qui a du charisme? Un homme qui fait rêver quoi » (Olivier Mageren: Ouais), pour certains.
Du masculinisme chez les jeunes à son influence chez les adultes
[00:33:38] Olivier Mageren: C’est appétitifs, donc il y a des nutriments derrière : psychologiques. (Fanny Galodé: C’est ça). Mais qu’est-ce qu’il y a d’équivalent qui donne autant de nutriments si pas plus, et espérons plus, dans d’autres modèles de masculins, c’est important quoi. Et après, j’aimerais bien aborder la question des adultes, parce qu’on a beaucoup parlé de jeunesse, mais comme tu dis, à travers les algorithmes et… Est-ce que tu veux dire un mot par rapport à au domaine du monde adulte plutôt? Tu vois, on va dire les plus de 25, par exemple.
Comment le masculinisme peut influencer la sexualité des hommes adultes
[00:34:02] Fanny Galodé: Dans ma recherche j’ai pu interviewer trois hommes, en France, que j’ai rencontrés en réel, qui ne se prenaient pas masculiniste. Mais pourtant, enfin c’est un sujet qui s’intègre en eux sans, enfin c’était aussi ma recherche de « OK, tu te sens hétéro, t’es un homme aujourd’hui en 2026 et comment le masculinisme vient impacter ta sexualité? ». Et en posant des questions, ouais enfin, j’ai quand même eu des retours comme quoi l’orgasme féminin c’était inutile puisque ça ne servait pas à la reproduction. Je dis « Ouais quand même. Enfin on n’est plus au moyen âge quoi, on ne cherche pas à se reproduire, on cherche à prendre du plaisir, non? Enfin, après chacun sa sexualité bien sûr mais ». Ouais, ça m’a, ça m’a posé beaucoup de questions. Et ça me fait penser aussi à pourquoi les contenus masculinistes visent à séduire un type de femme, alors qu’en fait ça reste une compétition entre hommes. J’ai l’impression qu’il y a « plaire à l’homme en fait », prouver à l’homme, je dirais c’est plus plaire à l’homme, se sentir en compétition avec les autres hommes, plutôt que de vraiment s’intéresser à la femme. Parce que si tu t’intéresses à la femme, demande-lui directement.
Pour comprendre les femmes, pourquoi demander aux hommes ?
[00:35:06] Olivier Mageren: Ouais, donc comme dit Michel, aussi, pourquoi ils demandent la réponse de comment plaire à une femme aux hommes? C’est comme dire « Qu’est-ce qui plaît à mon voisin? » et tu vas demander à un étranger, bah, pose la question à ton voisin (Fanny Galodé: Ouais). Donc, si tu demandes comment plaire aux femmes, pose la question à dix femmes, écoute dix réponses, et tu auras plus d’informations à questionner les femmes que de questionner un homme qui prétend savoir c’est quoi « une femme ».
Appartenance au groupe et recherche de repères masculins
[00:35:27] Fanny Galodé: De mon expérience, je dirais que c’est pour appartenir à un groupe, c’est rassurant de s’identifier à un groupe d’hommes si tu te sens homme. Et peut-être que ça part de là, après je ne suis pas à leur place donc je n’ai pas envie de dire ce qu’ils ressentent mais c’est vrai que quand j’ai une question sur les hommes, bah c’est cool aussi d’avoir l’expérience des copines enfin, tu vois tu te sens un peu dans un groupe, tu t’identifies. Mais c’est vrai que, tout bêtement, enfin si tu galères autant, demande à une femme quoi!
[00:35:52] Olivier Mageren: Ben oui. Si tu te poses des questions sur c’est quoi être un athlète de haut niveau, pose la question à un athlète de haut niveau (Fanny Galodé: C’est ça), t’auras certainement une réponse.
[00:35:58] Fanny Galodé: Aux personne concernée.
Parler directement aux femmes plutôt que fantasmer « la femme »
[00:35:59] Olivier Mageren: Plutôt que, je ne sais pas, ton voisin qui je ne sait pas, qui regarde le foot en buvant de la bière quoi et qui ne fait pas de sport, tu dis « Ben, oui son avis existe, mais peut-être que tu auras des réponses plus concrètes à la personne concernée » donc parlez aux femmes. Peut-être qu’il y a aussi une peur de parler aux femmes ou d’aborder la femme (Fanny Galodé: Je pense, ouais). C’est un manque de confiance en soi avec se sentir inapte où le côté masculiniste donne une certaine confiance en soi, comme si on était compétent pour le faire. On vient remplir un peu un vide de « AH comment on parle aux femmes finalement! ».
Idéalisation, peur du féminin et objectification
[00:36:27] Fanny Galodé: Ouais je pense. Ce que j’ai retrouvé beaucoup c’est que la femme est mis sur un piédestal, c’est un peu l’idéalisation aussi d’une femme qui n’existe pas, c’est le féminin fait peur. Ça je parle surtout pour les jeunes en tout cas, parce qu’après la femme dérive un peu sur un objet, un objet de désir, un objet tout court en fait. Mais, oui je pense qu’il y a une intimidation du fait de ne pas connaître. C’est peut-être plus facile de demander à un groupe qui te propose ça directement en fait.
Masculinisme, féminisme et patriarcat : lecture d’un texte pour conclure
[00:36:55] Olivier Mageren: Et pour terminer, tu voulais peut être lire un texte, c’est ça?
[00:36:58] Fanny Galodé: Un extrait d’un livre de Lysandra Leigh-Baker : « Le patriarcat ce serait un peu comme un homme qui aurait sa botte posée sur le cou d’une femme. Le féminisme, c’est simplement une femme qui demande à ce qu’on enlève cette botte. Les masculinistes considèrent que retirer leur botte du coup des femmes, ce serait une forme d’oppression inversée. Les conservateurs pensent qu’il n’y a pas de problème avec cette botte sur leur cou, jusqu’à ce que des femmes commencent à s’en plaindre. Et si tout le monde pouvait se la fermer, tout irait très bien. Certains hommes, s’identifiant comme des hommes bien, prennent toute critique de la botte comme une attaque personnelle. Oui mais tous les hommes ne portent pas de bottes. Les hommes alliés essayent de parler du problème, mais surtout sans froisser ceux qui portent la botte. Les femmes ayant intériorisé la misogynie ne comprennent même pas pourquoi des femmes se plaignent, elles, elles adorent avoir une bosse sur le cou, et que si toi tu t’en plains c’est probablement que le problème vient de toi. Pendant qu’on débat, pendant qu’on explique, pendant qu’on se justifie, pendant qu’on se demande si on n’est pas trop radical, la botte est toujours sur notre cou ».
Gratitude et conclusion avec Fanny Galodé
[00:37:58] Olivier Mageren: Merci Fanny. Bah d’ailleurs écoute, on termine le podcast toujours sur une gratitude, et j’ai envie de te dire merci d’avoir lu cet extrait. Merci à cette autrice d’avoir rédigé ce texte, on le mettra dans le texte de l’article, comme ça les gens peuvent le relire et trouver les références du livre. C’est un super cadeau que tu nous as fait aujourd’hui de, comme tu dis, tu peux en parler des heures, mais de nous offrir ce moment de papote. Donc merci à toi Fanny.
[00:38:24] Fanny Galodé: Merci à vous de m’inviter à poser ma voix avec vous et d’ouvrir ce sujet. C’est un réel plaisir d’en parler et de surtout ouvrir des questions, des consciences.
[00:38:34] Olivier Mageren: Et aussi merci à Michel.
[00:38:36] Fanny Galodé: Merci Michel – Rires.
Les coulisses d’Entr’Nous et de la production du podcast
[00:38:39] Olivier Mageren: Pour à la fois tes réflexions pendant ce podcast, t’es toujours, on va dire, on peut dire en coulisses comme ça en backstage technique, mais en même temps ce podcast il n’existerait pas sans The Podcast Factory Org qui est quand même pour moi l’un des meilleurs producteurs de podcast, j’en suis sûr, au monde. Je généralise, mais je suis sûr que tu fais partie du top dix des meilleurs parce que tu le fais tellement avec cœur. Tu as mis Fanny en confiance aussi, parce que c’est pas facile d’être au micro et d’avoir plein d’idées, et de… Parce que moi c’est facile j’interview mais toi tu dois structurer, répondre, c’est pas un exercice si simple, et Michel nous permet vraiment de vivre ce moment sereinement, en tout cas le plus sereinement possible. Et Michel lance un nouveau service pour vous interviewer et faire des vidéos, il vous expliquera ça, donc contactez-le. Mais le podcast est plus accessible que vous imaginez. C’est un outil très beau pour soi déjà, et pour les autres, multifonctionnel et assez puissant. Et c’est aussi la parole libre, tout le monde peut aussi exister à travers le podcast, parce que tellement de gens ont des choses belles à dire. Donc contactez The Podcast Factory Org, vous pourriez être étonné de ce qu’ils peuvent vous offrir. Et puis merci de ce cadeau, parce que c’est vrai que ce podcast avec Fanny existera aussi, et surtout grâce à cette association. Et ça fait bientôt sept ans en octobre qu’on, le 1?? octobre, c’est le jour de mon anniversaire, ça fait sept ans qu’on collabore. Merci, merci, merci. À tout bientôt! Et alors pour vous expliquer un peu le contexte, ici on est en studio avec Fanny et puis on va enchaîner d’ici un quart d’heure avec Johan. On va parler d’un podcast sur la procrastination, procrastination et sexualité, vie intime. Donc voilà, on va créer un tout autre univers, et j’espère qu’on ne va pas procrastiner à parler de masculinisme avec les hommes.
[00:40:17] Fanny Galodé: Avec tout le monde.
[00:40:18] Olivier Mageren: Avec tout le monde.
Clôture du podcast
[00:40:24] Jingle Outro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.
