Le plaisir prostatique #76
Le plaisir prostatique
On vous invite à un RDV feutré, tout en douceur et convivial avec votre plaisir prostatique.
Prenez un verre et posez-vous un instant dans un endroit confortable pour une balade acoustique en compagnie de Sébastien.
Tabou pour certains, incontournable pour d’autres. Le sujet ne laisse généralement pas indifférent.
Loin des messages clichés ou de répéter pour la nième fois des propos connus, embarquez pour une papote humble, pragmatique et souveraine.
Sébastien nous offre ses précieux conseils pour découvrir le plaisir prostatique.
A quoi faire attention ?
Comment s’y prendre ?
Comment progresser ?
Un peu comme un ami ou un grand frère bienveillant qui vous indiquerait le chemin, un chemin, une découverte.
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Séquençage du podcast Le plaisir prostatique :
- [00:00:20] Introduction et présentation de Sébastien
- [00:01:05] Pourquoi témoigner sur le plaisir prostatique
- [00:01:46] Sa définition de la sexualité
- [00:02:29] Comment il a découvert le plaisir prostatique
- [00:06:26] Curiosité, adolescence et premières explorations
- [00:07:29] Trente ans d’expérience et d’exploration
- [00:12:34] Découvrir seul ou à deux ?
- [00:13:47] Les sphincters et le fonctionnement de la prostate
- [00:17:29] Lavement et préparation en douceur
- [00:18:08] Premiers pas avec un stimulateur prostatique
- [00:20:30] Apprendre à connaître son propre plaisir
- [00:21:57] Se connaître pour mieux partager le plaisir
- [00:22:11] Les conseils les plus fréquents sur la prostate
- [00:23:06] Présence, écoute et baby steps
- [00:23:45] Différence entre plaisir prostatique et orgasme prostatique
- [00:29:02] L’importance d’aller lentement
- [00:31:34] Accompagner d’autres personnes dans leur découverte pour le plaisir prostatique
- [00:33:24] Slow sex et transmission d’expérience
- [00:34:44] Le plaisir Prostatique : déclics, plaisir et organes internes
- [00:39:11] Le plaisir prostatique et orientation sexuelle
- [00:41:17] Comparaison avec les représentations du plaisir féminin
- [00:42:53] Gratitude et conclusion : Le plaisir prostatique
La transcription du podcast « Le plaisir prostatique » :
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[00:00:00] Jingle Intro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité. Par vous, avec vous, pour vous.
Introduction et présentation de Sébastien
[00:00:20] Olivier Mageren: Bienvenue dans le 76? épisode du podcast « Entr’Nous », le podcast de « Love Health Center », un centre basé à Bruxelles dédié au bien-être, à la relation et à la sexualité. Alors aujourd’hui, on va parler de plaisir prostatique et je suis ravie d’inviter au micro Sébastien. Bonjour Sébastien
[00:00:35] Sébastien: Bonjour
[00:00:35] Olivier Mageren: J’espère que tu vas bien.
[00:00:37] Sébastien: Je vais super bien.
[00:00:38] Olivier Mageren: Moi je suis super content parce que ça fait très longtemps qu’on s’était dit qu’on enregistrerait un podcast ensemble sur cette thématique, ça ne date pas d’hier, tu as un agenda super chargé. Et donc voilà je coche à nouveau un désir, de création de podcast avec toi. Avant de commencer sur cette thématique, parfois peu connue des gens, est-ce que tu pourrais te présenter.
[00:00:55] Sébastien: Avec aucun problème. Donc je m’appelle Sébastien, j’ai 54 ans. J’habite à Bruxelles depuis seize ans maintenant, je suis belgo franco australien, et voilà.
Pourquoi témoigner sur le plaisir prostatique
[00:01:05] Olivier Mageren: Et donc en fait tu viens témoigner, à ma demande, pour simplement, une personne lambda, partager un sujet lié à la prostate, qui nous concerne quasiment tous on pourrait dire.
[00:01:14] Sébastien: Oui, alors je prétends à rien du tout en matière d’expertise ou quoi que ce soit, c’est juste un partage d’expérience en disant « Voilà, moi mon expérience là-dessus c’est ça, voilà un petit peu comment ça s’est passé, voilà comment je l’ai découvert ». Et si ça peut permettre à certaines personnes de dire « Ah bah tiens, moi aussi j’essayerai bien, ben super ». Parce que c’est vraiment quelque chose de assez fabuleux
[00:01:32] Olivier Mageren: Génial. Et ça répond justement, dans le rituel du podcast, une des premières questions c’est aussi l’intention, mais tu viens d’y répondre, voilà, de partager. Et si ça peut aider tout un chacun, ben tant mieux, voilà, humblement, tu vas juste ouvrir un espace de parole sur le sujet.
[00:01:45] Sébastien: Exactement!
Sa définition de la sexualité
[00:01:46] Olivier Mageren: C’est génial! Pour toi, c’est quoi la sexualité, en quelques phrases comment tu pourrais la définir?
[00:01:51] Sébastien: Pour moi, la sexualité c’est se faire plaisir, dans le pur sens du terme, et de faire plaisir à l’autre et d’interagir. Alors ça peut être aussi une sécurité personnelle, dans le sens où se faire plaisir. Et faire plaisir à l’autre qui l’autre te fait plaisir, enfin voilà, c’est un moment d’échange et de ressourcement. Et surtout c’est quelque chose, voilà, qui est disponible et donc il faut pouvoir en profiter et en jouir au maximum, dans tous les sens du terme. Donc voilà, pour moi c’est ça la sexualité. Alors bien entendu, toujours dans le respect et dans le consentement, voilà, c’est après… On peut faire beaucoup de choses, dès lors qu’on est dans le consentement et dans un consentement éclairé, et qui est dans le respect ben à ce moment-là, il y a plein de choses qui sont possibles.
Comment il a découvert le plaisir prostatique
[00:02:29] Olivier Mageren: Magnifique, tout simple, précis. Et donc dans cette thématique de sexualité plaisir, parlons de plaisir prostatique. Est-ce que tu pourrais nous dire un peu comment tu as découvert, toi, le plaisir prostatique? Quand, comment? Un peu le contexte.
[00:02:41] Sébastien: Grosso modo, je pense que je dois déjà remercier mes hormones qui… Qui ont fait le travail d’un seul coup, de me dire « Tiens, c’est bizarre, il y a des choses qui se passent » au niveau de l’adolescence. Et en fait, moi j’ai toujours été très curieux, c’est-à-dire qu’à partir du moment où j’ai découvert « Tiens, c’est bizarre, quand on se touche à cet endroit-là, c’est plutôt agréable, c’est plutôt sympa ». Mon côté curieux naturel fait que d’un seul coup je me suis dit « Ah ben oui mais du coup, et si on fait ça, ça se passe… qu’est-ce que ça fait? Et puis si on fait ça, qu’est-ce que… ». Et donc j’ai vraiment fait une exploration, que je continue toujours d’ailleurs, en me disant « Bah tiens, il y a peut-être des choses, voilà, il y a des personnes, ils se font lécher l’oreille et d’un seul coup ils sont dans des états absolument incroyables ». Ben oui, mais jusqu’à ce qu’il y ait quelqu’un qui vous a léché l’oreille ou que vous ayez eu l’idée de dire « Bah tiens, ce serait chouette de se faire lécher l’oreille », bah on connaît pas. Pour moi, je suis parti du principe qu’il y avait un monde très vaste dans tout ce qui était sexualité, toucher, ressenti et tout ça, et que donc il fallait explorer, il fallait tester. Bon après, moi je suis plutôt attiré par les garçons, donc du coup j’ai commencé à explorer aussi ce côté-là. Et à un moment donné, bah oui, l’exploration anale était aussi quelque chose qui m’intéressait et donc je m’y suis attelé. Et c’est vrai que c’est quelque chose qui est venu ben au début assez de façon intuitive, encore je pense les hormones qui étaient en mode « Hey, ça serait une bonne idée », Je pense que les hormones sont quand même responsables de beaucoup de choses. Et donc après ça a été « Ok, d’accord. Comment ça se passe? Comment ça se passe pour moi? Est-ce que je peux me renseigner sur le truc, est-ce que je peux faire des recherches, est-ce que je peux savoir un peu ce que les autres font? », enfin bref. Et moi j’ai une approche, et que j’ai toujours eu et que je pense que je mets sur le fait que je suis dans le spectre autistique, et donc par rapport à ça moi j’ai pas mal de tabou que je n’ai pas en fait, ils ne sont pas inscrits, je n’ai pas de filtres sociaux sur le fait que la sexualité, oh mon Dieu, c’est uniquement certaines choses, avec tout ce que la société nous force à faire ou ne pas faire, ou ne pas vouloir faire, avec ce que la société ou la religion nous impose. Moi ce sont des filtres que je n’ai pas, donc moi je pars du principe que la sexualité, à partir du moment où elle est faite dans le consentement avec deux personnes adultes, il n’y a pas de souci, on peut faire beaucoup de choses. Et on devrait justement se déconstruire, se débarrasser d’un certain nombre de filtres, filtres que personnellement je n’ai pas mais que beaucoup de gens ont. Et donc pour moi, c’est plus souvent une question de m’adapter aux filtres des autres, plus que de mettre en place les miens que je n’ai pas. Donc c’est vrai que du coup, j’ai commencé à m’intéresser au côté prostatique. Pourquoi? Parce que, si je devais donner un comparatif, un orgasme prostatique par rapport à un orgasme classique en tant qu’homme, je dis qu’on est à peu près sur un facteur trois. C’est trois fois plus puissant, et en plus il y a un intérêt qui est assez génial, enfin plusieurs intérêt, c’est que déjà ça permet de faire un orgasme qui est beaucoup plus corporel que très localisé. Donc c’est quelque chose de beaucoup plus: le corps dans son ensemble qui vibre et qui du coup a cette capacité de jouissance. Et en plus de ça, il y a vraiment une capacité de faire plusieurs orgasmes en fait, avant l’éjaculation. Ou de ne pas faire d’éjaculation du tout, donc il y a vraiment cette espèce d’approche qui est assez géniale, et ça je trouve que c’est dommage de passer à côté de ça en fait. Oui c’est un peu, c’est comme si vous vous promenez dans la vie et puis d’un seul coup, vous vous rendez compte qu’il y avait un gigantesque parc d’attractions absolument extraordinaire où vous avez pu avoir beaucoup, beaucoup de fun, mais en fait vous êtes passé juste devant la rue sans jamais rentrer dans le parc d’attraction. C’est approximativement ce que je pense du côté prostatique, c’est tout un monde nouveau qu’il faut explorer, voilà. Donc moi, si tu veux, le but de ce partage, c’est un peu ce qu’on discutait sur le fait que je pense qui est très important, c’est le côté déconstruction, baby steps, à quoi s’attendre, ne pas à quoi s’attendre, le côté vraiment pratico-pratique de comment est-ce qu’on débute, voilà. Comment ça se passe, et des petits conseils, et des choses comme ça, histoire de pouvoir ne serait-ce que donner le petit baby step qui fait qu’à un moment donné on va commencer à explorer. Et puis dès qu’on commence à avoir les premières sensations, en général la nature fait le reste et on va explorer un peu plus loin. Mais souvent, c’est le premier pas qui est compliqué. Je trouve que se focaliser sur le premier pas, c’est quelque chose d’important.
Curiosité, adolescence et premières explorations
[00:06:26] Olivier Mageren: J’aime bien cette métaphore de passer devant un parc d’attraction, jamais rentrer dedans et puis on rentre, on se dit « Mais il y a tout ça ». Alors qu’on peut passer sa vie dans le quartier sans jamais rentrer dedans. Cette curiosité à l’adolescence, est-ce que ça a démarré à l’adolescence cette curiosité, cette découverte? Donc ça fait combien d’années finalement aussi, tu sais grosso-modo que tu expérimentes ce plaisir-là?
[00:06:44] Sébastien: Alors grosso-modo, mon orientation sexuelle, moi je m’en suis rendu compte bien avant que je me suis rendu compte que ce n’était pas la norme. C’est-à-dire que quand moi j’étais gamin, j’étais attiré par les garçons, j’ai toujours été attiré par les garçons, j’ai jamais eu rien contre les filles, au contraire je les aime beaucoup aussi. Mais, voilà, moi j’ai été attiré physiquement par les garçons, et c’était bien avant que d’un seul coup on m’explique « Ah non, les garçons, les filles » enfin bref, dans le schéma standard. Donc très rapidement, j’ai compris qu’il fallait que je garde ça pour moi jusqu’à ce que je fasse mon coming out et ce qui va avec. Donc le plaisir prostatique c’est quelque chose que j’ai découvert au fur et à mesure, effectivement au niveau de l’adolescence, ça c’est quand même plus perfectionné au niveau du côté adulte. Et donc je dirais, ouais, ça doit faire, j’ai 54 ans donc ça doit faire une petite trentaine d’années quand même que je m’amuse sur ce sujet-là. J’ai de l’expérience, voilà, je dis pas non plus que je suis un expert mais j’ai un petit peu d’expérience en la matière.
Trente ans d’expérience et d’exploration
[00:07:29] Olivier Mageren: Je trouve que c’est sympa de le mentionner parce que ça donne une profondeur aussi à ce que tu dis. Dire c’est pas que tu l’as découvert hier, ou que c’est la nouvelle, tu en parles toujours avec des étoiles dans les yeux alors que ça fait 30 ans que, voilà, c’est pas quelque chose de nouveau, c’est quelque chose de vivant sur lequel tu es à l’aise de partager, d’inviter des gens aussi à être curieux et à peut-être penser autrement que ce qu’ils ont eu l’habitude jusqu’à présent. Et justement, quel serait ton premier commentaire en rentrant dans le sujet, avant de venir avec les conseils, les baby steps, par exemple par rapport à des gens qui, peut-être, s’interrogent sur le sujet, ou hésitent, ou sont curieux mais se sentent freinés. Quelles seraient les premières choses que tu aurais envie de dire sur le sujet?
[00:08:02] Sébastien: Déjà comprendre quels sont les freins, en fait. Est-ce que ce sont des freins religieux? Est-ce que ce sont des freins sociétaux? Parce qu’en fait, la société a une capacité assez extraordinaire, et la religion aussi d’ailleurs, à nous imposer des « Il faut, il ne faut pas, c’est oui, c’est non, c’est machin ». Donc déjà, je pense que c’est la première chose à se poser la question pourquoi est-ce que c’est un problème? C’est d’autant plus un problème en tant qu’homme parce que c’est extrêmement stigmatisé. Tout ce qui va être pénétration anale par exemple, c’est quelque chose qui peut faire peur à beaucoup. Et donc par rapport à ça, de se dire « Bah oui mais bon, la pénétration vaginale ça a pas l’air de poser un problème, pourquoi est-ce que la pénétration anale pourrait créer un problème aussi? ». Donc ça c’est mon approche complètement, genre à partir du moment où il y en a une, pourquoi pas l’autre? Enfin voilà. Après c’est plus des histoires de façon pratico-pratique, comment ça se fait? Et c’est pas parce qu’à un moment donné on va s’amuser à aller stimuler sa prostate que: un ça va dicter son orientation sexuelle. J’ai pas mal de potes 100 % hétéro et fier de l’être, et qui pourtant s’amusent bien avec leur prostate et qui sont très contents. Mais une fois de plus, c’est le genre d’information qui ne se partage pas, qui va se partager avec moi parce qu’ils savent que, voilà, c’est un sujet qui m’intéresse, mais du coup ils n’en parleront à personne d’autre, ils nous laisseront jamais avec leurs amis ou des choses comme ça, parce que voilà, ça fait partie des tabous et… Ce que j’aurais tendance à dire, c’est plus une question vraiment plus pratico-pratique sur comment est-ce qu’on commence, comment est-ce qu’on fait le baby step en fait? Ne serait-ce que pour pouvoir tester la chose.
[00:09:21] Olivier Mageren: Comme tu dis en fait, si la femme peut être stimulée on va dire de l’intérieur, pourquoi pas les hommes en fait? C’est comme si les hommes n’auraient pas d’organe intérieur quoi, ou une vie intérieure, enfin voilà, c’est super simple de revenir au b.a.-ba et de « C’est ok, c’est mon corps je peux le découvrir ». Est-ce que tu recommandes de découvrir seul, de soi à soi, ou bien à deux? Qu’est-ce que tu en dis en fait, par expérience?
[00:09:41] Sébastien: Mon point de vue personnel, c’est beaucoup plus intéressant d’explorer ça soi-même, principalement parce que les premières sensations. Puis après on rentrera dans le côté vraiment pratico-pratique de comment ça se fait, mais les premières sensations qu’on reçoit, ce sont des sensations qui vont relever plus du fait de comme si tu allais aux toilettes, plus qu’automatiquement du plaisir. Ou du moins, c’est un plaisir mais qui va être associé plus à aller aux toilettes, enfin bref. Donc du coup, il y a un petit peu un recâblage mental pour d’un seul coup se dire « Ah non mais en fait ça, ça peut être effectivement du plaisir, il faut simplement le retravailler un peu différemment ». Et ça c’est simplement lié au fait que la prostate, d’un point de vue anatomique, est posée littéralement sur le rectum quoi! Et donc par rapport à ça, fatalement, dès qu’on va aux toilettes, il peut y avoir une stimulation qui peut se faire, qui est une stimulation très légère, mais par contre qui peut être perçue. Donc, à un moment donné, il faut se dire « Oui, mais là ce qui va être intéressant, ça va être de vraiment stimuler, de voir un peu ce qui se passe, et de commencer à associer ça avec de la sexualité, du plaisir et sortir du côté excrément, du côté voilà ». Donc ça c’est un peu le travail à faire, et ça, ça demande une exploration que j’estime être beaucoup plus intéressante à faire de façon personnelle. L’autre chose, la raison pour laquelle je pense que le faire de façon solo c’est plus intéressant, c’est parce que chaque prostate est différente. Il y a des gens qui vont vouloir une stimulation directe plus intense. Il y en a d’autres, ça, ça va générer de la douleur plutôt que du plaisir. Il y en a qui vont se rendre compte que, en caressant sur le côté, ou en s’approchant tout doucement, ou en étant vraiment, vraiment très doux, tout ça, c’est là où en fait on va pouvoir générer du plaisir plutôt que de la douleur. Et vraiment, il y a tout un travail à faire pour savoir le degré, la finesse en fait, de comment est-ce que ça va se faire. Et ça, je dirais que c’est vraiment la clé parce qu’on peut très bien y aller un petit peu de façon trop stimulante au départ, et du coup générer une douleur, une gêne, enfin quelque chose qui ne va pas être agréable. Il ne faut surtout pas d’un seul coup se dire « Oh là là, bon ben c’est pas pour moi », non non, c’est juste que tu y es allé un peu fort quoi. Donc c’est là où en fait ce qui est intéressant c’est ça. Et d’expérience, un doigt c’est quelque chose d’assez dur, contrairement à un sexe par exemple, où contrairement éventuellement un sex-toy. L’avantage de travailler plutôt avec un sex-toy ou pour s’aider pour travailler. Ben d’abord parce que anatomiquement, à moins d’avoir des bras gigantesques, c’est quand même difficile d’aller non seulement insérer un doigt, mais sur à peu près trois quatre cm pour ensuite faire un geste vers le haut, c’est-à-dire c’est comme si… Il faut imaginer si jamais vous êtes couché sur le dos, vous avez les jambes écartées, à ce moment-là avec le doigt en fait, si vous avez la palme de la main vers le haut, et vous insérez le majeur par exemple, vous l’insérez à peu près sur deux phalanges, et à ce moment-là, vous allez faire comme s’il disait à quelqu’un « Ben vient me voir » donc vous recroquevillez. Et c’est là en fait où on va pouvoir un peu faire cet exercice, mais cet exercice-là on peut le faire, si c’est quelqu’un d’autre qui va le faire pour vous, parce que anatomiquement, c’est quand même vachement difficile de le faire soi-même. Et c’est là où avoir un stimulateur prostatique, ça peut être intéressant parce que ça permet effectivement de rallonger son bras et d’être beaucoup plus efficace dans l’exploration du ressenti.
Découvrir seul ou à deux ?
[00:12:34] Olivier Mageren: Et donc tu recommandes plutôt de le faire seul, pour justement aller à la rencontre de ses propres sensations? De différencier les sensations plutôt, on va dire fécale que sexuel ou plaisir. Tu disais que le doigt était plutôt dur, mais certains sextoys sont en plastique dur en fait.
[00:12:48] Sébastien: Effectivement. Mais par contre, l’avantage, c’est que, si on essaie de s’explorer soi-même, on va un petit peu chercher. Donc, il va y avoir un côté un petit peu recherche où est-ce qu’il se trouve, alors qu’avec un sex-toy, même si c’est en plastique dur, en général ils ont des formes qui sont plutôt arrondies, ils ont des formes qui ne sont pas aussi, je dirais, sharp qu’un doigt par exemple. Et ça permet effectivement d’aller un petit peu chercher à droite à gauche, devant, enfin voir un peu qu’est-ce qui fonctionne. Et en fait la prostate fonctionne un petit peu, la prostate est un point G. Par contre la manière dont il va être stimulé, ça va différencier d’une personne à l’autre. Je connais des personnes qui ont besoin d’avoir une stimulation directe, assez intense, qui va monter. Et en fait, l’erreur majeure qu’on peut faire dans ces cas-là, c’est de stimuler, puis stimuler, puis stimuler, puis stimuler. Alors qu’en fait, et des fois augmenter l’intensité et la fréquence. Et en fait, c’est pas la bonne solution, la meilleure solution c’est: dès qu’on commence à ressentir un plaisir, on reste sur cette fréquence-là, on ne bouge pas, ni l’intensité, ni la fréquence, ça commence à monter quoi. Et donc ça, ça, ça c’est intéressant.
Les sphincters et le fonctionnement de la prostate
[00:13:47] Olivier Mageren: Est-ce que tu pourrais parler un peu de comment on approche, on démarre, à la fois comment fonctionnent les sphincters et la prostate? Comment chacun des deux fonctionne? Voilà, c’est concrètement, commence à explorer. C’est quand même une zone particulière qui fonctionne différemment des autres. Quels sont tes conseils justement sur le fonctionnement et l’approche?
[00:14:04] Sébastien: Pour moi il y a une règle d’or, et qui s’applique à la stimulation prostatique comme à la pénétration anale avec un sexe. Si ça fait mal, c’est que c’est mal fait, tout simplement. Il n’y a aucune raison qu’une pénétration anale fasse mal. Et en fait, la seule raison pour laquelle une pénétration anale fait mal, c’est le deuxième sphincter. En fait, le premier sphincter c’est un sphincter qu’on contrôle, c’est celui quand on contracte son anus, en fait c’est ce sphincter-là. Donc lui, grosso modo, on le contrôle. Donc à partir du moment où le contrôle, si on a envie effectivement d’aller explorer, il ne va pas être en mode « Non », il va plutôt être en mode « Oui ». Par contre, le deuxième sphincter qui s’avère être deux centimètres et demi plus loin, ça c’est le sphincter interne. Et ce sphincter interne-là, on ne le contrôle pas. Alors la nature est quand même relativement bien faite puisque ça correspond exactement à la taille d’un gland, en fait, d’un sexe. Si une personne pénètre, alors bien entendu il faut lubrifier tout ça, mais si une personne pénètre, et reste en fait avec juste le gland à l’intérieur. Pendant 30 secondes, une minute, le temps que le deuxième sphincter dise « Bon attendez, je vais vérifier les documents administratifs, je vais voir si je vous laisse rentrer ou pas ». En fait, à ce moment-là il va s’ouvrir, tout simplement, et à ce moment-là vous pouvez continuer la pénétration. Le problème c’est que si on n’attend pas ces 30 secondes, et qu’on force ce deuxième sphincter, là on se retrouve face à une douleur qui va être extrêmement aiguë. Dans une échelle de 1 à 10, on est sur du neuf, et c’est très, très, douloureux. Et en plus, c’est une douleur qui va prendre un petit peu de temps à partir, surtout si on est déjà dans un environnement où on se dit tiens, « Sexualité et tout ça ». En fait, c’est une douleur qui va prendre au moins quatre, cinq, six minutes à vraiment disparaître. Alors, il va y avoir un pic à neuf et puis ensuite elle va redescendre gentiment sur les coups de trois-quatre, on va passer par une douleur qui va être une douleur très intense, tout simplement parce qu’on a juste pas attendu les 30 secondes qu’il fallait pour que le deuxième sphincter s’ouvre. Voilà, ça c’est vraiment l’erreur principale, l’erreur qui fait que même dans la communauté gay, on part du principe que à partir du moment il y a une pénétration anale « Ben oui, ça va faire mal ». Heu, non, c’est juste que c’est mal fait. Et c’est lié à une chose toute simple, c’est qu’en général les personnes qui sont actives, sont rarement passives aussi. Et donc du coup, n’ont jamais expérimenté ce que c’était d’être pénétrée, ils vont y aller un petit peu comme un bourrin. Et derrière ben il y a les autres personnes qui reçoivent, qui n’ont jamais vraiment connu la façon douce et la façon qui se passe très, très, bien, sans soucis, sans rien, et qui vont partir du principe que ça fait partie de la chose. Et ça, que ce soit homme ou femme, les deux sphincter sont là. Là où il y a une différence, c’est qu’en fait l’homme va avoir une prostate qui est hyper sensible et qui est juste là à disposition, alors que la femme ne va pas l’avoir. La femme, ça va être une stimulation anale, mais via le vagin qui du coup va générer aussi des sensations, du coup c’est pas les mêmes. Ces deux sphincters c’est hyper important, bien lubrifier. Alors dès qu’on est dans la pénétration anale, la lubrification, c’est plus simple de partir soit sur du gras, mais à ce moment-là on ne peut pas utiliser de préservatif ou de choses comme ça, parce que sinon ça rend les choses poreuses. Ou alors ça peut être du silicone, qui marche aussi bien, mais qui du coup n’est pas un produit naturel, mais en tout état de cause il faut bien lubrifier. Et puis après, il y a la question vraiment du nettoyage, où en fait, là la meilleure chose c’est d’acheter une petite poire à lavement. Si on veut trop nettoyer, on finit par créer plus de problèmes. En fait, le but du jeu, c’est simplement d’injecter de l’eau dans le rectum pour pouvoir le vider, le nettoyer, mais pas commencer à injecter des quantités astronomiques d’eau qui vont finir par faire un lavement et à ce moment-là, c’est tout le côlon qu’il faut nettoyer, et non plus juste le rectum. Et là dans ces cas-là, c’est plus cinq minutes, c’est 20. Parce que c’est quand même plus agréable de travailler dans quelque chose de propre, mais à partir du moment où on a nettoyé avec de l’eau, ben derrière il faut lubrifier pour être sûr de ne pas abimer la paroi rectale.
Lavement et préparation en douceur
[00:17:29] Olivier Mageren: Oui c’est vrai que c’est très important dans ce moment de lavement, si on le décide, c’est que oui, on peut injecter pour laver les intestins: hydrothérapie du côlon ou autre, on peut injecter un litre ou deux, enfin ça va vite en fait, si on ne met pas de limite, ça absorbe, ça absorbe, et puis comme tu dis, après c’est un lavement. Et là on est parti pour une toute autre aventure, on est dans.
[00:17:45] Sébastien: Exactement.
[00:17:46] Olivier Mageren: Dans un nettoyage de printemps plutôt que dire « Ben on va juste nettoyer le hall d’entrée, le rectum et ça suffit largement en fait ».
[00:17:51] Sébastien: Exactement. C’est vrai qu’à ce niveau-là, en règle générale, si la personne a une alimentation tout à fait normale, tout ça, le nettoyage est très rapide, ça prend cinq minutes, on injecte quelque fois en expelle et puis après, on voit un peu jusqu’à ce que l’eau soit bien claire et tout ça. Ça permet déjà de pouvoir explorer avec un rectum qui est propre.
Premiers pas avec un stimulateur prostatique
[00:18:08] Olivier Mageren: Des baby steps à nouveau, un petite étape, un peu d’eau, une deuxième fois. Mais voilà, (Sébastien: Et non s’arrête là) c’est toujours en douceur, en écoute, en simplicité.
[00:18:15] Sébastien: Exactement. Si jamais on prend un petit sex-toy, alors il suffit d’acheter un stimulateur prostatique, il en existe quelques-uns qui sont assez pratiques, qui ont une forme assez arrondie, enfin assez élongée mais assez arrondie. Et en fait dessus il y a un petit anneau pour pouvoir mettre l’index dedans, pour pouvoir quelque part accrocher et rentrer et jouer avec ça, et ça je trouve ça assez pratique. Et une fois qu’on commence à s’amuser, là à ce moment-là, faut vraiment se relaxer en disant « Bah tiens, voilà, là je vais explorer, je vais voir un peu quelles sensations ça me donne », et d’y aller vraiment tout doucement, gentiment, de voir un petit peu si on stimule. « Tiens, où est le point ou est-ce que je stimule directement? Tiens, j’essaie sur le côté ». Faut vraiment explorer, c’est pour ça que je trouve ça intéressant d’y aller de façon solo, dans un premier temps, parce que ça permet de se connaître en fait. Et je pense que, d’un point de vue général, je pense que la sexualité doit commencer par une sexualité solo qui permet de savoir exactement qu’est-ce qu’on aime, qu’est-ce qu’on n’aime pas, qu’est-ce qui nous stimule, qu’est-ce qui nous stimule pas. Les turn on, les turn off, et toutes ces choses-là, pour vraiment ensuite pouvoir, je dirais quelque part, s’attaquer à la sexualité de l’autre parce que du coup on ne se connait pas mal soi-même. Si on commence à découvrir les deux choses en même temps, c’est joli, c’est sympa, c’est romantique mais, bon, c’est pas automatiquement ce qui est le plus satisfaisant. C’est pour ça que je trouve que c’est plutôt pas mal d’explorer ça soi-même, et de prendre son temps en fait. Parce que peut-être qu’il faut jouer pendant une demi-heure, 1 h, à essayer de voir un peu ce que ça donne, les sensations que ça donne, réessayer une autre fois. Il y a des jours où on va être plus réceptif que d’autres, il y a des jours où on va être plus sensible que d’autres, et explorer et explorer, explorer, explorer. Et ensuite, une fois qu’on a exploré ça et qu’on se sent vachement plus à l’aise et on sait exactement si on préfère une stimulation directe ou une simulation sur le côté, faire venir son partenaire en disant « Bon voilà, j’en suis là, voilà un petit peu ce que j’ai découvert, voilà machin. Ben tiens, pourquoi est-ce que tu ne prendrais pas le sex-toy et puis je te guide un peu pour que tu comprennes un peu comment je fonctionne, et de voir qu’est-ce qu’on peut faire ensemble? ». Je préfère dans ce step là, parce que je pense qu’il y a beaucoup de déconstruction chez l’homme en fait par rapport à ça. Ça vient chercher des choses qui sont plus complexes que juste la sexualité, et que si en plus la personne doit découvrir la stimulation prostatique avec son ou sa partenaire, tout en ne sachant pas ce que ça va faire, mais en se disant « Je ne sais pas si c’est propre, si c’est pas propre, si j’ai l’expérience », ça fait beaucoup de choses à gérer d’un seul coup et pour moi c’est quelque chose qui risque d’être un peu compliqué à tout faire d’un coup, voilà.
Apprendre à connaître son propre plaisir
[00:20:30] Olivier Mageren: Oui c’est vrai qu’en sexualité, parfois on peut, par la culture, idéaliser ou croire que la sexualité c’est simple, inné, évident, naturel. Oui ok, mais en fait c’est beaucoup de découvertes, de connaissances, d’expérimentations par soi-même, et que l’autre ne va pas nous connaître mieux que nous-même en fait. Évidemment, se livrer avec confiance dans un jeu de plaisir sexuel partagé, c’est fabuleux évidemment, mais il ne faut pas s’attendre que l’autre va mieux nous connaître que nous, c’est à nous déjà de se connaître soi et de pouvoir guider l’autre. C’est parfois des clichés, même par rapport aux couples hétéros c’est que, l’homme serait censé savoir ce qui fait du bien à la femme et que il sait tout, alors qu’il y a…(Sébastien: Oui) C’est un peu particulier. Et alors un autre élément que je voulais rajouter, parce qu’on ne sait pas qui nous écoute, et à quel moment de leur vie et découverte ils vont l’écouter, les sextoys anal ont toujours une base, ou en tout cas… Parce qu’en fait, le rectum il absorbe, donc c’est évidemment, si on met un objet, il peut être absorbé à l’intérieur. C’est pour ça qu’il y a toujours une base, et si on prend les sextoys prostatiques il y a aussi un anneau pour tenir l’objet, mais aussi pour pas que ça…. Ben si on le lâche, ben hop il rentre et puis après il faut aller le rechercher dans le rectum quoi. Petit détail pratique, mais voilà, pour éviter…
[00:21:28] Sébastien: Pour éviter les soucis, oui.
[00:21:30] Olivier Mageren: Les surprises.
[00:21:31] Sébastien: Et puis éviter effectivement, genre le concombre ou les choses comme ça, qui du coup peuvent être plus compliqué à gérer, et pas automatiquement va être aussi efficace que ça. Pour en revenir à l’histoire de l’exploration personnelle, pour moi en fait c’est comme la musique en fait, il faut travailler ses gammes, il faut connaître ses clés, ses gammes et tout ce qui va avec avant de pouvoir commencer vraiment à faire de la musique. Alors on peut improviser, en chose comme ça mais bon, c’est quand même mieux de faire ses gammes, et ça permet de faire une belle partition à deux ou en solo une fois qu’on sait un peu de quoi on parle quoi.
Se connaître pour mieux partager le plaisir
[00:21:57] Olivier Mageren: J’aime beaucoup cette métaphore, il y avait le parc d’attraction tout à l’heure, maintenant il y a le… C’est vrai que faire un groupe de musique, une fanfare, mais personne n’a jamais joué aucun instrument de musique, ça risque de ne pas être très harmonieux. Mais c’est vrai que plus on se connaît, alors on peut déployer encore plus de plaisir.
[00:22:10] Sébastien: Exactement.
Les conseils les plus fréquents sur la prostate
[00:22:11] Olivier Mageren: Par la spontanéité du moment quoi. Est-ce que tu voudrais rajouter d’autres éléments par rapport à ces deux sphincters, ou par rapport à la prostate? Par expérience, parce que tu parles du sujet, des gens te partagent leurs expériences, donc il y a peut-être des petits trucs par rapport à ça qui peuvent éclairer?
[00:22:25] Sébastien: Non, c’est vraiment être le plus doux possible. La prostate est un organe qui est extrêmement sensible, mais vraiment extrêmement sensible. Je pense que c’est probablement le plus sensible du corps. C’est même plus sensible qu’un sexe, c’est vraiment quelque chose d’extrêmement sensible et on doit avoir une approche qui va avec, avec vraiment ce côté extrêmement sensible. Et même si on ne ressent rien au départ, c’est pas grave, on continue, on y va tout doucement et puis on commence à jouer, et puis on essaie de voir un peu qu’est ce qui commence à générer des sensations et on y va tranquillou. Faut vraiment prendre son temps, et ne pas hésiter à se dire « Bah tiens, voilà, cet après-midi je vais explorer. Et ça prendra le temps que ça prendra, et je réessaierai encore et je ne me mets pas automatiquement de but, ou ne serait-ce que le but ce serait qu’est-ce que je ressens? Et explorons ce que je ressens », voilà.
Le plaisir prostatique: présence, écoute et baby steps
[00:23:06] Olivier Mageren: C’est plus une notion de présence et d’écoute, que de stimulation, de mouvements, d’obtenir et d’aller vite vers quelque chose. Il y a plus quelque chose d’être présent à écouter toutes les sensations, en baby steps.
[00:23:19] Sébastien: Oui, par rapport à une masturbation genre rapide, un quickie ou machin, c’est exactement l’opposé en fait. C’est là, autant la masturbation rapide ça va être voilà, le but du jeu c’est de pouvoir jouir le plus rapidement possible, « Allez, donne-moi trois minutes, cinq minutes, hop c’est parti! ». Ok, super, c’est très bien, mais là dans ce cas-là en fait, ça va être plutôt « Prends ton temps, et vois un petit peu ce que ça fait chez toi, et déconstruit toi, et reconstruis toi autour de ce plaisir, et voir un petit peu jusqu’à où tu vas ».
Différence entre le plaisir prostatique et l’orgasme prostatique
[00:23:45] Olivier Mageren: Est-ce que tu aurais des éléments à partager entre plaisir prostatique et orgasme prostatique?
[00:23:51] Sébastien: Oui, pour moi, le plaisir prostatique, ça va être toutes les sensations que l’on va pouvoir recevoir et ressentir en stimulant la prostate. Et ça en fait, c’est assez comparable si on fait du edging ou si on s’amuse à se masturber, mais de façon, sur une durée, sur le fait de se dire « Non, non, je ne vais pas jouir tout de suite, ce que je veux c’est surtout ressentir du plaisir en jouant, et en me masturbant ». Le plaisir prostatique, ce sera ça, ce sera vraiment jouer, explorer, voir. « Tiens, si je stimule un peu à droite, un petit peu à gauche, tiens si je fais droite-gauche, si je reste à droite, si je vais à gauche, si je vais devant? ». Il y a tout un jeu à faire, qui fait qu’au bout d’un moment on va se connaître et on va savoir dans quelle séquence il faut le faire. Peut-être que des fois il y a des approches qui doivent se faire sur le côté de la prostate, plutôt que directement, mais une fois que la prostate elle commence à être réactive, à ce moment-là, on peut aussi jouer avec le devant. Peut-être faire attention, pour ne pas stimuler trop fort d’un coup. Et en fait faut vraiment le voir comme un organe qui fonctionne comme une espèce d’accumulation en fait. Et à ce titre-là, je pense qu’il se rapproche de l’orgasme féminin à ce niveau-là. C’est-à-dire que le fait à un moment donné de faire un stimuli qui va être équivalent avec une périodicité équivalente, va permettre de grimper en fait, dans les tours du plaisir. La prostate fonctionne comme ça en fait, une stimulation trop importante, trop directe et trop rapide va plus générer de la douleur que du plaisir. Par contre, une stimulation qui va être régulière à l’intensité qui va bien, et de rester comme ça et de surtout pas vouloir en faire plus et plus rapidement. Alors après on peut toujours varier la fréquence et l’intensité, ça c’est chacun qui va le voir. Mais l’erreur de débutant c’est de se dire « Ouh ça c’est chouette! Du coup, je vais stimuler plus fort, plus régulièrement » et là, on peut très rapidement tomber dans quelque chose qui va être plus de l’ordre du plaisir douleur plus que du plaisir-plaisir quoi. Le fait d’aller stimuler de façon régulière et de sentir en fait que ça monte, voilà, c’est, je pense que la meilleure façon de l’exprimer c’est ça. Et ce qui est vraiment génial, c’est que si on arrive à… L’orgasme en fait va être cette espèce de climax où on arrive à un moment donné où franchement on sait plus où on… On sait plus où on est, c’est assez génial, en fait. Et surtout c’est assez génial si suivant comment est-ce qu’on le fait, on peut très bien en avoir plusieurs, sans aucun problème. Et donc ça, ben ça devient un petit peu la boîte de Pandore quoi.
[00:26:08] Olivier Mageren: Oui, absolument. Comme c’est connecté à une toute autre manière de jouir pour l’homme, effectivement il faut presque partir de zéro, et pas copier-coller des attentes ou des modèles, ou ce qu’on croit savoir parce que ces nouvelles sensations pour le corps, ces nouvelles manières d’orgasmer, multiplement si on le souhaite, et si on en est capable aussi hein? Chaque corps est différent, j’imagine que c’est, cette sensibilité différente d’une personne à l’autre, ça va de soi. Et par rapport justement au multi-orgasmes, dans la pratique tu vois, concrètement? Ok, là on l’a nommé, comment tu vois la chose par expérience et par les témoignages que tu as reçus? Par rapport… Ok, on peut en avoir plusieurs, mais quoi c’est consécutif, on fait des pauses? Si on le vivait là, ça serait quoi par exemple?
[00:26:47] Sébastien: Le multi-orgasme, alors c’est quelque chose que j’ai toujours eu du mal à faire en stimulation pénienne en fait, en masturbation, je trouve ça assez compliqué en fait la dissociation entre l’orgasme et l’éjaculation, bien que consécutive mais pas automatiquement liée, effectivement on peut dissocier. J’ai toujours trouvé que c’était un peu compliqué pour moi à obtenir parce que, autant j’arrive à arriver à un plateau et donc le plateau très agréable, autant une fois qu’on dépasse ce plateau pour arriver vers l’orgasme, là j’ai plus de mal pour en fait arriver à retenir. Je pense que c’est lié aussi à un renforcement du plancher pelvien, c’est encore un autre sujet ça, mais je pense que c’est quelque chose de très important. Et que si on doit s’intéresser un peu à toute cette zone-là, le plancher pelvien a une place gigantesque dans plein de choses, y compris l’érection, la qualité de l’érection, la durée de l’érection, tout ça, ça fonctionne à partir du plancher pelvien. Donc pour moi, le multi-orgasme, je trouve que c’est quelque chose qui est beaucoup plus facile à atteindre en stimulation prostatique, de par l’intensité de ce que l’on ressent en fait. Et on arrive effectivement à obtenir un orgasme prostatique sans éjaculation. Et quand ça arrive, ben oui, effectivement, on peut le faire très rapidement, faire un deuxième derrière, mais déjà faut se remettre du premier, parce que c’est tellement intense, que on est un petit peu, on est un petit peu tout le corps en court-circuit, y compris le cerveau et du coup il y a vraiment un côté très, très intense, qui est absolument génial. Et donc c’est assez intéressant de laisser retomber un petit peu l’excitation et les sensations et tout ça, pour pouvoir redémarrer de nouveau, et de le faire autant de fois qu’on veut. Alors, certains diront qu’on peut même effectivement passer complètement outre l’éjaculation, d’autres qui disent « Non, moi je pense que c’est important, c’est quelque chose que j’aime bien à la fin » ça c’est chacun fait comme il le sent. Mais en tout cas, oui, c’est quelque chose de très. En fait, c’est très surprenant, c’est ça en fait, en tant qu’homme, on s’attend pas à ce qu’à un moment donné, on puisse avoir un point à l’intérieur de soi qui, en étant stimulé, va permettre d’avoir un niveau de plaisir qu’une éjaculation pénienne n’apportera jamais, même si c’est génial hein? Qu’on soit bien d’accord hein? Je ne mets pas au rebut l’éjaculation pénienne, je dis simplement que c’est et, et c’est aussi super intéressant, et c’est quelque chose que je trouve vraiment dommage si quelqu’un passe à côté de ça quoi, dans sa sexualité c’est… C’est vraiment passer à côté du parc d’attraction quoi.
Le plaisir prostatique: l’importance d’aller lentement
[00:29:02] Olivier Mageren: J’adore avoir ce moment de partage avec toi et de l’offrir à tout le monde, dans le sens où il y a plein de livres qui existent sur le sujet, mais c’est tellement plus passionnant et chouette de le parler de manière vivante, d’expérience concrète, sans essayer d’être académique, mais de montrer à quoi en fait, qu’est-ce qui est vraiment précieux de transmettre. Parce que, à une époque, j’ai essayé avec un sex-toy assez connu: l’Aneros, mais j’ai été trop vite en fait tu vois? Oui, je lis, je lis, mais tu vois quand tu lis un livre de 200 pages, enfin oui ok, il y a plein de conseils, c’est bien écrit, mais après tu es toi face à toi-même, c’était seul-à-seul. Et en fait, c’est tellement sensible que je me suis blessé. Et moi je vivais à l’époque des états d’orgasme, mais je sais que c’est lié à la prostate, c’est une évidence, c’est vraiment ça. Et donc je découvre de moi à moi. Mais en fait, j’avais tellement de challenge par rapport à mes deux sphincters. C’était déjà genre « Waouh! Ok, ça c’est tout à fait nouveau à gérer ». Et une fois que je suis passé tu vois, ben finalement, même si l’estimation était légère, je me suis blessé, mais j’ai eu des douleurs pendant des semaines en fait, et plus de plaisir. Alors là, mes états d’orgasme disparu, j’étais… Plaisir ou sexualités, où le désir non plus, c’est vraiment une douleur très forte. On sent que la zone est très sensible, c’est-à-dire tant pour le plaisir que… « Ben si je la blesse. Oh là là », moi je me suis dit mais « Ok, c’est juste une expérience au moins je sais », mais ça m’a déconnecté de la possibilité d’avoir ces états d’orgasme, de jouir ou d’avoir de l’envie, de la libido, que sais-je quoi. Parce que la douleur, elle est restée lancinante pendant des semaines. Alors que, finalement, je n’y suis pas allé, fin de moi à moi, c’est pas que j’ai eu l’impression de « Je vais me violer, je vais y aller fort », genre « Oh zut, qu’est ce que tu fais? Tu vas trop vite », enfin c’est juste moi quoi, ça c’est une de mes expériences premières et je me suis dit « Waouh, c’est vraiment le mode du slow, slow sexe ».
[00:30:34] Sébastien: En fait c’est exactement ça, c’est-à-dire quand je parle du fait qu’il va falloir une recombinaison mentale du cerveau, c’est que déjà il va falloir se débarrasser des archétypes sociétaux, religieux et tout ce qui va avec par rapport à tout ce qui peut se passer au niveau anal. Là-dessus vient se greffer le fait que si on explore et qu’on y va trop franco, que ce soit avec des douleurs liées aux sphincters ou que ce soit lié à une stimulation beaucoup trop directe, beaucoup trop forte par rapport à ça, et bien en fait, on est face à nonante pour 100 des échecs de personnes qui ont dit oui j’ai essayé, non c’est pas pour moi, ça fait mal, c’est une connerie quoi. Et ça je trouve ça hyper dommage parce que c’est en fait. Voilà, je suis rentré dans le parc d’attraction, j’ai tout de suite fait Space Mountain, j’ai vomi triple boyaux en ressortant et donc je n’irai plus jamais dans ce parc d’attraction. C’est à peu près ça. Alors que ben non, tu commences déjà par te prendre une barbe à papa, et puis on va voir un petit peu comment ça se passe. C’est plus ça en fait. C’est pour ça que je dis toujours que c’est bien d’explorer ça de façon douce, d’y aller tranquillement, de prendre soin de soi et d’y aller tout doucement et de vraiment commencer à essayer de voir un peu qu’est ce que ça peut apporter.
Accompagner d’autres personnes dans leur découverte pour le plaisir prostatique
[00:31:34] Olivier Mageren: Je me demande, est-ce que tu as déjà accompagné des gens vers le plaisir prostatique? Je parle vraiment volontairement de plaisir prostatique plutôt que orgasme, mettre la pression, la performance. Oh mollo-mollo quoi, déjà le plaisir prostatique.
[00:31:45] Sébastien: Bah déjà, je me suis toujours un peu intéressé fatalement au sujet, je me suis impliqué avec des associations comme Ex aequo, où je faisais partie du C.A. De 2014 à 2019. Après, dans le cadre de Sex Positive Belgium, où en fait j’organisais des workshops. En discutant avec les gens, à un moment donné, il y a eu des discussions sur effectivement le plaisir prostatique. Je ne dirais pas que j’ai accompagné des gens parce que ça me mettrait presque en tant que genre je sais pas: sexologue ou un machin comme ça, chose que je n’ai pas les compétences et je n’ai pas la formation. Ça a été plutôt du partage d’expérience, et comme j’en parle, mais comme je parle de la sexualité même avec, dans la famille, les petits cousins, les choses comme ça, je fournis des préservatifs, je leur dis « Si vous avez des questions surtout n’hésitez pas, moi je réponds à la question, je ne suis pas en train de vous juger », enfin voilà. Donc moi j’ai une approche à la sexualité qui est très libre. Ben les gens des fois me posent des questions en disant « Tiens Seb, j’ai une question pour toi », par exemple par rapport au plaisir prostatique, et je leur dis « Ah oui, non mais c’est très simple, voilà un petit peu les règles de base, voilà les baby steps, allez-y, essayez » et puis ensuite ça devient une conversation. En disant « Bah tiens, j’ai essayé ça, il s’est passé ça et ça », je dis « Bah, oui c’est normal, tu as peut-être été un petit peu trop stimulé, tu t’es peut-être un petit peu fait mal », comme par exemple dans ton cas. On dit « Mais attends, le plus simple c’est d’y aller doucement, la prochaine fois tu y vas dix fois plus doucement et dix fois plus gentiment, et tu vas voir que, en fait par rapport à ça, ça peut être très intéressant mais, qu’une prostate, ben un ça se re programme. » Parce que jusqu’à présent, on ne l’a jamais considéré comme quelque chose de sexuel. Il y a la re programmation, ensuite il faut la réveiller, c’est-à-dire que d’un seul coup lui dire « Bah voilà, là on va être dans un cadre sexuel », donc il faut quelque part que la prostate se dise « Ah ok, bon bah d’accord, on va jouer alors ». Et puis après faut comprendre comment est-ce que sa prostate fonctionne, et de faire la stimulation qui va avec pour qu’à un moment donné elle puisse t’emmener au paradis quoi.
Slow sex et transmission d’expérience – Le plaisir prostatique
[00:33:24] Olivier Mageren: Merci. Ah ben je pense que on arrive un peu au bout du podcast, tu aurais peut-être envie de partager quelque chose complémentaire avant d’aller vers la clôture et la gratitude, on termine en général par une gratitude.
[00:33:36] Sébastien: En fait, moi je m’intéresse principalement au slow sex, et je trouve que le plaisir prostatique fait partie aussi du slow sex. Je pratique aussi, comme tu le sais, le Feathering Touch qui est donc une technique d’éveil de la sexualité par le toucher, quelque chose que je fais depuis quelques décennies. Après moi, honnêtement, s’il y a des gens qui écoutent ce podcast et qui tout d’un coup se disent « J’aimerais bien avoir des informations un petit peu plus détaillées » ou « Tiens, j’ai des questions ou choses comme ça ». Moi je suis complètement ouvert, pour répondre à ces questions, rencontrer les personnes, discuter, parce que je pars du principe que on n’est jamais formé en fait. Il n’y a pas de vraie formation à la sexualité, on culpabilise beaucoup, on donne la liste complète de tout ce qu’on ne devrait pas faire, de tout ce que la religion nous dit qu’il faudrait pas faire, ou les religions. Mais on nous dit jamais, on nous donne jamais le mode d’emploi qui va avec. Et ça, je trouve ça vraiment dommage, parce que du coup on peut passer vraiment toute sa vie à faire le tour du quartier sans jamais rentrer dans le parc d’attraction. Et que je pars du principe qu’une sexualité épanouie et heureuse donne une personne épanouie et heureuse, et qu’en fait le bonheur part de soi, et la sexualité part de soi aussi, et donc du coup, le fait de s’intéresser à la sexualité et d’avoir une sexualité la plus épanouie possible, bah c’est aussi une façon de prendre soin de soi et d’être le plus heureux et le plus équilibré dans la vie quoi.
Le plaisir prostatique: déclics, plaisir et organes internes
[00:34:44] Olivier Mageren: Merci. Ben on mettra les coordonnées dans l’article du podcast, comme ça on pourra expliquer de quelle manière on peut te contacter. C’est vrai que c’est un sujet vaste, j’aime bien cette notion de slow sex. Dernièrement, j’ai eu un témoignage d’un homme qui disait, pendant un moment de sa vie, il supportait pas que sa partenaire lui touche les testicules. Genre c’est à lui, c’est son domaine, sa virilité, genre « Non ça tu touches pas, c’est mes bijoux à moi ». Et puis un jour, il a eu un déclic, genre vraiment interdit à un moment et puis un déclic en disant « Mais non en fait, c’est du plaisir, ou ça me va ». Mais il y a un avant et un après, d’un moment de déclic. Et qu’en plus, pour les hommes c’est: ça paraît normal de penser au sperme, mais en fait c’est produit par des organes internes, les vésicules séminales et la prostate. Donc en soi ,ça vient de l’intérieur quoi, les testicules sont juste là pour produire les spermatozoïdes qui vont fertiliser le sperme si on veut avoir un enfant. On dit souvent aux femmes la sexualité c’est le plaisir hein, c’est avant tout ça, avant même de penser reproduction. Ben si on pense juste au plaisir masculin, ben déjà c’est principalement les organes internes quoi! La fertilité c’est les testicules, tout le plaisir c’est les organes internes en réalité (Sébastien: Complètement), avec évidemment le pénis, mais en soi c’est 90 % du travail il est fait en interne, mais genre comme tu dis, on n’a jamais ouvert la porte du parc d’attraction. On préfère regarder les fameuses testicules, si on peut simplifier ça comme ça, qui finalement ne représente que la reproduction. Alors qu’on peut ne pas avoir d’enfant, ou un enfant dans sa vie donc finalement, certes, c’est précieux, c’est magnifique, c’est génial si on le choisit, mais ça représente pas du tout la sexualité quoi, de manière globale. Et c’est une zone très érogène et très belle aussi. Je veux dire, c’est fabuleux.
[00:36:06] Sébastien: Complètement. Ce sont pareils, ce sont des zones de stimulation qui sont super intéressantes. L’arrière des testicules, c’est une zone qui n’est jamais touchée et qui pourtant est d’une sensibilité absolument exceptionnelle. Ça fait vraiment partie de l’exploration en fait, je suis un grand fan de ça. Et à partir du moment où on a un interdit ou un tabou qui vient se mettre dans le chemin d’aller explorer quelque chose, moi j’ai tendance à dire, je dis « Pose-toi la question de d’où vient ce tabou en fait? ». Et si ce tabou il a du sens pour toi ou pas. S’il a du sens, bah fais preuve de bienveillance envers toi-même et accepte ce tabou. Et si ça fait partie des choses qui sont importantes pour toi. Maintenant, si jamais tu te rends compte que c’est plus la société ou le truc, mais que ça résonne pas vraiment pour toi, ben à ce moment-là, peut-être questionne le tabou et voir un petit peu qu’est-ce qu’il peut y avoir derrière.
[00:36:48] Olivier Mageren: Figure-toi, c’est en te parlant que je me suis rendu compte que, enfin ça me revient à l’esprit, quand ma prostate s’est éveillée, mais par justement sans artifice en fait, par exploration certes mais aussi par tonification du plancher pelvien (Sébastien: Absolument), et de la conscience de la zone, par slow sexe et méditation. Quand la prostate s’est réveillée, en fait je me suis rendu compte que ce plaisir est tellement dingue et intérieur. En fait, j’avais plus d’intérêt pour les organes extérieurs. Genre pénis, testicules, enfin l’organe extérieur avec lequel je les vois et je suis née, et qui est là devant moi tout le temps, au milieu de mon corps, genre on peut pas le cacher, c’est au mieux, à portée de main. Mais j’ai perdu pendant des mois l’intérêt total des organes génitaux extérieurs. Quand les organes intérieurs se sont réveillés et m’ont envoyé des signaux, et me dire « Ben en fait il n’y a que ça qui m’intéresse. Le reste, ça reviendra un jour ». Mais en fait, c’était comme si il avait vraiment été mis en silence, et en disant maintenant on met le spot à l’intérieur parce que, franchement c’est plutôt là que ça se passe. Et une fois que les deux vont collaborer, alors là évidemment ça sera, enfin voilà, on va dire quand l’intérieur et l’extérieur collaborent, il se passe vraiment quelque chose. Quand les deux sont en symbiose et éveillés, ont leur part en fait, sans tabou, sans dogme qui vient de l’extérieur, je me découvre moi. Et c’est cocasse de me rappeler cette période-là, que j’ai pas forcé ni… Voilà, ça s’est invité, j’ai constaté en fait.
[00:37:57] Sébastien: Ce qui est intéressant, par rapport à ça, de la manière dont je le vois, c’est qu’effectivement c’est le « Kid In The Candy Store », c’est vraiment le côté tu découvres le plaisir prostatique, c’est tellement génial, c’est tellement intense, c’est tellement fabuleux qu’effectivement tout le reste, ça devient un petit peu secondaire et un peu fade. Et ça c’est normal parce que c’est nouveau, c’est le côté nouveau, c’est le côté exploration, des choses comme ça. Après, ce qui va être intéressant, ça a été effectivement d’avoir un dialogue, entre la prostate et le pénis, sur les stimulations: comment est-ce qu’on joue avec? La pareil, c’est de l’exploration, c’est de savoir comment ça fonctionne. J’ai des amis qui en fait, utilisent un stimulateur prostatique qui place en fait dans le rectum et qui vont avoir une relation sexuelle pénétrative avec leurs partenaires féminines. Et en fait c’est en s’amusant avec les deux, en contractant, enfin bref on peut faire plein de choses. Il y a vraiment tout un monde, sauf que ça passe par l’exploration parce que, moi ce qui va me faire grimper aux rideaux va pas automatiquement faire grimper aux rideaux une autre personne. Et donc à ce niveau-là, comme on a chacun notre façon de nous masturber, la manière de stimuler, on sait exactement quand est-ce que ça va arriver, où est-ce qu’on se situe, enfin si on a un peu exploré les choses on se connaît bien. Et donc chaque personne va avoir une façon différente de le faire, et à partir du moment où chaque personne va avoir une façon différente de le faire, ben la stimulation et le plaisir prostatique va être différente d’une personne à l’autre. Et donc il n’y a pas vraiment de recette, il y a juste le fait de dire « Ben ça marche comment pour moi »?
Le plaisir prostatique et orientation sexuelle
[00:39:11] Olivier Mageren: Ouais. Et heu, ce qui peut parfois freiner à aller dans la découverte de soi et du plaisir prostatique, c’est que, encore dernièrement j’ai des discussions avec des gens. Évidemment je suis sexologue, donc c’est… Je parle de ça tous les jours moi. Mais c’est genre « Ah mais si l’homme il a un plaisir anal, ou prostatique, ou pénétration, c’est que en fait il est gay, d’office en fait, c’est qu’il a un problème, il se trompe en fait, il ne sait pas qu’il aime les femmes. Enfin, il est égoïste ou, enfin il y a plein de trucs pour dire mais: comme si l’orientation sexuelle, le fait de tomber amoureux était en lien avec toutes les zones qui réagissent et qui font plaisir. Ses pensées sont encore fort présentes dans la société je trouve. C’est-à-dire si l’homme s’intéresse à cette zone, rapidement, on va considérer qu’il est plutôt gay alors que, enfin ça n’a rien à voir.
[00:39:50] Sébastien: La beauté de la situation, c’est que ça évolue d’une génération à l’autre. Quand j’ai démarré ma sexualité, grosso-modo, on était gay ou on était hétéro. Et si on était bi, ben c’est parce qu’en fait on n’assumait pas vraiment le fait d’être gay quoi, grosso-modo c’est à peu près ça. Ce qui était ultra caricatural, presque binaire, enfin, voilà. Les nouvelles générations avec qui je discute, ils ont inventé des mots comme bi curieux, comme mostly straight sur tout un tas. Ils ont développé l’échelle de gris de manière exceptionnelle, et je trouve ça fantastique de discuter avec des jeunes qui ont 20 ans, 22 ans, 25 ans et qui te disent « Bah ouais, moi j’aime bien les femmes, c’est mon truc. Bon, de temps en temps avec un pote, on s’envoie en l’air et c’est cool aussi ». Et je suis là genre « Mais merci quoi ». je vais dire « Merci d’être comme ça. Merci de cette génération de se libérer de tous ces espèces d’étiquettes » qui en fait ne sont là que pour limiter, qui ne sont là que pour stigmatiser, sont là que pour « nous empêcher de » en fait, ces étiquettes. Elles sont à la fois identifiantes et enfermantes, et que par rapport à ça il faut pouvoir s’en détacher. Et c’est pas parce qu’à un moment donné on s’amuse avec un sex-toy et qu’on stimule sa prostate qu’on est automatiquement homo. Non, en fait l’orientation sexuelle et le plaisir sexuel sont deux choses complètement différentes. Et que en fait, une stimulation de la prostate, ben c’est une stimulation de la prostate, après on y met la connotation qu’on veut mais si on commence à lui mettre une étiquette de « Ah, donc tu aimes le plaisir anal, donc tu es homosexuel ». Ben on retombe sur un tabou, on retombe sur du cliché, on tombe sur de la construction sociétale, et en fait on passe à côté du sujet et on passe à côté du parc d’attraction, pour des questions qui finalement n’ont pas lieu d’être.
Comparaison avec les représentations du plaisir féminin
[00:41:17] Olivier Mageren: C’est marrant, sans en faire une discussion binaire ou autre, mais j’ai pas l’impression que chez la… Par rapport au plaisir féminin, peu importe l’orientation et… Je ne crois pas qu’il y a une zone du plaisir féminin qu’on associe en disant « Ben si tu jouis de cette manière-là, tu es plutôt lesbienne », je ne pense pas que ça existe (Sébastien: Exactement), alors que l’homme il est confronté à ça. Alors, chacun son parcours hein je veux dire, les femmes ont tout leur parcours sociétale et historique qui est pas simple non plus hein? Qu’elles soient hétéro ou homosexuelle. Mais il n’y a pas cet équivalent chez la femme de dire « Ah ben si tu touches le clitoris par exemple, alors tu es lesbienne ». Il n’y a pas ce genre de choses, l’homme est confronté à ça, il a sa réalité et à lui de la gérer hein?
[00:41:50] Sébastien: C’est là où en fait on rentre dans un problème sociétal où en fait déjà on ne reconnaît pas la, enfin je caricature mais on ne reconnaît pas le plaisir de la femme en fait, la femme ne devrait pas avoir de plaisir ou si elle a du plaisir c’est pas bien, enfin, donc là pareil, il y a encore de la déconstruction à faire. Et deux femmes qui se promènent dans la rue en se tenant la main, on ne va pas automatiquement dire qu’elles sont lesbiennes, ça peut être des copines. Deux mecs qui se promènent dans la rue en se tenant la main il n’y a plus, on sait que c’est un couple. Et il y a une stigmatisation qui se fait par rapport à ça, et comme il y a une non stigmatisation de la sexualité féminine, ou du moins c’est très mal vu, donc il y a vraiment ce côté. Donc fatalement, on ne va pas associer, on ne va pas explorer parce que: deux femmes qui ont du plaisir dans un lit, ben en fait elles ne font qu’attendre le mec qui va enfin arriver pour les sauver alors que « Non, non, non chéri, tu peux rester chez toi. Elles sont très bien comme ça et ça se passera très bien pour elles, et c’est super ». Mais il y a cette espèce de construction masculine qui fait que, on voit ça, et donc ça, ça fait partie des… Oui, ça fait partie des constructions. Et je pense que la déconstruction ultime, pour moi, d’un homme cis hétéro, c’est à un moment donné de découvrir le plaisir prostatique et de pouvoir l’assumer pleinement, ça c’est déjà une belle preuve de déconstruction quoi.
Gratitude et conclusion – Le plaisir prostatique
[00:42:53] Olivier Mageren: Merci. Ça te va de clôturer par une gratitude?
[00:42:56] Sébastien: Je suis dans la gratitude par rapport au fait de, donc c’est une gratitude personnelle, je suis dans la gratitude du fait de me donner la liberté d’explorer, et la curiosité d’explorer. Et qu’en fait, grâce à ça, ça m’a permis et ça continue à me permettre d’explorer plein de nouvelles sensations, plein de choses incroyables que j’aurais aimé connaître il y a 30 ans. Mais ça fait aussi partie de la déconstruction, reconstruction, exploration. Et tout ça, ben ça prend du temps. Plus on démarre tôt et plus on arrive loin.
[00:43:25] Olivier Mageren: Merci. Et pour ma part, la gratitude, je pense en fait, du fait que je suis sexologue, la gratitude de tous les gens qui témoignent de manière authentique plutôt que de façade, ou ce qui présente bien, ou culturellement acceptable, ou que sais-je d’autre, de parler vraiment. Et on voit la richesse, et on n’ose pas toujours en parler autour de soi, en famille, avec ses amis ou que sais-je. Parfois on reste avec ça, le vécu il existe mais d’oser le développer et de trouver une personne à qui on peut aller dans l’authenticité d’une confidence sincère de qui on est, qu’est-ce que sont nos questionnements et donc… Je pense à tous ces témoignages dont moi j’ai eu la chance de recevoir en fait, finalement d’être témoin de ça. Et j’espère qu’il y en aura de plus en plus à l’avenir, par rapport à des hommes qui parlent de leur plaisir prostatique, ça serait vraiment fabuleux quoi.
[00:44:05] Sébastien: Absolument, merci en tout cas
[00:44:06] Olivier Mageren: Merci Sébastien.
[00:44:07] Jingle Outro: Entr’Nous. Entr’Nous, le podcast, pour parler, de sexualité, par vous, avec vous, par vous.
